Letourneau. Physiologie des Passions, p
2. Ce problème do la nature do r»Mnotion est un dos plus obscurs de la théorie de la sensibilité'». Jusqu'à Kant l'émotion n'est pas distinguée de la passion. Kant fait bien entrer encore l'émotion dans la faculté appétitive, mais il la définit un sentiment violent qui supprime lia réflexion. Schopenhauer y voit une ^orte d'accès passionnel, passager et soudain. Bain étend le moj. à tous les états afîectifs. Herbart insiste surtout sur le trouble des représentations qui l'accompagne et la produit niômc; ^owx \\v\, \ ^\çvqNàû\v
tout d'abord une impression morale vive (un sentiment patriotique et esthétique), puis la diffusion de cette impression excitant une masse plus ou moins considérable d'autres sentiments, tendances, souvenirs, images, idées, enfin une série de réactions physiologiques (accélération ou ralentissement du rythme de la circulation et de la respiration, troubles viscéraux, sécrétion plus active des glandes sudoripares, lacrymales, etc.), qui retentissent dans la conscience et achèvent de donner à Témotion sa caractéristique propre. Avec Spencer et Wundt, nous estimons que Témotion est essentiellement constituée par la réunion de ces trois ordres de faits. Si Témotion n'est pas créée par un simple changement dans le cours des représentations, comme le veut Herbart, si elle n'est pas non plus créée par les troubles viscéraux, du moins elle est en partie le résultat d'une réaction de ce trouble des représentations contre le sentiment, et elle est «entretenue et fortifiée », comme disait déjà Descartes, par les modifications physiologiques, desquelles elle tient en partie son intensité. L'émotion est d'autant plus forte et caractérisée qu'elle enveloppe un plus grand nombre d'états affectifs et idéaux de tout ordre, fondus et agglutinés. L'émotion vit et se développe grâce à la foule des impressions réviviscentes et des sensations organiques qu'elle évoque par une sorte d'induction psychique, grcice à cet ébranlement qui se diffuse en tout sens, à ce « retentissement sympathique qu'elle opère sur les réseaux sensîtifs de notre personnalité intime ^ ».
Plusieurs conséquences en résultent. D'abord l'émotivité
est l'altération de la vie affective provoquée par une modification du cours des représentations. Récemment enfin W. James et le D' Lange ont soutenu que l'émotion n'est autre chose que la conscience que nous prenons des troubles viscéraux, vaso-moteurs, musculaires, que l'on considère généralement comme des effets ou des accompagnements de l'émotion. Nous n'avons pas à entrer ici dans Tcxamen et la discussion de ces théories ; nous n'en retiendrons que ce qui importe à noti-e sujet. Cf. Sergi. Les Emotions , Paris, 1901.