‹ Les éléments du caractèreChapitre 19 sur 26 · LES LOIS DE COMPOSITL · texte numérisé non relu

LES LOIS DE COMPOSITL

Chacun de ces genres nière suivante :

Sensitifs : 3 groupes

Actifs : 2 groupes.

Apathiques : 2 groupes

CLASSIFICATION DES CARACTÈRES

Elle ne me semble pécher, si je puis dire, que par défaut; elle exclut trop, elle simplifie peut-être trop aussi.

Est-il bien légitime' d’abord d’éliminer les amorphes et les instables, sous prétexte que les uns se prêtent à subir toutes les influences et que les autres sont changeants d’un instant à l’autre? Ni chez les uns ni chez les autres ne se rencontre, dira-t-on, une singularité caractéristique, quelque chose de notable, un cachet original. Faut-il en conclure qu’ils n’ont pas un certain caractère ? — D’abord il n’y a pas de purs amorphes et cette plasticité est chose variable d’un individu à l’autre ; ensuite elle est par elle-même un signe distinctif; enfin l’amorphe se rapproche fort de l’apathiquepur dont M. Ribot fait une espèce et qui n’est pas beaucoup plus intéressant, puisque son originalité c’est d’être une borne, ce qui est assez maigre après tout. De la même manière nul n’est absolument instable, ni instable au même titre, capable d’oscillations également fréquentes, d’égale amplitude, entre les mêmes pôles ; ce fait, d’autre part, de se montrer « capricieux, changeant d’un instant à l’autre, tour à tour inerte et explosif, incertain et disproportionné dans ses réactions )), voilà qui n’est pas sans constituer une certaine originalité et qui (si nous n’entrons pas complètement dans le domaine de la pathologie) fait singulièrement ressembler « l’instable » au « sensitif-émotionnel )) qu’on nous dépeint « n’agissant que sous l’influence momentanée de motifs puissants, puis retombant dans l’inaction. .., capable d’activité fiévreuse, puis traversant des périodes d’épuisement et de marasme. »

Passons maintenant aux types de caractères que retient M. Ribot, et voyons si le principe sur lequel il s’appuie pour classer tous ceux qui ne sont ni amorphes ni instables est

suffisamment large. Ici encore je note trois exclusions principales qui ne me semblent pas entièrement justifiées. — D’abord, et ceci est le point le moins important d’ailleurs, on refuse de faire des Tempérés ou Equilibrés un genre et même une espèce. Sans doute ils sont nommés dans le groupe des types mixtes, mais en quelque sorte à contre-cœur, et h propos de Gœthe qu’on considère d’ordinaire comme un exemplaire presque parfait du type (ce qui au reste est fort contestable) M. Ribot va jusqu’à douter qu’il soit un caractère ou même un génie. Que les tempérés constituent une « espèce » distincte et nettement caractérisée, c’est ce qui nous paraît certain. Qu’on lise par exemple le très intéressant portrait que M. Pérez a tracé de M"*® Roland {pp. cit., pp. 181-187) et l’on s’apercevra qu’un caractère de cette sorte appartient bien à un type défini et qu’il n’entre néanmoins d’une façon nette dans aucune autre catégorie. Il y a plus ; nous voyons là non pas seulement une espèce, mais un genre. \Jharmonie, V équilibre, nous apparaissent comme quelque chose d’aussi important, d’aussi fondamental que V excès ou le défaut ^ la pondération est aussi caractéristique que la disproportion et peut par conséquent donner naissance à un type aussi « pur », à un genre aussi caractéristique.

Poussons plus loin. Parmi les fonctions essentielles de la vie psychique, M. Ribot refuse de compter l’intelligence et ne parle pas de la volonté. Sur le premier point nous avons précédemment insisté. (Cf. partie, ch. iv.) Nous n’y reviendrons pas ici: la fonction de penser nous a paru aussi (( innée » que l’activité, aussi caractéristique que « le goût des voyages sans raison et sans but » par exemple, et capable dès lors par sa prépondérance de constituer aussi un genre, au même titre que la prépondérance de la sensiblilité. —

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Il en est de même de la volonté. Elle n’est pas, cela va de soi, aussi primitive, aussi simple que le sentir et l’agir; elle est une manifestation supérieure, partant complexe et ultérieure : on ne l’aperçoit pas à la base de la vie psychique, ou mieux de la vie animale b Est-ce un motif suffisant pour ne pas la compter quand il s’agit de la vie humaine, et doit-on se refuser à explorer les sommets? Pour déterminer le supérieur faut-il s’en tenir exclusivement à la considération de l’inférieur ? Outre que le développement plus ou moins remarquable de la volonté, chez un individu donné, trouve peut-être ses conditions et en quelque sorte sa base dans une certaine constitution particulière de la sensibilité, de l’activité, de l’intelligence, — nous croyons qu’c« fait cette faculté proprement humaine, très inégalement répartie au demeurant parmi les hommes, quand elle devient prédominante, suffit à donner à une certaine catégorie d’individus une nature propre et franchement différenciée. — Nous estimons donc qu’il y a une classe de Volontaires , comme aussi une classe à' Intellectuels : les supprimer c’est simplifier h l’excès.

Cet abus de la simplification que nous avons essayé de mettre en lumière vient, au fond, de la conception même que M. Ribot se fait du caractère. Le caractère, pour lui, (( ce sont les instincts, tendances, impulsions, désirs, sentiments : tout cela et rien que cela. )) C’est pourquoi tout vrai caractère est a un », a stable », « inné »; c’est pourquoi « la marque propre d’un vrai caractère est d’apparaître dès l’enfance » ; (î’est pourquoi aussi « les vrais caractères sont

1. « Le fond de tout animal, écrit M. Ribot, c’est le sentir et l’agir. » Soit ; mais la question est précisément de savoir si c’est tout le fond de V homme, si c’est Vhomme tout entier.

rares w. C’est qu’en effet, en dernière analyse, M. Ribot semble entendre par caractère une sorte de vocation tranchée, irrésistible et native, d’un mot la fatalité d’un instinct puissant. Et ainsi les amorphes et les instables seront justetement exclus; et aussi les Volontaires et les Intellectuels, car la volonté ni l’intelligence ne sont des instincts ou du moins de purs instincts. Et si les apathiques trouvent grâce, c’est qu’ils portent en eux une espèce d’irrésistible instinct de résistance ou d’inertie. Mais cette acception du mot caractère n’est-elle pas arbitrairement restreinte ? le caractère n’est-il pas toute la « physionomie morale » d’un individu ? Ne faudrait-il pas réintégrer dans la compréhension du terme un grand nombre des éléments ainsi éliminés? Si la théorie de M. Ribot est d’un bout à l’autre si solidement construite, si vigoureusement conséquente, c’est peut-être qu’elle s’éloigne trop de la réalité concrète et complexe, et que pour vouloir la ramener à un petit nombre d’éléments simples, elle la mutile. — L’amour de la clarté peut avoir ses inconvénients.

La classification de M. Fouillée n’a pas, à nos yeux, les mêmes défauts; elle en a de plus graves, à la vérité. — Cette classification est, comme celle de M. Ribot, tripartiteh (( Puisque nous avons rétabli la présence de l’intelligence dans les éléments primordiaux de l’évolution mentale, nous arrivons logiquement à distinguer trois grands genres de caractères : le sensitif, l’intellectuel et le volontaire. Chacun de nous, dit Platon, est composé d’une hydre, d’un lion et d’un homme : l’hydre aux cent têtes, c’est la passion ;

1. Remarquons toutefois que M. Fouillée semble considérer les « Équilibrés » comme formant un genre à part, bien qu’il ne les décrive ni ne les subdivise.

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le lion, c’est la volonté; l’homme, c’est l’intelligence; on peut ajouter que notre forme morale change selon que l’un de ces trois éléments prédomine^ ».

I. — Voilà les genres; passons aux espèces. — Parmi les sensitifs, trois espèces sont à distinguer :

1” Les sensitifs ayant peu d’intelligence et peu de volonté ;

2*^ Les sensitifs ayant de l’énergie volontaire, mais peu d’intelligence ;

3° Les sensitifs ayant peu de volonté, mais beaucoup d’intelligence.

IL — Les divisions du genre des Intellectuels sont moins nettement marquées dans l’ouvrage que nous analysons. Si nous avons bien compris, toutefois, voici quelles elles seraient:

1° Les intellectuels exclusifs; — avec des subdivisions possibles en concrets (imaginatifs) et abstraits, en intuitifs et déductifs ;

2® Les intellectuels ayant de la sensibilité et peu de volonté ; — on y pourrait ranger les méditatifs et contemplatifs, et les analystes ;

3'^ Les intellectuels ayant beaucoup de volonté.

III. — Les Volontaires se diviseraient tout naturellement aussi en trois catégories :

Volontaires ayant peu de sensibilité et peu d’intelligence ;

2® Volontaires ayant beaucoup de sensibilité et peu d’intelligence ;

1. Fouillée, Tempérament et Caractère , selon les individus, les sexes et

les races, 1895, p. 135 ; — articles parus dans la Revue des Deux-Mondes en 1894.

3° Volontaires ayant beaucoup d’intelligence et peu de sensibilité b

Nos critiques, au sujet de cette classification, seront très brèves. Nous ne nous attarderons pas à des observations de détail comme celle-ci par exemple : quelle différence y a-t-il au juste entre un individu doué de beaucoup de sensibilité, beaucoup de volonté et peu d’ intelligence , et un individu doué de beaucoup de volonté, beaucoup de sensibilité et peu d'intelligence? En somme l’obscurité vient ici de la très grande indécision des termes qu’emploie M. Fouillée: beaucoup o\i peu de sensibilité, de volonté, d’intelligence. Ne pourrait-on retourner contre lui cette objection qu’il adresse, si je ne me trompe, h M. B. Pérez : il s’agit d’une question, non de quantité, mais de qualité. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de savoir quelle nature, quelle forme de sensibilité ou d’intelligence ou de volonté se rencontre dans un individu donné, suivant que chez lui domine tel mode ou tel autre de volonté, d’intelligence ou de sensibilité.

Autre difficulté, que nous avons signalée ailleurs : cette classification des caractères n’est pas rattachée à celle des tempéraments que l’auteur avait proposée cependant parce que la connaissance du caractère doit avoir pour base la détermination des tempéraments, et qu’une théorie des caractères doit être fondée à la fois sur la biologie et sur la psychologie. Or parmi les tempéraments décrits par M. Fouillée, voici le sensitif à réaction prompte: sensibilité vive, émotions fugitives et peu profondes, mobilité des sen-

1. Op. cit,, p. 178. — M. Fouillée semble aussi établir une division en « volontés d’impulsion » et « volontés d’inhibition », et encore en « volontés égoïstes » et « volontés altruistes » ; mais ces nouvelles classes ne correspondent pas bien nettement à celles que nous venons d’indiquer.

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timents, disposition à l’optimisme, humeur enjouée, légèreté, insouciance, aptitude à vivre dans le présent, activité mobile et superficielle, pas de persévérance, mais de l’exubérance, de l’entrain. Cela, c’est bien la description d’un caractère; — on ne la retrouve plus dans la classification des caractères proprement dits. — De la même manière, s’il y a un tempérament actif, pourquoi ne compterait-on pas un caractère « actif » ; et les « actifs » ne sont pas nécessairement la même chose que les a volontaires » ; j’essaierai, en décrivant les uns et les autres, de montrer aussi nettement qu’il me sera possible les différences qui les séparent. — Enfin je ne vois pas de raison majeure pour refuser de faire des « apathiques » un genre à part; M. Fouillée se borne à dire : (( l’apathie n’est qu’une question de degré, non de nature », ce qui ne constitue pas un argument définitif, d’autant plus que l’auteur, à propos des tempéraments, écrit fort bien : « Chez le flegmatique passif et apathique, l’inertie est excessive et s’étend à tout, à la sensibilité comme à l’activité... Les apathiques pourraient aussi s’appeler des adynamiques ; ils ont en eux quelque chose de cette dépression de forces qui caractérise la maladie, le sommeil et la vieillesse. Leur tempérament est à la fois U antipode des tempéraments sensitif et actif'' . » En résumé, ce que nous reprochons à M. Fouillée, c’est d’avoir méconnu un certain nombre de types de caractères et d’avoir simplement repris la classification de Bain en émotionnels, intellectuels, volitionnels^, qui est vraiment un peu étroite.

1. Op. cit., pp. 75, 76. C’est moi qui souligne ce dernier memlire de phrase, qui me paraît d’autant plus caractéristique que M. Fouillée fait du tempérament apathique une subdivision des « actifs ».

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