LA SENSIBILITE, L INTELLIGENCE ET L ACTIVITÉ
irnal^ je me souviens que je m'étonnais de me sentir 5ter, j'étais déjà porté comme par instinct à me regarder dedans, pour savoir comment je pouvais vivre et être i, » Or, c'est là le signe d'un trouble organique, d'un tain état de misère physiologique. « Il n'y a guère, dira m, que les gens inalsains qui se sentent exister ; ceux
se portent bien s'occupent plus à jouir de la vie qu'à bercher ce que c'est. Ils ne sont guère étonnés de se senexister. La santé nous porte aux objets extérieurs, la maie nous ramène chez nous. » Aussi Biran est-il une àme lancolique et recueillie. Et l'on remarque chez lui (c une dance presque invincible à regarder couler en lui le flot
impressions sans rien faire pour modifier le cours chanint des événements. Aux champs, où il vit le plus qu'il it, à la Chambre où le retiennent ses fonctions de quesr, il agit peu, il regarde agir \ » Il n'a pas le goût de îtion et chez lui la volonté en souffre : j'erre, dit-il, ame un somnambule dans le monde des affaires. Et s'il înise l'effort, c'est* par une sorte d'intense réaction contre
tempérament ». « Je ne suis bien en aucun endroit, Lt-il encore, parce que je porte dans mon organisme une rce d'affliction, de malaise. Je n'ai le sentiment de ma sonnalité qu'autant qu'il le faut pour sentir mon impuisce, ce qui est un grand supplice. Je suis toujours près faire beaucoup de choses... et je ne fais ^ien^ » f éme affaiblissement de la puissance musculaire, même
:oût de l'action chez les gens mal portants et chez les is naturellement portés à la tristesse. Le mélancolique Ugne absolument à toute sorte d'effort, de travail, d'occuion ; il montre une tendance remarquable à s'asseoir ou - coucher ; les mouvements qui se produisent sont sans ^eur, d'une lenteur et d'une incertitude caractéristiques.
A. Bertrand. La psychologie de Veffort, p. 16. ^aine de Biran. Journal de ma vie intime.
170 LES LOIS riK COMPOSITIOII flKS ËLKMeiftS OU nAflACTÈRE
Les tristes, les émotifs-sentimentaux présentent une physionomie toute semblable. « L'homme triste est soutent reconnaissable à son aspect extérieur : il va lentement, il chancelle, il se traîne les bras ballants, sa voix est faible, sans éclat, par suite de la faiblesse des muscles expirateurs etdn larynx ; volontiers, il reste inerte, affaissé, muet ^ » Cette diminution des phénomènes moteurs se traduit sous forme d*aboulie. La volonté active est profondément atteinte : l'exécution de Tacte conçu apparaît si difficile, si pénible, qu'on Tabandonne après la plus légère tentative, parfois même sans oser tenter. « Le sentiment de ne pas vouloir, dit Schllle, de ne pas pouvoir se décider est le second symp* tome principal de la mélancolie ; il forme, avec la dépression douloureuse, Tessence même de la maladie *. »
Parfois cette aboulie coexiste avec une intelligence très nette, très lucide, de Tacte à faire, des raisons de le faire, des moyens à employer ; mais Teffort nécessaire pour passer à la réalisation constitue un insurmontable obstacle. Parfois aussi, à Taboulie proprement dite se joint un état particulier d'hésitation, de doute, qu on a désigné sous le nom d'aboulie intellectuelle. Les motifs s'opposent, Se balancent; chaque raison de vouloir suscite une raison équivalente de ne pas vouloir. La volonté ici n'agit pas, parce que la pensée ellemême ne se résout à rien. En somme, il y a là un nouvel aspect de cet affaiblissement du pouvoir de synthèse personnelle, de cet état de misère psychologique où l'on a vu la cause profonde de la plupart des troubles de rintelligelice et de la volonté. — Remarquons enfin que, dans la tristesse, dans la mélancolie (au sens vulgaire aussi bien qu'au sena médical du mot), Tinaclivité est favorisée encore par oett^ disposition d'esprit, que nous avons déjà notée, à vivre d'ua^
1. Lange. Les Émotions, trad. fr., p. 38. Paris, Félix Alcan.
2. Schùle. Maladies mentales, p. 25. — cité par G. Dumas : les i^^^ j intellectuels dans la mélancolie^ p. 41. à
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ne tout intérieure, à se renfermer en soi, à s'enfoncer dwis son chagrin, à ruminer ses maux, à se complaire en des rêveries indolentes. L'activité en est atténuée, la volonté rendue plus timide. Les âmes tendres sont rarement de volonté énergique.
Ainsi nous remarquons une dépressio» analogue de Tactivrité et un défaut semblable de volonté, d'une part chez les ^ens tristes, moroses, parce qu'ils sont très sensibles à la douleur physique, que le fond de leur tempérament est une sorte d'état permanent de malaise, — et d*autre part chez les mélancoliques sentimentaux, chez qui la vie émotion* uelle est plus intense, la sensibilité morale plus en éveil» les sentiments tendres plus développés, mais dont la sensibilité est néanmoins douloureuse, inquiète, souffrajite.
\om qu'un fait nouveau, au premier abord contraire à zeuK qne nous venons de noter, se présente maintenant i aous^ L'émotivité — qui toujours repose sur un fonds l'épuisement pénible — s'accompagne souvent d^une réac* Livité qui semble très vive et dont il faut caractériser la nature. Il existe, on la vu, une espèce particulière d'émotivité qui développe un état de faiblesse irritable avec une impulsivité tumultueuse et spasmodique, violente mais imprévue et discontinue, procédant par sursauts, par accès irusques, suivis de périodes plus ou moins prolongées ^'affaissement extrême. Cette irritabilité, ces impulsions *i*ésistibles, ces' emportements subits, ces colères sans otif, trahissent moins en somme une grande activité qu'une ^oitabilité réflexe anormale. Ce sont aussi des signes d'une a.eiivilé relative des fonctions psychiques supérieures, des unités de contrôle, ce sont des signes d'un défaut de coorï^ation, d'un manque d'équilibre, par conséquent d'instalité mentale et d.e faiblesse nerveuse. Cette impétuosité 'Xative, cet état plus rapproché de l'action réflexe primitive^
proviennent donc de ce fait que les émotions et les tendances ne sont pas tenues en échec les unes par les autres, réfrénées, organisées, inhibées. Voilà pourquoi chez les émotifs la volonté est à la fois explosive et instable ; elle s'emporte et est impuissante à se contenir sous la pression d'une émotion, d'un mobile ; mais comme ces émotions se supplantent brusquement Tune l'autre, que ces mobiles ne peuvent être retenus longtemps devant Tesprit, de façon à devenir un principe permanent d'action, la force active de l'individu se dépense immédiatement et s'épuise aussitôt ; la conduite est chaotique, la volonté tour à tour emballée, indécise et impuissante. A des périodes de surexcitation violente succèdent des périodes de dépression, d'épuisement, d'impuissance. Il y a une incapacité presque absolue de se dominer : Témotivité est incompatible avec une volonté ferme et pe^ sévérante ; tantôt le pouvoir d'action est étrangement affaibli, pendant les phases de prostration ; tantôt le pouvoir d'arrêt est aboli, pendant les phases de surexcitation. Ainsi s'expliquent tout à la fois Timpulsivité et l'irrésolution qu'on remarque chez les hommes de cette sorte.
Remarquons enfin que la nature particulière d'intelligence ordinairement liée à l'émotivité concourt aussi pour sa part à donner cet aspect caractéristique à l'activité et à la volonté. Chez la plupart des émotifs, l'attention est lésée ; elle est difficile à fixer, pénible, oscillante, instable, capricieuse. Or Taproséxie est très étroitement rattachée à l'aboulie, à ce point qu'on a pu justement y voir deux syndromes d'une même perturbation psychologique*. Rien d'étonnant dès lors à ce que, chez les individus dont l'attention est plus ou moins profondément atteinte, la volonté apparaisse sans décision et sans résistance, également et tour à tour
1. Voyez en particulier, à ce sujet, P. Janet. Étude sur un cas d'aboulie et d'idées fixes [Revue Philosophique ^ avril 1891) et Histoire d*une idée fixe (Revue Philosophique, février 1894).
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impuissante à commencer et à s'arrêter ; ils sont irrésolus, hésitants, discutent longtemps avant de se décider à une action sans importance, craignent de se tromper, doutent d'eux-mêmes et des autres, sont défiants et inquiets, manquent de persévérance et de prévoyance, — et sont sujets à des impulsions irrésistibles, cèdent subitement et violemment à des entraînements irréfléchis. C'est ce que montre bien l'étude de nombreux états pathologiques, comme la neurasthénie, Thystérie, où ces divers symptômes concordent toujours.
Nous avons vu aussi que Témotivité est normalement unie au développement de Timagination et que, chez les mieux doués intellectuellement, elle provoque fréquemment le goût et l'abus de l'analyse, l'excès de subtilité douteuse et raisonnante, avec son accompagnement habituel : la crainte presque morbide du définitif, de l'irréparable, dans Tordre afTectif comme dans Tordre intellectuel. Et voilà encore qui détourne de l'action, qui supprime la volonté, sans supprimer d'ailleurs la souffrance qu'il y a à se sentir incapable de vouloir. Biran, Amiel, ont noté sur eux-mêmes ce singulier état d'âme. « J'ai la terreur de Taction, écrit Amiel. — Pourquoi cela ? — Par timidité. — D'oîi vient cette timidité ? — Du développement excessif de la réflexion, qui a réduit presque à rien la spontanéité, Télan, Tinstinct et par là même Taudace et la confiance. Quand il faut agir, je ne vois partout que causes d'erreur et de repentir, menaces cachées et chagrins masqués... Comme je me sens vulnérable sur tous les points, partout accessible à la douleur, je reste immobile ^ » « J'ai Tépiderme du cœur trop mince, Tîmagination inquiète, le désespoir facile et les sensations à contre-coups prolongés... j'ai trop d'imagination, de conscience et de pénétration et pas assez de caractère...