LES ÉLÉMENTS DU CAHACTÈHE
nions, pour en avoir scrupuleusement vérifié l'origine et le prix, qu'on y croit plus pleinement. C'est par l'esprit critique, l'analyse, le doute vraiment philosophique qu'on arrive à cette fermeté raisonnée de l'affirmation qui est une force et une vertu, et constitue en grande partie le secret de l'autorité que quelques-uns sont en possession d'exercer. Ce signalement trop général, et trop flatteur aussi peutêtre, convient pourtant en somme à un certain nombre de types d'intelligences que nous avons maintenant à distinguer et à classer. Toutes les analyses précédentes nous autorisent d'ailleurs à être ici beaucoup plus bref.
A. — Nous avons remarqué déjà que l'activité mentale implique une tendance à l'analyse et une tendance à la synthèse et que la prépondérance relative de l'une ou de l'autre servait à caractériser la nature d'un esprit. 11 est donc possible de signaler en commençant les penseurs qui sont plutôt portés à l'analyse, qui excellent à distinguer des nuances, à différencier les choses, à décomposer une théorie, a entrer dans le détail des questions ; ils sont plus aptes à pénétrer, à s'assimiler qu'à construire et à créer. Ce sont des analystes^ péchant volontiers par excès de subtilité, n'ayant pas toujours toute la vigueur nécessaire pour dégager une conception d'ensemble, à la fois compréhensive et une. Très sensibles au conflit, à la contradiction des idées, ils sont parfois douteurs et inquiets, portés au scepticisme.
B. — Lorsque ces dernières tendances s'exagèrent et que d'autre part on aperçoit une prépondérance de l'association par contraste, un type assez différent se manifeste. Ce sont les esprits critiques^ discuteurs, ayant une disposition singulière à se représenter les difficultés, les objections : d'où la
tendance h la contradiction, à la combativité intellectuelle, avec quelque excès de raisonnement : non pas qu'on raisonne jamais trop ni trop bien, mais on peut être raisonneur inutilement et un peu a côté.
C. — Voici maintenant ceux qui, sans être nécessairement d'une puissance et d'une richesse intellectuelles hors du commun, voient plutôt les choses dans leurs relations, dans leur ensemble, d'une vue nette et ferme. S'ils mettent ces qualités au service de leurs affaires, de leur conduite, ce seront des réfléchis ^ des pondérés, des esprits droits et pra~ tiques. Attentifs et précis, avec de la justesse et de la rigueur, quelquefois un peu trop positifs et manquant d'envolée, d'enthousiasme et d'emballement ; un peu timides par là même et résistant, non sans quelque excès, aux idées nouvelles ; conservateurs plutôt que précurseurs.
D. — Enfin, si l'esprit est tourné plus volontiers vers les choses de la pensée, nous avons les spéculatifs^ esprits larges et constructifs, — déductifs ou inductifs, aptes aux vastes généralisations ou aux longs enchaînements de raisonnements, — appliquant leurs facultés soit au monde des phénomènes et des êtres extérieurs, soit au monde des idées, des sentiments ; — logiciens, savants et philosophes, — parfois avec un peu de raideur, trop systématiques, exagérant, outrant la valeur de leurs conceptions dominantes et s'efforçant d'y ramener coûte que coûte la réalité qu'ils sont conduits à violenter ou à mutiler.
Cette classification, à coup sûr, comporterait bien des compléments et des réserves ; mais elle est faite, il n'est pas
hors de propos de le rappeler, à un point de vue particulier, et si elle néglige bien des considérations intéressantes^, elle nous semble à peu près satisfaisante pour notre sujet. Car c^est seulement au point de vue de leur importance dans le caractère que nous avions à distinguer ici les principales formes sous lesquelles se traduit l'activité intellectuelle.
1. y. en particulier une curieuse classification des aptitudes intellectuelles dans Wundt. Psych. physiol.