CHAPITRE V
L*action, tel est le terme où aboutit ou du moins tend à aboutir tout processus psychologique : Tbomme sent et pense pour agir. Sans doute, dans certains cas, la sensibilité surex*citée se développe aux dépens de l'activité et apparaît seule au premier plan ; sans doute aussi parfois la connaissance, Télaboration intellectuelle envahit le domaine de la vie psychique au point que la pensée est tout ensemble émotion et action. Mais, en somme, il n'y a là peut-être qu'une direction différente imprimée à l'activité qui ne disparait pas, mais subit une transformation. En tous cas, sa diminution, comme son développement, confère à l'individualité psychologique un cachet caractéristique au premier chef. Il est possible même que l'activité soit le fond de toute vie mentale, il est possible qu'elle soit ce qu'il y a de plu^ essentiel dans l'homme. Et, sans reprendre la thèse métaphysique de Schopenhauer, on serait en <lroit de se demander si de la puissance et de la nature de l'énergie motrice ne dépendent pas la sensibilité et l'intelligence. La fatigue musculaire produit en effet des troubles singuliers dans la pensée et dans la sensibilité ; on remarque des faits analogues dans certaines névropathies, comme la chorée et l'hystérie ; <c l'état de la sensibilité et de l'intelligence, a-t-on dit, est subordonné à
7S LES ÉLÉMENTS DU CARACTÈnE.
l'état de la laatUité ; pas d'intelligence sans sensibilité, pas de sensibilité sans Motilité. »(Féré, Pathologie des Emotions, p. 163.) Sans aller aoaai loin, on ne peut méconnaUre que l'activité, bien qu'elle soit, en un sens et dans une large mesure, conditionnée par la senaîbilité et l'intelligence, n'en soit partiellement indépendante et n* les conditionne à son tour. L'étude de ces rapports sera d'ailkurs abordée plus tard, et pour le moment il s'agit seulement de noter les différences profondes qui peuvent séparer les individus, si on les envisage, par abstraction, au point de vue de l'ftctivité seule.
11 est nécessaire au surplus d'indiquer dès l'abord avec plus de précision ce que l'on entendra ici par activité. Ce n'est point cette forme supérieure d'activité qui s'appelle la volonté et qui, comme tout ce qui est d'ordre élevé, est chose extrêmement complexe. Ce n'est point même telle ou telle forme d'activité inférieure, réflexe ou instinctive, considérée dans ses caractères distinctifs. On a proposé, à cet égard, bien des classifications des mouvements. Cellesde Wundtet dePreyer, bien que soulevant quelques difficultés de détail semblent les plus acceptables; ils comptent quatre grands groupes: 1° mouvements spontanés automatiques (Wundt) ou impulsifs {Preyer);'2° mouvements réflexes; 3° mouvements instinctifs; 4" mouvements volontaires (Wundt) ou représentatifs (Preyer); ils diflèrent et par leurs causes et par leur degré de complexité et de coordination. Mais tous ces mouvements, à quelque genre qu'ils appartiennent, relèvent d'une certaine activité primordiale et primitive plus ou moins énergique et inifiiGP ils snni In tradiiiïtion, la manifestation extérieure des 5es dans l'organisme. Cette quantude à se dépenser par les voies
motrices, voilà qui est inégal chez les différents individus. Et cette diversité dépend en dernière analyse beaucoup moins de la structure et de la vigueur du système musculaire que de la constitution des centres nerveux. Sans doute, la force corporelle, la puissance des muscles, non pas uniquement leur développement, mais surtout leur tonicité, sont des conditions favorables à l'activité, puisqu'ils permettent de continuer et de recommencer avec une moindre fatigue les opérations imposées ; ils sont aussi des conditions favorables à l'acquisition de nouveaux systèmes de mouvements ; ils peuvent enfin et doivent donner naissance à des besoins d'une nature spéciale, comme tout organe bien nourri qui tend à s'exercer. Mais ces conditions ne sont ni nécessaires ni suffisantes. Il est des hommes d'une force musculaire médiocre et qui ont un perpétuel besoin d'agitation. Il en est d'autres, d'une vigueur corporelle considérable et qui volontiers la laissent inemployée. Ce qui est essentiel, c'est donc ce penchant naturel à l'action qui est une propriété des centres nerveux. Par activité nous entendrons donc ici la capacité et le besoin d'une dépense nerveuse dans le sens de l'action. Cette capacité et ce besoin se présentent-ils sous des aspects divers et quels en sont les principaux, tel est le problème restreint, mais précis, qu'il convient d'aborder.
I. — Envisagée du dehors, dans ses effets, l'activité c'est le mouvement, avons-nous dit. L'importance de la motilité a paru si considérable que Ton a proposé de classer les caractères en partant de la considération de la vivacité, de la lenteur et de l'énergie des mouvements, et l'on a rangé les hommes en trois groupes : les vifs, les lents, les ardents. (B» Pérez, Le caractère de l'enfant à l'homme») Considéra-