‹ Les éléments du beau en musiqueChapitre 7 sur 14 · I. — Beauté formelle · texte numérisé non relu

I. — Beauté formelle

a beauté formelle est la beauté particulière à la perfection de la structure. Le terme « formel » signifie en ce cas « relatif à la forme » et n'est pas synonyme d'obligé, ni de convenu. Cette forme libre, fondée sur un principe raisonné et immuable, doit présenter l'unité, la proportion et l'ordre parfaits entre toutes ses parties afin que l'œuvre soit douée d'une vie harmonieuse. L'habileté mécanique seule sans l'intelligence et le génie n'aboutit qu'à une régularité limitée à l'apparence extérieure, et, bien qu'irréprochable au point de vue de la correction pure, l'objet reste totalement dépourvu de beauté. Il est facile de citer l'exemple d'exercices d'harmonie ou de basse continue le plus correctement traités qui ne produisent certainement pas sur l'auditeur l'impression de la beauté, de même qu'un assemblage uniforme de lignes géométriques n'est pas nécessairement une esquisse agréable non plus qu'un beau dessin. Si l'on recherche un exemple de régularité, de correction et d'excellence de pratique musicale on trouve les fugues

d'Albrechtsberger (*), le savant maître de Beethoven (2). Mais, s'il s'agit de découvrir en elles la beauté, il suffit de comparer ces productions mécaniques ou même seulement de les mettre en contraste avec les fugues de J. Sébastien Bach (3).

L'impression produite par la beauté formelle émane du sentiment intime de l'auditeur. Elle résulte de son appréciation de Tordre, de la symétrie et de la proportion dans l'œuvre. Ce sentiment de l'ordre, qui doit être naturel chez le compositeur, est ressenti par l'auditeur à vrai dire inconsciemment, mais, à un degré si élevé que, le sens étant entièrement satisfait, il n'éprouve nul besoin de vérifier ou de comparer l'œuvre sous le rapport de la règle, ni d'analyser la méthode employée pour sa structure. Dès que le désir d'apprécier la correction et l'observation stricte des principes se fait jour chez l'auditeur, la composition peut être reconnue régulière; mais, elle ne peut pas être considérée comme positivement ni sûrement belle. Elle est dépourvue dans son essence de l'influence directe et persuasive inséparable de la beauté.

Supposons qu'une statue ait sa surface subdivisée en petits carrés, sa beauté s'est certainement évanouie. L'opération a eu un résultat semblable à celui qu'on obtiendrait en réduisant une sonate de Beethoven à ses notes essentielles ou primaires, et c'est en vain qu'on rechercherait dans ce schéma nu la beauté de l'œuvre. La musique n'a pas pour but essen-

(1) AUbrechiabsrgèr (Johann (ieorgc). Compositeur de musique autrichien (i736-iHo()}.

Iq Bn-lhoven (Ludirig van). Compositeur de musique allemand (1770-

( '■) Bai h [Jean Sébastien). Compositeur de musique allemand (1Ô05-I750).

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