‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 25 sur 92 · V. — La sensibilité humaine oscille entre d^w · texte numérisé non relu

V. — La sensibilité humaine oscille entre d^w

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plaisir et douleur. Mais, parmi les hommes, les uns sont tellement organisés, qu'ils se trouvent comme par une grâce prévenante inclinés vers le plaisir; d'autres le sont vers la douleur. C.omme ces cristaux qui font dévier en un certain sens le plan de polarisation de la lumière, ainsi notre nature sensible est un milieu au travers duquel les événements, en passant, s'imprègncnl, se colorent d'une teinte particulière. C'est moins la piqûre qui importe que la sensibilité qu'elle atteint. C*est en nous que se trouve la source profonde de la joie ou de la tristesse.

Voici d'abord de certaines natures indifférentes, en quelque sorte immuables, ignorant également les oscillations violentes vers l'un ou l'autre pôle, incapables tout à la fois des douleurs qui vont à l'agonie, des joies qui vont à Textase. Elles sont, s'il était permis de créer ce barbarisme, ingandentes aussi bien qn indolentes. Elles sont — à ce point de vue spécial — moyennes, médiocres, ternes. C'est la santé, mais qui s'ignore, sans plénitude et sans élan, presque simplement l'absence de maladie. Nous les connaissons : ce sont les apathiques. Les faut-il plaindre ou envier? On hésite à répondre.

En voici d'autres, franchement heureuses qui, au milieu de toutes les vicissitudes, excellent à reprendre leur équilibre, qu'un certain ressort interne, une faculté de rebondissement protègent contre les douleurs farouches, les abattements prolongés. De sensibilité vive mais assez passagère, un tempérament suffisamment énergique, une certaine sécurité vitale leur conservent la bonne humeur et la gaité, les prémunissent contre les défaillances de la douleur, leur garantissent une jeunesse durable, une allégresse, une légèreté d'àme rarement altérées. Optimistes de naissance^ sortes de Roger Bontemps prenant toujours, comme on dit, Texistence par sa face souriante et ensoleillée, cherchant et trouvant le plaisir, ils savourent la joie de vivre^ et pour

eux certaines secousses ne sont que l'occasion d'une convalescence plus douce qu'une santé trop monotone.

Enfin on rencontre des hommes qui sont perpétuellement froissés dans leur corps, dans leur esprit et dans leur cœur; « la peau de leur âme » est trop tendre; ils sont fermés à la joie, meurtris, endoloris dans toute leur substance, et d'autant plus que, dans un pareil état général, toute petite peine s'amplifie d'elle-même et s'exacerbe. Tel ce Flaubert qui se comparait à un écorché, dans la nature duquel il y avait « une sorte d'impossibilité au bonheur », et qui disait de lui-même : « Je ne suis pas fait pour jouir ; il ne faut pas prendre celte phrase dans un sens terre k terre, mais en sentir l'intensité métaphysique. » Ceux-là, au lieu de se laisser aller facilement au bonheur et de le considérer volontiers comme une dette de la nature, ne l'accueillent qu'avec inquiétude, y voient comme une menace, un présent suspect qu'on n'accepte pas sans réserve et sans crainte. En présence du malheur, au lieu de se relever, de le secouer, de s'en délivrer en le croyant et le voulant éphémère, ils s'y abandonnent, s'y plongent, s'y ensevelissent, victimes passives sinon résignées, et demeurent sans courage et sans espérance. Heureux quand ils ne s'ingénient pas à aviver leurs blessures en les sondant. Ce sont des pessimistes nés, qui excellent h distiller l'amertume que recèlent les choses, ceux dont

« Les essaims de noires abeilles « N'ont butiné que les cyprès. »

Ce sont en général les natures franchement émotionnelles qui sont ainsi des natures douloureuses. Les émotions les plus nettement caractérisées sont en effet les émotions asthéniques : être ému c'est presque toujours être péniblement affecté. Cela est tout simple après tout, puisque l'émotion s'accompagne toujours de désordres orgaxvvsjOLÇi'^ v^

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sont d ordre maladif, d'un trouble de rharmonie vitale qui est un signe de sa diminution d'énergie, de sa dépression. L'émotivité et la tristesse se développent également sur un fond d'impuissance et d'épuisement.

Toutefois, parmi les émotions asthéniques, il y a lieu d'établir une division. Lasserre * distinguait déjà (et M. Féré* accepte cette classification) deux espèces de douleurs morales : 1** les douleurs morales dépressives, sans réaction (crainte, peur, chagrin, anxiété, mélancolie, etc.) ; 2* les douleurs explosives, avec réaction violente mais désordonnée (colère, haine, horreur, désespoir, etc.). Dans les deux cas d'ailleurs, c'est la faiblesse qui domine, la dépression physique et psychique ; c'est elle qui explique en dernière analyse l'abattement et l'irritabilité, qui sont les deux effets, la double manifestation d'une même cause profonde : l'instabilité psychique avec prédisposition à la souffrance ; c'est ainsi que les aliénistes distinguent deux formes de mélancolie : mélancolie dépressive (avec tristesse résignée) et mélancolie agitée (avec crises de désespoir, de violence, impulsions homicide ou suicide). La douleur sous toutes ses formes est déprimante, mais il y a des douleurs aiguës qui provoquent une exaltation passagère et spasmodique. Toutefois, si Ton considère l'évolution totale du processus physiologique et mental, si Ton tient compte de la fin comme du commencement, on s'apercevra que le résultat dernier est toujours une décroissance des énergies vitales. C'est pourquoi la colère, par exemple, n'est qu'en apparence une émotion sthénique : l'exaltation y est temporaire, ne constitue qu'un phénomène secondaire, consistant en des phases discordantes de surexcitation et de prostration et s'achevant toujours par un épuisement d'autant plus profond et durable que la stimulation a été plus violente et plus subite. L'émo-

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