‹ Les éléments du caractèreChapitre 2 sur 26 · Livre VI, chap. v · texte numérisé non relu

Livre VI, chap. v

INTRODUCTION

légitimité et surtout la nécessité d’une telle méthode peut être contestée. — Tout d’abord, en effet, il n’est pas absolument exact que les loisdérivées soient toujours découvertes par déduction. En fait, on peut dire au contraire que, dans presque tous les cas/elles sont expérimentalement établies (lois empiriques), avant d’être rattachées à des lois plus hautes dont elles apparaissent comme des cas particuliers (lois dérivées). Les lois delà chute des corps étaient connues bien avant qu’on les put déduire de la loi de la gravitation universelle. L’ordre de la recherche est ici l’inverse de l’ordre logique. Et l’on ne voit pas pourquoi les lois de l’Ethologie feraient exception à cette règle.

Mais il y a plus. Les lois générales que la Psychologie cherche à dégager sont l’expression des rapports constants de succession que soutiennent entre eux les phénomènes mentaux, considérés en général. Ces lois connues, on en pourrait sans doute déduire les effets que chacune d’elles, dans des conditions données, tend à produire, et quels phénomènes complexes doivent ordinairement résulter de l’entrecroisement d’un certain nombre de ces lois. Mais encore faut-il bien reconnaître que causes et lois, pour donner naissance à leurs effets, présupposent certaines circonstances; et parmi ces circonstances il convient de compter les aptitudes psychologiques individuelles, la nature psychique de chacun, c’est-à-dire précisément l’être humain réel et concret avec ses prédispositions originales, d’un mot avec son caractère. Comment la connaissance de cet élément essentiel pourrait-elle être dérivée de celle des lois psychologiques générales ?

C’est qu’aussi bien, il est juste de remarquer la façon très particulière dont St. Mill pose et délimite le problème. Par Ethologie il entend, non pas précisément la science du Caractère ou des Caractères, mais la science a des lois de formation » du caractère en général. En dernière

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analyse, il s’agit pour lui de la détermination scientifique des moyens susceptibles de développer, dans les hommes pris en masse, certaines dispositions mentales. Comme il existe des lois qui régissent le développement des diverses fonctions psychiques, ce sont ces lois qui « combinées avec les circonstances de chaque cas déterminé » produisent l’ensemble des phénomènes de la conduite humaine. On ne peut pas, à coup sûr et St. Mill le reconnaît expressément, espérer connaître la totalité de ces circonstances avec une exactitude et une précision suffisantes pour qu’une prévision positive et certaine des effets produits en chaque cas particulier soit rendue possible ; toutefois il suffit pratiquement^ pour exercer une influence sur un ordre donné de phénomènes, de savoir que « certaines causes ont une tendance à produire un effet donné, et d’autres une tendance à le faire manquer ». De telle manière que la considération de l’individu disparaît. Et cela d’autant plus que ces circonstances dont parle Mill, ce sont les circonstances extérieures. C’est par leurs particularités (combinées avec les lois psychologiques générales) que doivent être expliquées les particularités caractéristiques « des différents types que la nature humaine peut présenter à travers le monde, le résidu, s’il est prouvé qu’il y en ait un, étant seul mis sur le compte des prédispositions congénitales ». — De ces prédispositions congénitales, St. Mill ne semble guère se soucier; il doute presque de leur réalité. L’Éthologie c’est donc pour lier la Théorie Générale de l’Éducation. Encore n’en est-ee qu’une partie, à savoir la détermination des procédés généraux grâce auxquels on peut espérer diriger dans un certain sens le développement des facultés. C’est la science des moyens de l’Éducation et la science de l’Éducation suppose aussi une détermination de la fin h poursuivre. En ce sens elle relève de la Morale et de la Sociologie autant et plus que de la Psychologie. Quoi qu’il en soit, au reste, il

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nous semble que telle est bien la conception de St. Mill, et c’est ainsi qu’on s’explique des passages comme celui-ci : (( A part l’incertitude qui règne encore sur l’étendue des différences naturelles des esprits individuels et sur les circonstances physiques dont elles peuvent dépendre (circonstances d’ordre secondaire quand on considère le genre humain dans sa moyenne ou en rnasse)^ je crois que les juges compétents s’accorderont h reconnaître que les lois générales des éléments constitutifs de la nature humaine sont dès maintenant assez bien comprises pour pouvoir déduire de ces lois le type particulier de caractère que produirait, dans F humanité en général^, un ensemble donné de circonstances. »

II. — Et maintenant, n’est-ce pas au moins une partie de l’Ethologie que de rechercher jusqu’où vont « les différences naturelles des individus )), quelles sont ces « prédispositions congénitales » qui les caractérisent et les distinguent, quels sont les types les plus nets et les plus généraux qui résultent de leur rencontre et de leurs multiples combinaisons ? Cette étude ne ressortit pas à la Psychologie proprement dite, telle du moins que l’entendent Mill et son école. Celle-ci, en effet, préoccupée avant tout de décomposer l’esprit en ses éléments, d’isoler les phénomènes qui se succèdent dans la conscience, de découvrir les lois de leur enchaînement mutuel, était mal placée pour considérer les fonctions de la vie psychique dans leur complexité, dans leur individualité. Cependant à la Psychologie analytique et abstraite il est possible et nécessaire de joindre une Psychologie synthétique et concrète.

Cette idée, c’est Taine qui l’a le mieux et le plus fortement exprimée. A côté de la « Psychologie générale » qui a pour objet les phénomènes mentaux en général, il y a place

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