DES SCEAUX
En l'absence de monuments originaux, il est bien difficile de savoir d'une manière certaine si les papes ont scellé d'abord leurs lettres pontificales en cire ou en plomb. L'idée qu'ils ont cherché à imiter le procédé le plus usité de leur temps, quand les diplômes impériaux étaient scellés d'une bulle de plomb, pourrait faire admettre Tauthenticité de bulles apostoliques en métal dès les premiers siècles.
Il paraît cependant plus probable que les papes ont commencé à sceller en cire, procédé plus simple et plus en rapport avec l'état général de TÉglise à ses origines. Peut-être même les premières lettres qu'écrivirent les papes furent-elles dépourvues entièrement de sceau. Un nom, un mot, tracé au bas du texte, soit à la main, soit imprimé peut-être par un cachet, pou* vait donner une suffisante authenticité à la pièce.
Nous devons examiner séparément ce qui concerne les sceaux de cire et les sceaux métalliques, car les procédés, les emblèmes, la destination, tout fut différent, dans la forme et l'emploi des deux sortes de sceaux apostoliques, si ce n'est à l'origine, du moins durant les neuf ou dix siècles du moyen âge.
§ 1. Sceaux de cire,
La découverte dans le tombeau de saint Gaius (283-296) d'un sceau qui paraît avàir eu pour destination de déposer une empreinte, établit du moins la haute ancienneté des sceaux apostoliques. Tout indique que celui-ci devait être apposé sur la cire. Ce procédé simple et facile fut peut-être pendant bien longtemps le seul qu'ait employé la Chancellerie apostolique. Toutefois, dès le pontificat de saint Grégoire le Grand, il ne l'était plus exclu-, sivement.
On sait d'une façon indubitable que les papes ont scellé en plomb, au plus tard, au vi® sièole, sans abandonner, toutefois, l'usage de la cire. Le pape Agathon, mort en 682, scellait encore sur cire, au moyen d'un anneau. Mais au viii« siècle, les sceaux en plomb prévalurent tellement, qu'on peut dire, que dès lors, et jusqu'à la création des brefs au xv® siècle, les papes ont toujours scellé ainsi leurs bulles et leurs lettres, tant sont rares les exceptions.
Il y en a cependant quelques-unes à signaler. Jean XV, au Xe siècle, scella de son anneau la confirmation d'un décret du Concile de Mayence en faveur de Tabbaye de Corvey en Saxe, colonie de notre grande abbaye de Corbie en Picardie. Au xiie siècle, Célestin III scella plusieurs bulles d'un sceau de cire. Au xiii®, Clément IV, Nicolas III, d'autres peut-être, apposèrent des sceaux de cire sur différentes lettres. Mais on a remarqué que ces lettres n'avaient qu'un caractère privé et ne concernaient pas des affaires publiques.
On ne connait pas les mots ou les emblèmes gravés sur les anneaux des anciens papes. C'était vraisemblablement le nom seul du pontife, suivi de son titre de pape ou d'évêque. Les cachets de Clément IV et de Nicolas IIl rappelaient plus ou moins complètement ce qui devint l'anneau du Pêcheur, adopté au xv® siècle , avec le caractère public pour sceller les Brefs. Ce sceau représente saint Pierre debout sur une nacelle et jetant ses filets dans la mer. Le sceau est appliqué sur cire rouge, et généralement Tapposilion en est annoncée dans la date par cette fonnule : Daturn Romx^ sub annula Piscatoris, etc.
LES ÉLÉMEjNTS de LA DIPLOMATIQUE PONTIFICALE. 51
§ 2. Sceaux de phmb.
Premier type.
Si l'on s'en tenait aux attributions de Vittorelli * et de quelques autres savants, on aurait des sceaux de plomb des m®, iv®, v® et vr siècles, provenant d'Etienne P', Etienne II et Jean l^. Il est aujourd'hui reconnu que ces sceaux, s'ils ne sont pas faux, appartiennent à des pontificats moins reculés que ceux auxquels on les attribuait. On doit admettre cependant que les papes ont pu sceller en plomb dès le ive siècle ; et des témoignages certains établissent que saint Grégroire le Grand, au vie siècle, scella plusieurs fois ses lettres avec des sceaux de plomb *. Nul de ces précieux monuments n'est parvenu jusqu'à nous.
Au milieu d'exceptions assez nombreuses et assez remarquables, deux types généraux ont prévalu successivement dans l'emploi des sceaux métalliques. Le plus ancien est sans emblèmes el porte seulement le nom du pape, avec son titre de pape ; 16 second représente les têtes des saints apôtres Pierre et Paul.
La plus ancienne Bulle de plomb authentique que l'on ait signalée est celle du pape Deusdedit, qui occupa le Saint-Siège de 614 à 618. C'est une exception, car elle représente le Bon Pasteur paissant ses brebis.
Le premier exemple authentique du type sans emblèmes est une Bulle d'Honorius P', de 625 à 638. On y trouve ces mots seuls : au droit : Honorii ; au revers : f papae.
On connaît des sceaux semblables de Vitalien et d'Adéodat, successeurs d*Honorius, de Sergius P' ^ ; et d'assez nombreux exemplaires des papes du viii®, ix% x® et xi« siècle, dont il nous paraît inutile de donner la longue énumération.
^ Dans les additions à Ciaconius.
* Nouv. traité, t. IV, p. 24, n. ; Gaétano Marini, p. 25.
3 Non pas le sceau de Dijon publié par Mabillon (De re diplom, p. 497), qui est fort suspect, mais un sceau du British Muséum, signalé par M. le comte Riant, ArcK de l'Orient latin, t. I, p. 44.
Naguère encore toutes ces bulles étaient considérées comme à peu près conformes. A peine remarquait-on entre elles la différence de disposition des légendes, et la présence de petits emblèmes sur quelques-unes. M. de Rossi, amené à s'occuper de la question, y a introduit l'ordre et la lumière, comme dans toutes les questions qu'il aborde ^ M. de Rossi a reconnu que depuis le vu® jusqu'au milieu du ixe environ, le nom du pape et son titre de pape ont été toujours gravés en exergue, c'est-à-dire en lignes horizontales :
D'un côté : johannis.
Au revers : papae.
L'usage changea vers le milieu du ix« siècle. Dès le pontificat de Benoît III (855-858), chaque mot de la bulle fut écrit en légende, c'est-à-dire en cercle, autour d'un petit motif central, généralement une étoile, une croix, une rosace ou une roue.
La modification tend à se fixer de plus en plus, sans être adoptée par tous les papes du ix® siècle, successeurs de Benoît III ^ ; mais elle passe dans les pratiques habituelles de la Chancellerie dès le x© siècle.
Grâce à ces observations, qu'ont pu seules suggérer une expérience consommée et la comparaison d'un grand nombre de monuments originaux, il est ppssible d'arriver à un certain classement des anciennes bulles. L'on peut établir avec quelque certitude des distinctions parmi les vieilles bulles homonymes qui ont été jusqu'ici l'occasion de tant d'erreurs et de tant de fausses attributions.
Pour prendre un exemple, on sait aujourd'hui qu'une bulle au nom de Johannis ou Johannes avec inscriptions horizontales remonte au moins au pape Jean VIII, mort en 882, ou à l'un de ses prédécesseurs homonymes. Si les mots de la légende sont tracés en rond, la bulle ne peut être antérieure à Jean XI, élu
* Di una boUa plumhea papale del secolo in circa decimo, scoperta nel foro romano. Lettera delcomm.G.B. de Rossi. Rome,1882,in-4°.(Extratto délie notizie degli scavi, maggio 1882) ; et compte rendu de ce mémoire par le P. D. Chamard, intitulé • Les bulles de plomb des lettres apostoliques , dans la Reoue des Questions historiques, oct. 1883, t. XXXIV, p. 610.
2 On connaît des bulles de Marin I^"^ (882-884) et de Formose (891-896), dont les mots sont gravés horizontalernent suivant l'ancien usage.
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en 898 ^ On a remarqué, en outre, que, dans cette seconde période, le nom du pape et le mot papae lui-même sont généralement précédés d'une ci^oix*
Second type.
Il se peut que les têtes des saints apôtres Pierre et Paul, caractéristique du second type, aient figuré déjà exceptionnellement sur les sceaux de quelques papes de la première période, puisque de simples évêques et notaires de l'église romaine imprimaient alors cet emblème sur leurs propres sceaux. Mais on ne doit plus citer comme exemple le sceau attribué jusqu'ici au pape Paul I®** du viii^ siècle. M. de Rossi n'admet pas que ce flan fût une bulle papale.
En considérant comme authentique un sceau de Jean XIÎI (965-972), ce serait le premier emploi du second type que nous puissions signaler.
Le Musée du Vatican s'est récemment enrichi d'une bulle de plomb du pape Damase II, qui occupa le Saint-Siège durant vingt-huit jours en 1048. Elle appartient encore au premier type et porte seulement le nom du pape : damasvs. papa ii. Saint Léon IX, successeur de Damase, fit un assez fréquent usage des têtes apostoliques sur son sceau, sans Tadopter cependant d'une manière définitive. Il employa aussi quelquefois l'ancien type avec son seul nom : leonis viiii papae, en légende, dont un exemplaire, remarquable par son épaisseur, existe à la Bibliothèque nationale.
Ses successeurs, Victor II, Etienne IX, Nicolas II et Urbain II, (de 1055 à 1099), ont varié comme lui, employant tantôt l'ancien type, tantôt le type aux têtes apostoliques, ou bien des flans exceptionnels, sur lesquels figure saint Pierre recevant la clef des cieux ou conduisant les brebis du Seigneur, avec une vue générale de Rome au revers *.
^ Ainsi est de nouveau démontré par cette circonstance archéologique, kd fausseté de la prétendue bulle de Jean V en faveur de saint Bénigne de Dijon, à laquelle on a appendu une bulle métallique au nom d'un pape Jêair (Mabillon, Dipl&tn. p. 237), attendu que ce flan à légende circulaire ne peut appartenir au pape Jean V. Il est prouvé aujourd'hui que c'est une bulle éii plomb de Jean XV.
^ On a un sceau de Victor II (1055-1057) re^^réseùtant d'un cM saint
Mais, à partir de Pascal II (1099-1118), successeur d'Urbain II, le sceau aux lôtes des saints Apôtres devient le type permanent de la Chancellerie pontificale ; et il est resté en usage jusqu'à nos temps pour Relier les bulles, à peu près tel qu'il fut arrêté dans ses emblèmes et ses formes archaïques, au xi"* siècle. Il porte d'un côté et horizontalement : le nom du pape au nominatif, avec le chiffre indiquant sein rang parmi les papes du môme nom (pratique très rare avant Léon IX): paschalis. pp. il; an revers les têtes des saints Apôtres, grossièrement représentées, de face, entourées d'un grenetis, séparées par une croix, et surmontées des lettres horizontalement gravées : S. P. A. — S. P. E. On a traduit ces sigles par les mots : Sanctus Paulus Apostolus, Sanctus Petrus Episcopus. Les Bénédictins croient qu'il est mieux de lire simplement : Sanctus Paulus, Sanctus Petrus ^
Depuis lors jusqu'à nos jours, on n'aurait qu'à signaler dans l'emploi de ce type des variétés de détail, soit dans la disposition des lettres, soit dans les accessoires ajoutés au motif principal, soit dans l'expression des figures au point de vue esthétique du dessin et de l'art.
Clément VI (1342-1352) est considéré comme le premier pape qui ait ajouté ses armes au sceau apostolique. Du côté où était inscrit son nom, il fit graver des roses, emblème qu'il avait pris pour armoiries, parce qu'il avait été baptisé dans la chapelle des Rosiers, en Limousin. Sixte IV (1471-1484) fit disposer perpendiculairement les lettres S. P. A. S. P. E. inscrites autrefois, et au moins jusqu'à Pie II *, sur une ligne horizontale.
Dès le pontificat de Sixte IV se manifeste, d'une manière
Pierre recevant la clef d'une main céleste, avec la légende : TUPMENAVE LIQVISTI S VSCIPECLAVE. (Tupro me navem liquisH suscipe clavemj ; de l'autre côté la ville de Rome : avec Texergue : AVRE A ROMA, et Tinscription i VICTORIS PAP^E II. — Un sceau d'Etienne IX, son successeur, représente saint Pierre,en habits pontificaux, paissant à genoux le troupeau de Jésus-Christ, qui du haut des cieux lui adresse ces paroles, gravées en légende : Si diligis me, pasce agnos meos. — Un sceau de Nicolas II, élu en 1058, est assez semblable à celui de Victor IL Du côté où la clef est remise à saint Pierre, on lit : t TIBI PETRE DABO CLAVES REGNI COELORVM.
1 Nouv, traité, t. IV, p. 300-301.
a Nouv. traité, t. V, p. 310.
frappante, Tinfluence de la Renaissance des arts dans l'exécution de la bulle apostolique. Sans changer les motifs du type, on les dessine et on les rend avec une merveilleuse perfection. Ce beau type, diversement exécuté suivant le talent des graveurs, est resté en usage jusqu'au commencement du xix« siècle.
Pie VII est revenu au type archaïque de Pascal II, dont la Chancellerie romaine se sert encore aujourd'hui.
Indépendamment du sceau traditionnel, les papes ont quelquefois fait graver des sceaux spéciaux soit pour confirmer les décisions des conciles, soit pour d'autres usages moins définis. L'un dès plus remarquables est un sceau de Paul II (Pierre Barbo), qui est un vrai portrait. Il représente le pape, entouré de cardinaux et recevant les délégués des princes italiens. Les archives de France conservent un exemplaire de ce rare type que Ton appendit à la bulle du 13 juin 1468, confirmant les privilèges de la corporation des orfèvres de Paris *.
Nous ne poussons pas plus loin cet exposé, déjà bien long, sans insister sur les pratiques et les monuments des temps modernes.
Nous nous sommes efforcé d'y condenser autant qu*il a été possible les faits et les observations recueillis par les auteurs du Nouveau traité de Diplrmiatique, en indiquant les compléments et les rectifications que les travaux modernes permettent d apporter sur quelques questions essentielles à l'œuvre Bénédictine.
Peut-être reviendrons-nous plus tard sur ce qui a été dit trop sommairement au chapitre du Bureau de l'enregistrement, de la confection et de la valeur inappréciable des Registres apostoliques. Si, au point de vue spécial de la Diplomatique, ces registres offrent une base insuffisante, quelquefois peut-être trompeuse, et jamais comparable à celle des originaux, ils ouvrent à l'histoire universelle du moyen âge une source inépui-
1 Arch. Nation. Bull. L. 234 n» 3. Fac-similé de l'École des chartes n« 219 nouv. série. Alexandre IL au XI® siècle, avait quelquefois employé un sceau exceptionnel le représentant personnellement avec les attributs de saint Pierre et ce paroles de Jésus-Christ en légende : Qiuxi nectes nectam, quod solves ipse resolvam.
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56 LES ÉLÉMETTrS DE LA DIPLOMATIQUE PONTIFICALE.
sable des plus précieuses, des plus hautes, des plus sûres informations. Nous n'aurions, pour en parler, qu'à recueillir ce qu'en ont dit les savants éditeurs. des registres, et M. le cardinal Pitra dans le beau volume des Analecta novissima, signalé dès son apparition ici môme par le savant P. Chamard K
^ Revue des questions hist., juillet 1886.
Bruxelles. — A. .Vromant. impnmeur-éditeur, 3, inie de Ja Chapelle.