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Les éléments du caractère

(( L’Éthologie, écrivait St. Mill il y a plus d’un demisiècle, est encore à créer. Mais sa création est à la fin devenue possible. )) D’importantes contributions à la science du caractère ont été apportées depuis. En ces dernières années notamment, les travaux de MM. Pérez, Ribot, Paulhan, Fouillée, peuvent être considérés comme apportant plus que des matériaux pour la constitution d’une théorie solide. Toutefois, et la diversité même de ces œuvres, la différence des points de vue auxquels se placent ces auteurs, suffirait à le prouver, la question n’est pas épuisée, et il semble qu’on peut avoir encore le droit de l’aborder. En un problème si difficile, d’une si déconcertante complexité, et en même temps d’une importance psychologique, morale et sociale si vraiment capitale, il est permis d’apporter le résultat de ses observations et de ses réflexions, même si elles ne devaient servir qu’à préciser quelques points particuliers et n’avaient pas la prétention de fournir une théorie complète et nouvelle.

Une obligation toutefois s’impose à nous dès le début : celle de dire comment nous avons compris et délimité notre

INTRODUCTION

sujet, sur quels points nous nous sommes surtout proposé d’insister. Or la question de l’objet propre d’une science est si étroitement unie à la question de la méthode, qu’on ne peut traiter l’une sans traiter l’autre.

I. — Seul, à ma connaissance, St. Mill s’est expressément occupé de la méthode de l’Ethologie. Il y a consacré l’un des chapitres les plus curieux et aussi les plus connus de sa « Logique* ». Voici, très en bref, quelles sont ses conclusions. Les hommes ne sentent ni n’agissent tous de la même manière dans les mêmes circonstances; mais il y a des causes générales qui font que, dans telles ou telles conditions, telle ou telle personne sentira ou agira d’une façon déterminée. « En d’autres termes, il n’existe pas de caractère universel dans l’humanité ; mais il y a des lois universelles delà formation du caractère. » Ces lois sont des «lois dérivées résultant des lois générales de l’esprit » ; on ne saurait donc les découvrir par l’observation et l’expérimentation; pour les obtenir « il faudra les déduire de ces lois générales »; la méthode doit être « entièrement déductive ». Du même coup se trouvent établies et les différences et les relations de la Psychologie et de l’Ethologie. La Psychologie est « la science des lois fondamentales de l’esprit », c’est-à-dire des uniformités de succession que présentent les phénomènes de l’esprit. L’Ethologie sera « la science ultérieure qui détermine le genre de caractère produit conformément à ces lois générales par un ensemble quelconque de circonstances physiques et morales », qu’il s’agisse d’ailleurs de la formation du caractère national ou collectif, ou bien de celle du caractère individuel.

Malgré l’autorité de Mill et de ceux qui ont accepté — un peu trop facilement peut-être — ses idées sur ce point, la

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