LE TEMPERAMENT DE LAME
Un enfant se distingue d'un autre par Tacuité de sa sensibilité, pafr son impressionnabililé aux agents extérieurs; ie chaud et le froid Taffectent plus ou moins vivement : il est plus ou moins sensible au bruit, à la lumière, aux contacts. Il est douillet et pleureur ou gai et résistant à la douleur. Dès la première période de la vie, alors qu'en pleurant l'enfant ne fait que crier, des différences s'accusent déjà. L'époque a laquelle apparaissent les larmes est variable. La façon de sangloter de l'un n'est pas celle de l'autre. « Chez les enfants peu pleurnicheurs, remarque Sikorski^ les sanglots sont en général de courte durée et cessent bientôt après qu'ils ont cessé de pleurer. Chez des enfants pleurnicheurs les sanglots sont, par contre, très opiniâtres » ; ils vont jusqu'à la suffocation. De très bonne heure aussi, dès la première année, des différences se présentent en ce qui concerne le moment, Tordre et le mode d'apparition de certains sentiments et de certaines émotions : la peur, Tirritabilité, la colère, la timidité, la pudeur. Qu'on relise les observations de Taine, Darwin, Preyer, J. Sully, B. Pérez, etc., on sera surpris de divergences parfois singulières ; on sera tenté de croire à des erreurs d'observation ou d'interprétation, fort concevables et fort excusables au demeurant en si délicate matière. J'incline beaucoup plus volontiers à penser qu'il faut les expliquer par la différence de nature des enfants observés. — J'ai connu un enfant qui avait une dent en venant au monde ; j'en ai connu un autre qui a eu sa première dent à dix-sept mois : — je ne vois pas là de contradiction. — La sensibilité morale n'est pas plus uniforme que la sensibilité physique : un enfant est câlin, caressant, doux, affectueux, tendre ; un autre n'aime ni donner ni recevoir des baisers, il est brusque, bourru, semble avoir le cœur assez sec et être prédisposé à Tégoïsme.
i. Sikorski. Remarques sur le développement psychologique de V enfant^ in Revue Philosophique , t. XIX, p. 247.
Que Ton considère rintellîgence; dès les premières semaines, lout au moins vers le troisième ou quatrième mois, vous remarquerez que Tenfant a Tair plus « éveillé », plus « rusé », ou plus « endormi », plus « bêla » ; il est plus ou moins précoce pour imiter les gestes, pour reconnaître les personnes ou les objets, pour comprendre ou pq^r parler. Attendez deux ou trois ans : la mémoire est diverse d'un enfant à l'autre, et quant à sa puissance virtuelle, et quant à ses qualités de facilité, de ténacité, de promptitude, et quant à ses objets de prédilection; l'imagination n'est pas la même non plus, non seulement en ce sens que sa vivacité est variable, mais en ce sens aussi qu'elle n'est pas de même nature et de même tournure ; « certains enfants se montrent de bonne heure attentifs, réfléchis, du moins disposés à le devenir; d'autres, d'une étourderie presque maladive, sont incapables de fixer même un seul instant leur pensée » ; la justesse, la netteté du jugement, la capacité de raisonner sont aussi fort inégales. De même que nous naissons avec des sens plus ou moins délicats, avec des dispositions à la myopie, par exemple, de même il y a une sorte de myopie intellectuelle qui est congénitale et héréditaire au même titre que l'autre. Et ce n'est pas ici seulement une différence de degrés, c'est aussi une différence de nature ; la limite du développement intellectuel est diversement reculable selon les races et selon les individus ; et de plus il y a des aptitudes primitives avec lesquelles il faut savoir compter.
Au sujet de l'activité, mêmes remarques à faire. L'excitation réflexe elle-même n'est pas également vive; à plus forte raison, la motilité spontanée, le besoin de se mouvoir, de s'agiter, ou au contraire la tendance au repos, à Tinertie, la résistance à la fatigue, la vivacité et la lenteur des mouvements. Il n'est pas jusqu'à la volonté qui ne laisse apercevoir des divergences remarquables, car elle trouve des conditions de développement plus ou moins favorables, un