Gh. Féré. Sensation et Mouvement, pp
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lectuel, la force dynamométrique augmente » ; on dira donc plus exactement : « Texercice momentané de l'intelligence provoque une exagération momentanée de l'énergie des mouvements volontaires. » C'est qu'en effet le facteur essentiel qui entre en jeu, dans ce cas, c'est Tattention. Suivant qu'elle a été fixée d'une façon plus ou moins soutenue, l'acte est plus ou moins énergique. Sous l'influence de l'attention, le temps de réaction est diminué et l'énergie des mouvements accrus ; la diminution de la force d'attention a des effets opposés : lamyosthénie des hystériques a pour cause, au moins partiellement, la perte d'attention. — Aussi chez l'apathique intelligent, d'esprit pondéré et réfléchi, capable d'attention soutenue, voyons-nous l'activité prendre un aspect tout particulier. Nous n'avons pas affaire à coup sûr à un grand actif, à un de ces hommes qu'une activité dévorante, un besoin sans cesse renaissant de mouvement, engage dans des entreprises toujours nouvelles. Nous sommes en présence d'un individu bien doué du côté de la volonté, non pas impétueuse et hardie, mais calme et durable, car nous trouvons là les conditions les plus favorables au développement de l'activité persévérante, patiente, tenace, et aussi de la volonté inhibitrice qui, chez les mieux doués, sera possession de soi, modération, sang-froid, et qui, chez les représentants inférieurs du type, sera cette force de résistance qui ressemble un peu trop à la force d'inertie.
D'un autre côté, il ne faut pas oublier que les énergies actives — au point de vue de la quantité du moins, — ne dépendent pas exclusivement de la vivacité de la sensibilité : une certaine activité spontanée peut coexister avec une apathie fort accusée. En ce cas, toutefois, l'activité offrira un caractère remarquable de lenteur, ou plutôt de régularité monotone. Parfois cependant, comme sous l'action d'une poussée intérieure, pourront se produire des accès généra-
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lement courts de violence, de colère et de brutalité. Si les individus ainsi doués sont, par surcroît, d'intelligence médiocre et routinière, ce seront de bonnes machines, solides, bien réglées, accomplissantconsciencieusementleur besogne, à condition que celle-ci ne soit ni bien variée ni bien délicate. Avec une intelligence supérieure, ils auront tout ce qu'il faut pour devenir des hommes de volonté froide et énergique, prudente et maîtresse de soi.
Les, sENsiTiFS. — Une sensibilité vive, tournée vers le plaisir, est liée ordinairement à une activité riche et expansive. Si elle est mobile, elle provoquera une activité dispersive et discontinue, et qui, plus' ou moins puissante par elle-même, a besoin d'être suscitée, provoquée par des sensations, des phénomènes affectifs quelconques ; comme ceux-ci se succèdent avec rapidité, il y a exubérance, excitation, besoin tumultueux de mouvement, poussées brusques en des directions diverses; l'individu est entreprenant, a du ressort, ne se laisse pas facilement abattre, se relève vite, est toujours en quête de quelque chose de nouveau à tenter. Ce qui est à craindre, c'est l'agitation déréglée et incohérente. Ajoutons d'ailleurs que l'intelligence, participant le plus fréquemment à cette mobilité et à cette surexcitation de la sensibilité, contribue pour sa part à donner à l'activité le caractère typique que nous essayons de décrire.
L'attention en effet est instable, se fixe malaisément, ne se maintient guère; le sensitif-vif est presque toujours un distrait dissipé ; les facultés de jugement et de réflexion sont déprimées au profit de Timagination, de l'association des idées. La volonté dès lors aura une tendance remarquable à être changeante et capricieuse. L'individu veut et cesse bientôt de vouloir, change de décision, cède ou résiste au hasard, est à la merci de la dernière impression qui, au lieu d'être ajournée, réfrénée, appréciée, contrôlée^ se U'd.dwYV.
immédiatement par des mouvements. Ce n'est pas de Taboulie, au sens rigoureux du mot, c'est plutôt de la ce polyboulic », avec de Timpulsivité et surtout une extrôme incapacité de se dominer. Cet élément essentiel de la volonté complète, le non-vouloir, fait plus ou moins complètement défaut. Un bon exemple — encore qu'il soit extrême — de cette combinaison normale, nous est fourni par la manie. J'emprunte à Bail et à Magnan ^ les éléments de la description suivante. La donnée essentielle de la manie est la mobilité. 11 y a surexcitation de tous les penchants bons ou mauvais et le malade passe des uns aux autres avec la plus grande rapidité ; il est expansif, gai sans motif, généreux sans discernement ; l'exagération des phénomènes aSectifs, des désirs, n*a d'égales que leur diversité et leur instabilité. Les facultés intellectuelles sont singulièrement excitées aussi; c'est un déluge d'images, de souvenirs, d'idées qui s'attirent suivant les lois de l'association, mais surgissent brusquement, bondissent en tous sens ; on voit ici se produire au plus haut degré ce phénomène dont Esquirol a fait le signe caractéristique de la folie : le défaut d'attention. Le malade ne peut fixer son esprit. 11 devient en même temps de plus en plus actif et remuant ; pour lui, parler, courir, agir d'une manière quelconque devient un besoin irrésistible : cette exubérance est le caractère primordial de 1» maladie. Le maniaque pérore, gesticule, parle au hasard» passe d'un sujet à un autre, s'occupe des affaires d'autrui» se montre indiscret, fait des visites sans motif, s'agite, f^^ mille projets qu^il abandonne bientôt, entreprend mil'* choses à la fois ou successivement et n'en achève aucune. Sa volonté est perpétuellement vacillante et défaillante, sans
1. Bail. Leçons sur les tnaladies mentales, Paris, Asselin et Hou/eaUi 2« édit.. 1890, pp. 260-270. — Magnan. Bulletin médical, 15 mai 1887. 7- Les deux descriptions sont romarquablemont concordantes, au reste, et J6 ne fais que les compléter Tune par l'autre, en présentant les divers traits dans un ordre un peu différent.
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continuité et sans suite; il ne peut plus arrêter les impuisions immédiates et ne sait pas ordonner ses mouvements et ses actes en vue d'un but défini et plus ou moins lointain. Il n'a plus que des velléités momentanées, vile oubliées et ne peut préparer un acte à longue échéance ; tout pouvoir d^organisation, de synthèse, tout pouvoir d'inhibition tend de plus en plus à disparaître. C'est l'incohérence absolue qui se prépare.
Il s'agit ici bien évidemment d'un état anormal et pathologique. Toutefois, il convient de remarquer que la manie est moins une entité nosologique, une affection distincte, qu'un « état général, un trouble mental symptomatique, qui peut se rencontrer dans un grand nombre d affections diverses * ». Et ce qui importe surtout, c'est que ces divers traits caractéristiques forment un ensemble très lié, très défini, un véritable système naturel, qui met bien en évidence des relations réciproques dont l'existence, dans l'état normal, ne nous semble pas douteuse. Aussi bien; qu'on atténue ces différents symptômes, qu'on leur enlève Texagération qui en est la marque commune et distinctive, et on obtiendra un portrait sous lequel chacun pourra mettre un nom.
Les passionnés. — Si la vivacité et la mobilité des phénox^aènes affectifs a pour effet habituel une exaltation et une instabilité analogues dans les manifestations de l'activité, il f-aut s attendre à ce que l'ardeur et la permanence des tenciances sensibles s'accompagnent d'une activité énergique, v^iolente et s'emportant tout entière dans une direction défi^ïnie qui lui est imposée par le désir prédominant. C'est en ^ffet ce qui a lieu.
Les passionnés, tels que nous les avons définis, sont des individus que caractérisent précisément l'ardeur et l'emporte-
ment du désir. I.es types les ])lus complets de celte classe, ceux que M. Uibot appelle les héros fougueux, un Pierre l'Ermite, un Luther, un Danton, un Napoléon, sont des hommes chez qui Timpéluosilé d'une passion toute puissante donne naissance à une activité d*allure énergique, vibrante, inassouvie : ce sont des forces, souvent d'ailleurs des forces brutales. Ils vont droit devant eux, ne s'arrêtent pas aux difficultés théoriques, ne s'embarrassent pas de scrupules excessifs, ignorent lart de temporiser. S'ils sont mal doués du côte de l'intelligence et si leurs passions sont basses, c'est la Bête, c'est l'instinct tyrannique, violent et implacable. S'ils sont d'intelligence puissante, ils mettront au service de leurs appétits, de leurs passions une vue nette et précise du but à atteindre et des moyens qui y conduisent, une volonté active, intense et persistante. Mais ce qui leur manque c'est la volonté inhibitrice ; ils auront infiniment plus de peine que d'autres à se dominer, à se maîtriser. Ce qui domine c'est l'impulsivité. Et, suivant qu'en eux les» passions seront plus multiples et divisées, ou qu'au contraire une passion unique envahira et absorbera en quelque sorti l'âme tout entière, leur activité, sans perdre de sa violenc^^ ^ explosive, sera plus saccadée, plus tumultueuse, ou au con— ^' traire plus canalisée et plus continue, plus « unifiée », mair *^^ d'une unité qui n'est pas leur œuvre propre, qui leur es ^^^ imposée pour ainsi dire du dehors, comme tel ou tel de ces ^^^ personnages de Balzac qui est moins un homme passionna ^^ qu'une passion faite homme.
L'ÉMOTiviTÉ. — il ne faudrait cependant pas conclure de c^ -^^ qui précède que l'exaltation de la sensibilité s'accompagna -^^ toujours d'un développement corrélatif de l'activité. Dl-^ '" moins dans les cas où l'exagération de la sensibilité es -^^' l'expression d'une sorte de désordre, de désorganisation plus -^^ ou moins profonde, il est facile de constater une dépressiofl
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OU tout au moins des troubles correspondants dans Tactivité, à la fois dans la motilité et dans la volonté.
Et d'abord, la douleur (physique ou morale) quand elle est intense et continue, ou répétée et habituelle, atténue Factivité. De Vintschgau et Dietl, comme Exner, ont remarqué qne « les émotions psychiques déprimantes allongent ie temps de réaction pendant plusieurs heures et môme plusieurs jours de quelques centièmes de seconde* ». — Sans doute, certaines douleurs aiguës semblent au premier abord provoquer une surexcitation violente des énergies actives : les mouvements sont accélérés, tout le corps est agité. Mais comme Tobserve Bain, bientôt après survient une période plus ou moins prolongée de prostration, d*abattement, d'épuisement. La force vitale est en décroissance et cette dépression, après un accès de douleur, dépasse fort celle qui suivrait la môme décharge de force musculaire. 11 conclut : «t Si Ton tient compte de la fin comme du commencement, ia douleur, sous toutes ses formes, loin d'ôtre stimulante, détruit les forces vitales ^ »
Les effets de la douleur physique et ceux de la douleur 'Morale sont en effet singulièrement analogues, et ce n'est ?>3.s un des moindres arguments qui militent en faveur de ^^ir identité de nature. Elles se transforment d'ailleurs faci- ^ï^xient Tune dans Tautre. Il est presque superflu de rappe- ^** ' combien vivement les chagrins, les tristesses, les deuils ^^ft lient sur l'organisme, sur Tétat général de la nutrition et î^^ls désordres physiologiques ils peuvent engendrer. De ■^ôrne aussi la douleur physique quand elle s'installe pour ^^ï^si parler, à demeure dans l'organisme, pénètre jusqu'à
f - Exner. Archives de PflUger, t. VII, p. 628 sqq. ; de Vintschgau et Dietl :
^ **^-, t. XVI, p. 330. — Cf. Wundt. Éléments de psychologie physiologique ^
5*^<i. fr., t. II, p. 258. — Toulouse et Vaschide. lemps de réaction dans les
^^^^^^ périodes d'une folie circulaire. Société do Biologie, 1897. — G. Dumas.
^ tristesse et la Joie, p. 46 sqq.
^- A. Bain. Les sens et l'intelligence, trad. fr., p. 85.
rdme et provoque un état permanent aussi de tristesse et d anxiété morales. (Vest ce que montre bien le changement de caractère qu*on remarque dans les maladies chroniques accompagnées de longues souffrances, te II semble, dit à ce propos Ch. Richet, qu*à la suite d'une hyperesthésie médullaire, il y ait plus tard une sorte d'hyperesthésie cérébrale. L'aptitude du système nerveux à être excité fortement par des excitations faibles irait donc en suivant cette progression : hyperesthésie de la partie malade d'abord ; plus tard de toute la région avoisinante ; plus tard enfin hyperesthésie sensitive générale; et enfin, après de longues années où la douleur semble s'être accumulée parle temps, hyperesthésie morale \ » Quoi qu'il en soit, voyons brièvement les efTets de la douleur physique, puis de la douleur morale sur Tactivité. Une sensibilité organique vive, par conséquent très accessible à la souffrance, nous rend attentifs à l'élat du corps, au fonctionnement des organes ; elle amène un rétrécissement du champ de la conscience, une sorte de reploiement pénible sur soi. De là, pour le dire en passant, une certain^ perversion des sentiments, de l'irritabilité, un état de nervosisme inquiet, un égoïsme raffiné et douillet, une espèce d« débilité morale. De là aussi une répugnance très vive à l'aC tion, au mouvement, dont on craint perpétuellement qu'ï n'avive la douleur. On se sent vivre, on ne s'occupe plus qu'à assister au défilé de ses sensations, on s'absorbe dat^s cette décourageante contemplation et les énergies activ^^ s'atrophient, au profit de cette surexcitation de la sensibilité interne. Le courant centripète, si j ose dire, en devenais' envahissant, supprime ou tend à supprimer le courant cef trifuge. L'hypocondrie nous révèle, en grossissement, c^^ effets. Et Maine de Biran les a très subtilement observés ^' analysés en lui-même. « Dès l'enfance, écrit-il dans sCjd
t. Ch. Richet. Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibU^^^' p. 255.