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tion qui ne manque pas de justesse, mais qui demeure incomplète et quelque peu superficielle. Le mouvement extérieur n'est qu'uD signe et qu'on ne saurait exactement interpréter sans remonter aux véritables causes. De plus, c'est un signe équivoque. Cela est vrai tout d'abord au point de vue physiologique lui-même; car la forme extérieure du mouvement n'est pas nécessairement liée à la puissance de l'activité ; la vivacité des mouvements, leur ardeur même ne témoignent pas toujours d'une capacité supérieure d'énergie active; et par contre, la lenteur peut .très bien se rencontrer unie à un riche fonds d'activité. C'est qu'en effet la rapidité et la violence peuvent tenir beaucoup moins à l'énergie vitale générale qu'à une exagération momentanée des réflexes, résultant d'un manque de contrôle des centres supérieurs, d'une absence d'inhibition systématique. De même la lenteur peut résulter soit d'une sorte d'atonie des centres nerveux moteurs, soit d'une pondération et d'un arrêt réciproque des tendances. Au point de vue psychologique surtout la chose est évidente. On peut bien dire avec Bain que chez une personne lente ou vive « l'allure du mouvement est la même dans tous les organes, dans l'action et dans la pensée «. Mais la vivacité d'esprit produit-elle toujours une grande vivacité dans les mouvements ? Et la vivacité dans les mouvements ne peut-elle résulter tantôt de l'absence de réflexion, tantôt de la rapidité du jugement et de la promptitude de la 'l'^cision. Par contre, la lenteur des mouvements peut avoir ur antécédent psychique soit la mollesse et la lourdeur de sensibilité et de l'intelligence, soit la modération volonre, la domination réfléchie exercée sur les impulsions el idances. Il y a donc mille façons d'être lent ou vif et sous 9 apparences se cachent les traits vraiment essentiels du
caractère. Aussi est-il nécessairement arrivé à M. B. Pérez qu^en traçant les portraits, d'ailleurs si curieux, qu'il nous donne, il a dû faire intervenir une foule de considérations qui, non seulement ne se peuvent déduire de la nature et de la forme des mouvements, mais qui même ne s'y rattachent pas d'une façon bien évidente et bien nécessaire.
Aussi, pour nous borner à l'activité comprise comme nous avons dit, semble-t-il préférable de ne pas s'en tenir au mouvement, mais d'envisager son principe même.
II. — Tout vivant est doué de spontanéité, je veux dire d'une certaine activité ou réactivité propre, qui est la vraie cause première de tout mouvement. Qu'on se borne, si l'on veut, au phénomène le plus élémentaire par où se manifeste l'activité, à savoir le mouvement réflexe, qui n'est, sous sa forme la plus humble, qu'une simple contraction succédant immédiatement à une simple excitation. Nous avons là en raccourci les éléments essentiels de tout acte: irritation et réaction. Mais qu'est cette réactivité ? On y a vu un phénomène aussi purement mécanique que « les mouvements successifs du piston et des roues d'une machine à vapeur. » (Cf. Maudsley, Physiologie de l'esprit, p. 190 ; — Spencer, Princ, de PsychoL, I, p. 458, — etc.) Explication qui paraît trop simpliste en vérité, puisqu'on y néglige ce qui est proprement en question, à savoir en vertu de quelle puissance particulière, sui generisy le vivant transforme l'excitation en mouvement. En tous cas, l'observation montre péremptoirement que cette transformation ne s'opère pas toujours de même, ni dans un individu donné, suivant sa disposition physiologique et psychologique du moment, — ni chez différents individus d'une même espèce. Aussi faut-il nécessai- Malapert. 6
rement tenir compte de la capacité latente d'énergie motrice possédée par chacun.
Est-ce à dire qu'il faille, avec A. Bain, admettre l'existence d'une activité véritablement spontanée, qui se dégagerait d'elle-même et serait capable de donner naissance à des mouvements, en l'absence de toute excitation, soit externe, soit interne? Ce serait peut-être aller trop loin, et cette hypothèse, qui a été très vivement critiquée*, ne nous est pas ici nécessaire, au moins sous cette forme. Quelque chose toutefois en semble devoir être retenu. M. Féré semble croire que, pour Bain, « le sujet crée des forces » et cette création e nihilo lui paraît à bon droit inintelligible et absurde. Le problème, selon lui, est purement mécanique : les vibrations externes produisent des vibrations dans l'organisme, suivant les lois de la communication du mouvement et de l'équivalence des forces. Seulement il lui faut bien reconnaître qu'on doit tenir compte aussi de la structure de l'appareil transformateur, que les contractions musculaires varient non seulement avec l'intensité de l'excitation, mais avec <i l'excitabilité du sujet », que, d'un mot, « l'homme réagit à chaque excitation suivant sa vihratllitè spécifique^ suivant sa constitution moléculaire ». On néglige malheureusement de dire au juste ce qu'il faut entendre* par cette vibratilité spécifique. Est-ce simplement aptitude à être ébranlé, affectivité, ou aptitude à répondre avec une énergie variable aux excitations, réactivité ? Et en quoi cette seconde hypothèse serait-elle inconcevable ? N'est-il pas vrai que, suivant les individus, les excitations externes tendent à pro-
1. V. en particulier : Herzen, // moto psickico e la coscienza, p. 38 et suiv. ; — Ch. Féré,' Sensation et Mouvement, p. 67 et suiv., etc.
dulre plus particulièrement tantôt des modifications centrales d'ordre sensitif (plaisirs et douleurs, émotions, etc.), tantôt des réactions motrices (contractions, gestes, actes, etc.) ? M. Beaunis aussi rejette la théorie de Bain sur Yactwité musculaire spontanée^ et soutient que tous les mouvements ont pour origine certaines sensations externes ou internes, lesquelles au reste peuvent demeurer singulièrement vagues et à peine conscientes. Il écrit toutefois : « Les centres nerveux ressemblent à un réservoir qui se charge et se remplit peu à peu et exerce une tension de plus en plus forte, de façon que, quand la tension a atteint un certain degré, le besoin d'exercice se produit et amène une contraction. Un centre moteur est continuellement sollicité par une série d'excitations provenant soit de l'extérieur, soit de l'organisme même; il reçoit incessamment des sensations, du sang, etc., de l'énergie qui s'accumule et qui s'emmagasine, et quand cette énergie est à son maximum, les fusils partent tout seulsy pour employer une locution vulgaire. La sensation de besoin correspondrait dans ce cas à cette sorte de tension cellulaire qui précède l'explosion nerveuse finale. » (Beaunis, Les sensations internes, p. 19.) Mais que peut-on demander de plus que ces affirmations ? Et n'est-ce pas là, au fond» précisément ce que soutient A. Bain ?
Or, de là découle une double conséquence dont l'importance ne saurait être méconnue.
D'une part, comme la réaction motrice ne correspond pas exactement en intensité à l'intensité de l'excitation et qu'il y a lieu de faire entrer en ligne de compte l'état dynamique propre du sujet, il est juste de dire qu'il existe un état de tonicité des muscles et surtout des centres moteurs, une sorte de réserve de forces prêtes à se dépenser, une fraîcheur et
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une élasticité particulières qui peuvent suppléer en quelque mesure, je De dis pas à l'absence, maïs du moins à la faiblesse de l'excitation. Inversement, il y a un état d'inertie ou d'épuisement de ces centres qui produit le même effet que rinirritation, ou du moins atténue l'excitation et l'oblige à se traduire autrement que par desmaniTestations motrices. Ce qui, pratiquement, revient à dire que les centres moteurs peuvent être considérés comme doués d'une activité spontanée plus ou moins puissante et disponible.
D'autre part, et c'est là un point qui semble assez solidement établi, les centres moteurs ne sont pas sous la dépendance exclusive des centres sensitifs, ni en ce qui concerne leur développement réciproque, ni en ce qui concerne leur fonctionnement. 11 parait peu exact de soutenir qu'en thèse générale, la dépression de la motilité coïncide toujours avec une dépression concordante de la sensibilité. L'inactivité relative des uns coexiste, en fait, avec une excitabilité très vive des autres. Bien souvent on peut noter une indépendance réciproque, et même une relation inverse, en vertu d'une sorte de loi de balancement psychologique, analogue à '" loi de balancement des organes. « L'énergie totale de l'ormisme, écrit très bien M. Fouillée, est en quantité limitée. i à l'un des pôles afHue un excédent considérable d'énergie, y aura chance pour qu'il y ait insuffisance d'énergie ù lutre pôle. L'organisme a son budget ; obligé à des crédits :cessifs, le voilà dépourvu pour d'autres dépenses. « Aussi page suivante d'A. Bain reste- t-elle une excellente descrip- )n psychologique : a La sensibilité et l'activité ne s'élèvent ne s'abaissent parallèlement. Le tempérament le plus actif est pas toujours le plus sensible; on voit souvent au conlire que c'est celui qui l'est le moins. Chacnn sait qu'il y
a une espèce d'activité qui semble vivre d'elle-même, qui ne coûte aucun effort, qui cause du plaisir loin de fatiguer et que ne modifie pas sensiblement ni un stimulus, ni l'idée d'un but ; c'est manifestement l'effet d'une force spontanée. C'est un signe du caractère tant chez les individus que chez les races. C'est le caractère de l'aventurier qui ne goûte aucun repos, du voyageur infatigable, de ces gens qui se mêlent de toutes les affaires, de ceux qui haïssent le repos et dédaignent les plaisirs tranquilles ; c'est l'activité débordante de Philippe de Macédoine ou de Guillaume le Conquérant. Les natures sensibles qui ne sont pas rares chez les hommes, mais qui sont très communes chez les femmes, ne sont pas très actives. Ce qui distingue l'activité provoquée par l'idée d'un but de l'autre genre d'activité, c'est qu'elle se proportionne au but et qu'elle cesse dès qu'il est atteint. On ne confondra jamais l'homme qui travaille pour faire fortune et qui se repose après avoir gagné de quoi vivre, avec l'homme qui passe sa vie à dépenser l'excès de sa force musculaire et nerveuse. » [Les Sens et l'Intelligence y trad. fr., p. 52-53.) La force ou la faiblesse de cette activité originelle, voilà ce qui semble bien plus important que la forme extérieure des mouvements. Le développement prépondérant de cette capacité d'action, l'aptitude particulièrement marquée à dépenser ainsi un riche fonds d'énergie suffit à caractériser des groupes d'individus. M. Fouillée en fait une des deux formes de tempéraments qu'il distingue, et M. Ribot un des trois genres de caractères qu'il énumère. « Ce sont des machines solides, bien munies de force vive et encore plus d'énergie potentielle... Il faut qu'ils agissent. » Par contre, il y a une autre catégorie bien tranchée : ce sont les individus chez qui l'activité est considérablement atténuée, mous, lan-
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guissants, inertes, sans ressort pour l'action, y répugnant aussi naturellement que les autres y tendent. Et ce sont bien là des prédispositions natives et qu'il est facile de remarquer chez les enfants: les uns toujours en mouvement, ujours occupés, ayant, comme on dit, du vif-nrgent dans s veines, ne se plaisant qu'aux jeux bruyants, entreprenants, ;és, hardis; les autres volontiers immobiles, préférant les ïcupations calmes, celles qui exigent la moindre dépense effort, restant même longtemps inoccupés sans que le Ssir de faire quelque chose les stimule assez vivement pour s tirer de je ne sais quelle sorte de torpeur constante. Que ces* différences dans l'activité donnent naissance à ;s traits dérivés de caractère, c'est ce qui est manifeste au remier coup d'œil. Et sans anticiper sur ce qui devrn plus ird être examiné plus attentivement, quelques remarques euvent être dès à présent indiquées. En présence de la Duleur, l'attitude des hommes, nous l'avons observé déjii, ît très diverse. Les uns plient, restent brisés, ou ne réaissent que d'une façon spasmodique et éphémère ; les Litres se réveillent plus disposés à la combattre, du moins rets à réparer cette passagère défaillance. En présence de obstacle, les uns s'arrêtent et s'effarent, abandonnent leurs rojets, se consument en doléances vaines, en inefficaces egrets ; les autres y puisent comme des forces nouvelles, ) conscience de leur énergie diminuant la conscience de h ésistance et faisant paraître moindre la difficulté, celle-ci lème donnant plus d'intérêt à l'action. L'inerte voit partout es raisons de ne rien entreprendre, du moins de se borner lu somme d'efforts strictement nécessaire, il préftre le tatn-quo, les solutions faciles ; l'actif préfère tout ce qui conduit au mouvement, il choisit la direction où il lui faudra
dépenser plus de hardiesse ; au lieu de temporiser, il va de Tavant, a le goût de la lutte et du danger ; plus d'audace dans l'entreprise, plus de vigueur dans l'exécution, plus de confiance dans le succès, voilà des conditions précieuses pour engendrer le courage et le sang-froid. L'intelligence subit le contre-coup de ces aptitudes diverses de l'activité : timidité intellectuelle, prolongation de la délibération, goût de la contemplation, ou au contraire impuissance à la méditation impersonnelle et désintéressée, décision dans le coup d'oeil, dédain des spéculations théoriques et des subtilités dialectiques, disposition à ne pas s'arrêter à toutes les objections, à ne pas être un réfléchissant trop complet. La volonté enfin trouve dans ces prédispositions de l'activité une partie au moins des raisons de son développement et de sa direction.
in. — Maintenant, dans chacune des grandes classes que nous venons de distinguer, des subdivisions doivent nécessairement être établies.
C'est ainsi qu'il existe deux sortes principales d'inactifs.
Tout d'abord, en effet, nous rencontrons des gens chez qui l'inactivité est pour ainsi dire primaire et sans compensation. Elle est leur dominante ; et cette indolence, cette inertie s'étend à tout, à la sensibilité comme à l'activité proprement dite ; le ton vital est abaissé au-dessous de la moyenne ; non seulement ils n'ont ni le besoin ni le goût de l'action, mais encore rien ne les impressionne assez fortement pour les tirer de cette indiflFérence, de cette paresse, de cette ataraxie où ils s'endorment. Ce sont ceux que M. Ribot appelle les apathiques-purs, « inertes, insouciants, endormis m ; que M. Fouillée nomme les flegmatiques-faibles.
OU encore les adynamiques, ayant en eux ce quelque chose de cette dépression de forces qui caractérise la maladie, le sommeil et la vieillesse ».
D'un autre côté, il est des hommes remarquables aussi par leur répugnance à l'action, mais chez qui cette inactivité est en quelque sorte secondaire ou dérivée, résultant d'une émotivité trop vive avec tendance dépressive, ou d'une certaine disposition intellectuelle trop contemplative ou trop portée vers l'analyse, l'abus de la réflexion. Nous aurons d'ailleurs occasion d'insister sur ces faits lorsque nous rechercherons quelles sont les lois de corrélation ou de subordination qui relient entre eux les éléments du caractère.
Quelques observations plus détaillées sont nécessaires en ce qui concerne les divisions qu'il importe d'établir dans le genre des actifs. Deux individus peuvent être doués d'une capacité d'action remarquable et la dépenser d'une manière très différente. Le déploiement de l'activité peut être rapide ou lent, violent ou calme, temporaire ou persistant. Et ce sont là, dit Bain [On study of Charakter^ p. 195) des caractéristiques non seulement des individus, mais même des races. C'est ainsi que le Hollandais est essentiellement actif, mais lent, calme, lourd même, et par contre persévérant, capable d'efforts continus et prolongés ; l'Anglais plus énergique, plus entreprenant, mais son activité reste encore pondérée et durable ; le Français, remarquable par son énergie véhémente, ardente, mais discontinue, saccadée, facilement épuisable ; l'ancien Grec ou l'Italien moderne, d'activité plus faible, mais vive, excitable et en même temps plus durable.
La nécessité de tenir compte de ces éléments lorsqu'il s'agit de distinguer diverses espèces dans le genre des actifs
n'a pas échappé à M. Fouillée. Le pénétrant psychologue, envisageant surtout- la base physiologique de ce qu'il nomme le tempérament actif, c'est-à-dire selon lui a celui qui est en prédominance de désintégration », remarque que « cette désintégration est rapide et intense, ou, au contraire, lente et modérée ». Il estime en effet que la vitesse et l'intensité doivent aller ensemble : « plus la force qui lance la flèche est intense, plus son effet est rapide. » Et ainsi on a deux types de tempérament actif: l'actif à réaction prompte et intense, le « colérique ou bilieux », et l'actif à réaction lente et peu intense, le a flegmatique-fort ». — Et c'est là une vue fort exacte en un sens, mais qui peut toutefois appeler certaines réserves ou du moins certains compléments.
Sans doute M. Fouillée a bien vu que la violence de la réaction n'est pas la même chose que sa force ou son énergie. L'activité moins impétueuse mais plus durable et plus continue peut présupposer une quantité de force vive aussi considérable, supérieure même. La violence, en effet, c'est la brusque dépense de l'énergie disponible ; le caractère explosif de la réaction ardente et subite a presque toujours pour conséquence un épuisement d'autant plus prolongé que la décharge aura été plus impétueuse et plus complète. Et ainsi la véhémence est rarement continue ; car pour que cette impétuosité indomptable se maintint, il y faudrait une vigueur de constitution, une capacité de restauration hors du commun.
Mais ce qu'il faudrait distinguer, c'est la spontanéité et la réactivité ; la première est l'expression d'un riche fonds d'énergie disponible et qui tend d'elle-même à se dépenser ; la seconde c'est la réponse à une excitation du dehors. Or,
s'il est bien vrai qu'en ce qui concerne la réaction, la promptitude et la violence vont ensemble, «cela n'est plus exact quand il s'agit de l'activité spontanée : celle-ci peut être vive sans devenir impétueuse. Qu'on examine ici encore des enfants. En voici un qui est sans cesse en mouvement ; incapable de rester en place, il faut qu'il aille, qu'il vienne, qu'il coure, qu'il joue ; mais cette vivacité, ce besoin incessant de s'agiter n'implique aucune véhémence, rien d'explosif: l'énergie se dépense chez lui par la multiplicité des mouvements dont chacun, pris à part, reste souple et gracieux. Voici son frère : il demeurera plus volontiers tranquille, mais tout à coup, soit qu'il ait été excité, soit tout simplement sous l'action d'une sorte de poussée intérieure, il se détend avec une ardeur extrême, il éclate avec une impétuosité indomptable. Je comparerais volontiers l'un à un jeune poulain qui bondit joyeusement, l'aiutre à un taureau qui fonce quand il voit du rouge.
Il y a ainsi des hommes, qui trouvent en eux-mêmes la raison d'être de leur activité, qui ont un besoin spontané de dépenser leur force en des essais de tous genres : je leur réserverais le nom d'actifs proprements dits. D'autres ont une activité énergique aussi mais qui a besoin d'être provoquée, suscitée ; et je les appellerais des réagissants.
Parmi les actifs je distinguerais : 1° les vifs, ayant un besoin permanent de se répandre, d'entreprendre, de marcher, de voyager, de tenter mille choses, d'agir pour agir, changeant de but, mais ne s'arrêtant jamais, remuants et agités ; — 2° les lents, d'énergie puissante aussi, mais plus calme, moins dispersée, plus continue, plus persévérante, du moins se maintenant plus facilement dans la même direction.
De même, je compterais deux variétés de réagissants : 1° les premiers, d'activité plus faible, du moins sans ardeur ou impétuosité bien grandes, mais très excitables ; 2° les autres remarquables au contraire par leur énergie violente, véhémente, explosive et impulsive, parfois saccadée et vite épuisée.
IV. — Il est bien évident, maintenant, que ces formes diverses de l'activité ne peuvent être pleinement caractérisées que si l'on tient compte des éléments nouveaux qu'introduit soit la sensibilité, soit l'intelligence, soit surtout la direction de la volonté. Mais à leur tour elles rendent plus ou moins probable et facile le développement de telles ou telles tendances de la sensibilité, de tels ou tels modes d'intelligence et elles conditionnent la volonté elle-même. En tous cas, elles constituent des prédispositions primitives qu'il est impossible de ne pas envisager en elles-mêmes. On peut modérer, assagir, endiguer l'activité naturelle des uns : on ne la détruit pas ; on peut secouer l'apathie, l'inertie congénitale des autres : on n'en fera jamais des hommes d'action
énergiques et exubérants. Comme dit A. Bain, c'est perdre
ses paroles que d'engager un homme naturellement lâche a être courageux. On arrivera bien à faire cesser ses craintes sur un point, à lui faire comprendre la nécessité d'afironter un certain danger : on ne l'empêchera pas d'avoir peur. — Il est des hommes qui n'auront jamais que le mode d'activité qu'ils tiennent du tempérament, de l'hérédité, de la nature; mais ceux-là même qui se transformeront par l'efiFort persévérant et méthodique de la volonté auront à compter avec cette mollesse ou cette impétuosité primitives.
A nous en tenir ici à l'activité, telle qu'elle apparaît en
dehors de toutes les modifications ultérieures, abstraction faite de ce mode supérieur qui est la volonté, nous croyons qu'on peut, en résumé, classer les principaux modes suivants :
A. Les Inactifs : l'* les apathiques proprement dits, mous, indolents, endormis, inertes ; 2° les inactifs par excès d'émotivité ; 3° les inactifs par excès de réflexion.
B. Les Actifs : 1° les actifs lents, lourds, calmes, persévérants ; 2® les actifs-agités, vifs, remuants, hardis, oseurs, batailleurs, expansifs, toujours pressés, toujours en quête d'entreprises nouvelles.
C. Les Réagissants : 1° les mobiles, excitables, capricieux ; 2** les violents, les impulsifs, les explosifs.