LE TEMPÉRAMENT DE L'AME
Le tempérament physique est la base inconnue de la personnalité psychologique. Le jeu plus ou moins actif et puissant, plus ou moins régulier et harmonique des diverses fonctions vitales donne naissance à la cénesthésie, à ce qu'on a nommé la sensibilité organique, le sens vital, et se traduit dans la conscience sous forme d'humeur. Mais si rhuraeur est bien quelque chose du caractère, elle ne le constitue pas tout entier. Au-dessus de ce tempérament physique, on trouve un ensemble de dispositions proprement psychologiques qui sont autre chose et plus que l'envers conscient du premier. C'est le naturel. Et cela encore est quelque chose de donné ou d'inné : c'est la vraie base psychologique du caractère. Le naturel offre à la volonté la matière avec laquelle celle-ci pourra former le caractère moral, et en même temps il lui impose des limites dont elle ne pourra pas s'affranchir. Beaucoup d'hommes d'ailleurs, chez qui la volonté s'abandonne, n'ont jamais qu'un tempérament psychologique. C'est donc de sa détermination qu'il faut partir.
« Un enfant vient de naître : rien de plus obscur, assurément, que son avenir moral ; qui pourrait prédire ce qu'il deviendra? Nul cependant ne s'imagine que cet enfant puisse tout devenir indifféremment, j'entends avec une égale facilité... 11 s'en faut qu'il soit table rase... Il apporte en germe, outre les facultés essentielles de l'ft'&^\\V.\\\i\xv:iYû.
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ol les puissances fondamentales communes à toute l'espèce, une complexion intellectuelle et morale particulière, qui fera son individualilé'. »
Sans doute Téducation aura prise sur ces divers pouvoirs psychiques et î^ur leur ensemble; cette variabilité, cette malléabilité sont certaines et leurs limites sont assez souples el assez reculables. Mais si large qu on soit disposé à faire la part de cette action du milieu, du temps, de l'expérience, encore faut-il se tenir en garde contre une exagération dangereuse qui conduirait à ne tenir aucun compte, dans l'éducation môme, de la nature individuelle, des aptitudes innées. Ce serait un retour à la vieille conception du xvni* siècle d'après laquelle on pourrait à volonté créer des génies, des héros ou des saints. Tout ne vient pas de Texpérience, de Taction du milieu physique ou social. L'enfant n'est pas un être amorphe au moral plus qu'au physique ; l'hérédité joue, dans l'un et l'autre cas, un rôle dont on ne saurait, sans s'exposer à de graves mécomptes, méconnaître la souveraine importance.
Il faudrait n'avoir jamais vu d'enfants pour ignorer les profondes différences qui, dès les premières années, dès les premiers mois de leur existence, les différencient au point de vue moral. A coup sûr il y a un caractère enfant^ comme il y a une phy^iionomie enfant. Deux enfants, pris au hasard, se ressembleront plus, vraisemblablement, que deux adultes. Certains traits leur sont communs, parce qu'ils représentent le caractère de l'humanité primitive ; ce qui apparaît le plus manifestement c'est le fond générique sur lequel sont venues se greffer peu à peu toutes les différences ethniques, puis individuelles. Mais que de traits distinctifs encore, pour un œil attentif, et que de variétés irréductibles au sein de cette apparente uniformité !
4. Marion. Solidarité morale, I" parlio, ch. i. Paris, Félix Alcan.