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A. Bain, Study of Charakter

II. — Cette étude critique n’est pas, on l’a vu, purement négative. Les deux dernières théories que nous venons d’examiner nous ont paru, en particulier, être, suivant le mot de Leibnitz, vraies en ce qu’elles affirment, fausses seulement en ce qu’elles nient. Ce qui reste acquis, après qu’on a parcouru ces diverses classifications, c’est qu’un certain nombre au moins de types méritent d’être universellement reconnus. Quelques autres ne sont pas acceptés par tous les psychologues et nous semblent néanmoins devoir être retenus parce qu’ils résultent nettement de toutes nos précédentes recherches tant sur les éléments du caractère que sur leurs lois de combinaison. La classification à laquelle nous nous arrêtons ne semblera sans doute, au moins dans ses divisions générales, que la réunion, la fusion de celle de M. Ribot avec celle de M. Fouillée. Nous acceptons volontiers le reproche, si c’en est un ; encore une fois, nous ne prétendons pas ici à l’originalité, — à moins que ce n’en soit une que de n’y pas viser de parti pris et de se contenter de dire ce qui semble exact.

Présentons d’abord quelques observations très générales sur le plan que nous allons suivre. — Dans un caractère comme dans un organisme, il y a des systèmes dominateurs et d’autres subordonnés, il y a un grand ressort qui imprime au reste sa direction, sa vitesse, il y a certaine fonction prépondérante, certaint trait profond et essentiel qui donne à toute la physionomie son cachet propre et distinctif. Il suffira que deux ou plusieurs individus aient en commun ce carac- . tère fondamental, et que chez eux il soit la pièce maîtresse du système psychologique et moral, pour qu’ils méritent d’être rangés dans la même catégorie, quelles que soient au reste les différences qui les séparent à d’autres égards. C’est

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donc de la détermination de ces différentes « facultés maîtresses )) qu’il faut partir. Nous n’obtiendrons d’ailleurs ainsi que des « cadres vides » comme dit M. Ribot. Aussi nous garderons-nous de les décrire. On ne décrit pas un « invertébré ». Voici par exemple les «‘sensitifs » ; peut-on en faire un portrait, peut-on les caractériser autrement qu’en disant que chez eux c’est la sensibilité qui prédomine et par là même imprime h l’activité, à l’intelligence, à la volonté une allure et un aspect qu’on ne saurait définir qu’en montrant de quelle nature particulière est la sensibilité ellemême. Comparez par exemple la description que M. Ribot fait des « sensitifs » en général, et celle que nous donne M. Fouillée de l’une au moins des deux grandes divisions de cette même classe des sensitifs : elles s’opposent presque mot pour mot. « Impressionnables à l’excès, pessimistes, craintifs, timides, méditatifs, contemplatifs : » voilà leur bilan d’après le premier de ces auteurs ; — voici ce qu’en dit le second : « les nerfs vibrent facilement et rapidement, optimistes d’instinct, portés à l’espérance, d’humeur enjouée, ne se tourmentant pas, tout entiers à l’impression présente ». — Les noms par lesquels nous désignerons nos grandes catégories exprimeront simplement ce fait que c’est telle ou telle fonction psychique générale (laquelle peut revêtir plusieurs aspects caractéristiques, au surplus) qui est en eux dominatrice.

Je dis dominatrice et non pas exclusive. Toutes les fonctions de la vie mentale, à des degrés variables et avec des formes diverses, se rencontrent dans tous les individus : la proportion, pour ainsi parler, est seule très différente. Tous les caractères sont donc mixtes, composés, et il n’y a pas de nécessité de compter là une catégorie à part. Tout carac-

tère est un « tempérament » suivant des rapports variables de sensibilité, d’activité, d’intelligence, de volonté. Il n’y a pas de types « purs », si l’on entend par là des individus chez lesquels une seule de ces facultés se présenterait à l’exclusion des autres.

Une difficulté cependant se présente ici. Nous venons de dire que les « genres » doivent être déterminés d’après la prépondérance au moins relative d’une certaine a fonction » psychique. Nous allons compter un genre des « Tempérés »; or la pondération n’est pas à proprement parler une fonction. Toutefois cet équilibre entre les diverses fonctions psychiques, qui résulte lui-même d’un mode spécial d’exercice de celles-ci, constitue une attitude psychologique toute particulière et qui n’est pas seulement de forme, mais de fond. Il peut donc être justement considéré comme une sorte de caractère dominateur et servir de caractéristique à un genre, à peu près comme la présence ou l’absence d’un plan de symétrie sert aux naturalistes à distinguer des embranchements.

Nous arrivons ainsi à compter six geru'es principaux, à savoir :

Les Apathiques,

Les Affectifs,

Les Intellectuels,

Les Actifs,

Les Tempérés,

Les Volontaires.

Dans chacun de ces genres, diverses espèces devront être distinguées et caractérisées.

Préciser, compléter et du même coup justifier s’il se peut notre classification, ce ne peut être que décrire les divers

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types que nous pensons pouvoir reconnaître. Et comme il ne saurait suffire de donner des indications générales, et pour ainsi parler de simples schémas, nous essayerons de présenter, toutes les fois qu’il sera utile, des portraits individuels. Ce sont ceux de personnes que j’ai eu le moyen et le loisir d’étudier de près. Cette méthode, il faut bien le reconnaître, présente un inconvénient grave, celui de rendre impossible toute vérification directe. Néanmoins nos portraits pourront être tenus pour ressemblants, si d’une part ils semblent assez vivants, si, d’autre part, le lecteur peut trouver dans ses souvenirs personnels des physionomies analogues.

Les noms d’hommes illustres, ou tout au moins connus, que nous ajouterons permettront au surplus de mieux fixer les idées.

A. Les Apathiques. — Ils sont caractérisés par une dépression anormale de la sensibilité, tout à la fois sous le rapport de l’affectivité et sous celui du désir. Rien ne les émeut et ils manquent complètement d’ardeur, de passion. Cette atonie qui est leur trait dominant est au reste susceptible de degrés et chez plusieurs il reste un certain nombre de points sensibles par où ils sortent si je puis dire de leur nature et de leur formule. Il suffit que cette indifférence soit très généralisée pour qu’ils rentrent dans notre groupe. L’apathie qui tend à abaisser le ton de l’activité, puisqu’elle est en son fond une diminution du ton vital, et qui tend à donner à l’intelligence de la lourdeur, une allure routinière et embarrassée, n’est pas cependant exclusive, nous l’avons vu, de toute activité et de tout développement intellectuel. Elle leur imprime seulement un cachet spécial. — Nous subdiviserons ce genre en trois espèces.

1° U Apathique pur . C’est la forme la plus basse. Ils sont Malapert. 14

inertes autant que peu sensibles; indolents, sans ressort, sans énergie, n’ayant de goûta rien, d’intelligence obtuse, ils sont réduits presque absolument aux instincts animaux. Ils s’élèvent tout juste au-dessus de l’idiot. Ils sont capables au reste de travailler à des besognes médiocres et uniformes sous l’impulsion de la nécessité. Leur insensibilité et leur inintelligence les rendent parfois brutaux.

Je n'ai évidemment pas de noms propres h citer ici; les hommes^de cette sorte ne laissent pas de trace profonde dans l’histoire. Peut-être en pourrait-on trouver quelques-uns dans la liste des princes qui n’ont rien fait et qui n’ont rien été. — Voici un portrait d’un homme qui me semble entrer nettement dans ce groupe.

M. X... (Portrait III). Un des plus beaux spécimens d’indolence, d’insignifiance que je connaisse. Insensible à peu près à tout, sinon aux dérangements qu’on peut apporter à ses habitudes de Lien-être. Pas trace d’émotivité, tout glisse sur cette écorce épaisse ; il n’a jamais eu je crois de grandes joies ni de grands chagrins. Ignore ce que c’est que l’enthousiasme, n’a pas idée de ce que peut être un plaisir esthétique. A quelques affections toutefois, assez enracinées, mais qui manquent totalement d’élan, de profondeur, de vivacité, et qui sont plutôt une partie de ses habitudes qu’un morceau de son cœur. Sans ardeur, ne désirant rien passionnément, tenant seulement à trouver à l’heure voulue son déjeuner, son fauteuil, ses pantoufles ou son lit. Comme il est, d’ailleurs, de bonne santé et dans une belle situation de fortune, il est d’une bonne humeur passive assez égale ; pas méchant, mais naturellement égoïste, n’ayant pas même l’idée de songer à autrui: — une tendance assez marquée à l’avarice — pour les siens.

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D’intelligence fort médiocre, pour ne pas dire plus. Nonseulement les choses de l’esprit n’existent pas pour lui, mais encore il comprend dilficilement, n’a pas la moindre imagination, la moindre vivacité (voilà quelqu’un qui n’a rien à craindre de la précipitation de ses idées !), n’a pas une opinion, une pensée, un jugement qui lui soient propres. Il écoute une conversation sérieuse avec autant d’effort d’attention et de profondeur de compréhension qu’il en dépense à regarder béatement monter la fumée de sa pipe. Il interrompra parfois pour lâcher quelque sotte banalité ou quelque plaisanterie grossière ou puérile. Sur certains points une espèce de gros bon sens vulgaire, qui n’est ou demeurent que du psittacisme — médiocrement appliqué.

L’activité est extrêmement faible et molle ; pas le moindre besoin d’agir utilement ou pour se dépenser; n’a jamais rien entrepris, reste volontiers des journées entières à ne rien faire. Sa seule occupation c’est de faire, modérément, de la bicyclette, parce qu’on en fait autour de lui et qu’il faut bien passer le temps. A cela près un remarquable type de désœuvré inerte.

Inutile d’ajouter que ce n’est pas un grand volontaire. Sa volonté, sans ressort, sans initiative, sans énergie propre, molle et se laissant aller suivant la ligne de moindre résistance, ne dissimule un peu de faiblesse que grâce à l’inertie qui lui donne un air vague de pondération.

2° U Apathique-intelligent, — Ce type se distingue du précédent, comme son nom l’indique, par un développement supérieur de l’intelligence. Toutefois nous n’avons pas encore affaire ici à un pur intellectuel, car l’exercice de la pensée ne devient pas encore une fonction absorbante, impérieuse, vraiment dominatrice. Il peut, chez les plus dis-

tingués représentants du groupe, être une occupation favorite, il n’est pas une vocation irrésistible, une vraie passion. L’intelligence reçoit d’ailleurs de l’émoussement même de la sensibilité une physionomie particulière. La flamme, les grandes envolées, la richesse et l’exubérance de l’imagination font plus ou moins radicalement défaut. L’individu peut donc être très intelligent, mais d’une intelligence qui a sa tournure et son allure propre, plus régulière que puissante, plus apte à comprendre qu’à découvrir, à inventer : elle est assimilatrice et pour ainsi parler reproductrice plutôt que vraiment originale et créatrice. Elle affecte même chez les représentants médiocres du type un caractère assez remarque de lourdeur et de lenteur. — Ajoutons que, chez les hommes de cette sorte, l’activité est très médiocrement développée en général; ce ne sont pas des « oseurs », mais tout au contraire des temporisateurs et comme dit M. Ribot des (( calculateurs ». — C’est là une disposition ou plutôt un ensemble concordant de dispositions psychologiques qui semblent particulièrement favorables au développement de certaines qualités de la volonté; — ce ne sera pas sans doute de la volonté active, énergique qui trouve d’ordinaire sa source dans les tendances sensibles et dans l’activité spontanée ; — mais ce sera la volonté modérée, réfléchie, égale, suffisamment continue et persévérante avec même de la ténacité. Toutefois nous ne rencontrons pas la volonté inhibitrice sous sa forme expresse, car les impulsions n’étant jamais très vives il n’y a pas de grands efforts à faire pour les vaincre et les arrêter. Enfin je réserve expressément le nom d’apathique-intelligent, et aussi comme on verra tout à l’heure d’apathique-actif, — aux individus chez qui la volonté, — bien qu’elle existe et ait ses caractères propres.

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— n’apparaît pas comme vraiment souveraine, comme dominatrice et directrice incontestée.

Je voudrais esquisser ici la silhouette d’un représentant moyen de cette classe.

M. X... (Portrait IV). Nous rencontrons tout d’abord les traits généraux de l’apathique, inémotivité, absence d’effusion, d’épanchement; je n’y reviens pas et me borne à signaler, à côté de la froideur, du calme et de l’indifférence habituels, une certaine tendance à voir volontiers les choses sous leur mauvais aspect, à se décourager (beaucoup plus d’ailleurs par manque de ressort et de vaillance que par l’effet d’une imagination obsédante et inquiète). Stable dans ses affections, ami sûr, mais assez bourru et bougon, un peu (( ours ».

Un certain développement intellectuel, une certaine aptitude scientifique, qui le distinguent nettement du portrait III. Intelligence d’ailleurs qui manque de souplesse, de variété, d’universelle curiosité, de feu, qui n’a rien d’esthétique, ni de brillant. Juste et appliquée dans sa sphère, avec pas mal de routine etdea métier». Pas l’esprit de finesse, mais plutôt l’esprit géométrique, avec ses défauts propres, comme de vouloir traiter les choses humaines et les choses de sentiment par principes mathématiques : d’où des lacunes et des preuves d’inintelligence parfois singulières.

L’activité est très médiocre ; difficile h remuer, sans spontanéité, sans esprit d’initiative; routinier et même casanier en un sens. Volonté sans énergie; se laisse mener par qui le sait prendre et se laisse facilement prendre ; un faible en somme et qui n’est pas éloigné de se croire un autoritaire, parce qu’il a des entêtements d’une espèce particulière, qui ne sont que des entêtements d’habitude et d’inertie, si j’ose

dire, appuyés sur des principes ou plutôt qu’il croit fondés sur des principes.

Une expression tout à fait supérieure du type nous est fournie par Fontenelle dont on connaît la singulière insensibilité et qui fut un homme très intelligent mais auquel a toujours fait défaut cette dose d’imagination et de passion qui fait les grands esprits, qui « n’a été artiste à aucun degré », dont « les sentiments ont été des idées justes », qui (( est né tranquille, curieux et avisé », mais n’a pas eu le feu sacré, la passion de la science, qui n’a rien découvert, rien généralisé et s’est contenté d’être comme on l’a dit spirituellement « le secrétaire général du monde scientifique ». (V. Faguet, Etudes sur leXVIIE siècle.)

3° U Apathique- Actif . — Voici un caractère qui se rapproche de certaines formes du caractère équilibré. Seulement ici l’équilibre est en quelque sorte négatif. L’apathie, qui est manifeste, est cependant en quelque mesure, non pas sans doute compensée, mais déguisée par une certaine tendance à l’activité. Celle-ci à son tour est rendue lente et calme par l’apathie même. L’intelligence, qui présente des qualités et des défauts analogues à ceux que nous indiquions plus haut, n’a plus ici la même tendance h se constituer un système relativement indépendant ; elle se met pour ainsi dire simplement au service des tendances actives, permettant de concevoir la fin et les moyens d’y atteindre. La volonté, ici encore, bien que plus développée sous sa forme active, et qui n’a guère à se manifester comme pouvoir de maîtrise et de domination, n’arrive pas à être le caractère saillant et prépondérant.

Dans le portrait qui suit, je noterai donc seulement les traits qui différencient cette espèce des autres du même genre « apathique ».

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M. X... (Portrait V). La sensibilité, l’émotivité sont très médiocres, — avec une disposition à la brusquerie, comme sous l’action de poussées impétueuses et même un peu brutales.

L’intelligence, très normalement développée, n’a rien de contemplatif, de méditatif, de rêveur, d’imaginatif; elle n’est pas spéculative non plus, ne se plaît que médiocrement aux abstrations, n’a pas davantage au reste le sens du pittoresque, du beau: elle est un peu lente et lourde, mais nette, voyant les choses sans raffinement, sans subtilité, mais avec justesse et rectitude : c’est un bon sens pratique assez vigoureux (se renfermant d’ailleurs volontiers dans la sphère délimitée par la fonction sociale).

Activité robuste qui a besoin de se dépenser, mais sans excès, d’une façon modérée et régulière, ne procédant pas par à-coup, par élans irrésistibles, mais continue. Un fonds assez riche d’énergie active mais à qui l’apathie donne un caractère très net de calme et de flegme.

De la volonté, de la persévéranee, surtout du sang-froid, — faite principalement d’habitudes, venant en quelque sorte du dehors plus que du dedans. Je m’explique : pour un grand nombre de choses la volonté est molle; mais elle devient ferme quand il s’agit d’actes intéressant la dignité professionnelle, le point d’honneur. Aime à voir sa vie réglée, avec des obligations bien définies, qu’il saura accomplir; n’aurait pas été aussi capable de se faire à soimême, à coup de volonté, sa loi et son plan d’existence. Une volonté qui a le « tempérament militaire ».

Le Hollandais, lent, lourd, patient, appliqué, persévérant, avec sa prudence pratique et calculatrice, l’obstination méthodique de l’effort rentrerait assez bien dans ce cadre; on y

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pourrait aussi placer, aux plus hauts degrés de la série, ceux que M. Ribot classe parmi les calculateurs: Franklin, Louis Xï, Philippe II d’Espagne, etc.

B. Les Affectifs. Nous passons maintenant à notre second « genre ». Je les nomme les « affectifs », faute d’un nom meilleur, parce que « sensible » ou (c sensitif » me semble comporter une détermination de sens, une spécialisation trop grandes. Je choisis le terme le plus vague, susceptible d’exprimer la prédominance de la vie sensible, précisément parce qu’il est le plus vague et peut alors convenir aux diverses formes que revêt la sensibilité même. Ce mot, comme je l’ai déjà dit, signifie donc ici tout simplement ce fait que, chez les hommes de ce groupe, la sensibilité, quelle que soit sa nature propre, est dominatrice par rapport à l’intelligence et à l’activité, qui se peuvent présenter, cela va de soi, à des degrés très variables. Et comme je crois les genres « indescriptibles », j’aborde de suite la détermination des (c espèces », et des « variétés » principales qu’on peut espérer différencier avec une suffisante précision. Je compte trois espèces: les Sensitifs, les Emotifs, les Passionnés.

1° Les Sensitifs proprement dits sont ceux chez qui la sensibilité (considérée surtout en tant qu’affectivité, aptitude à jouir et à souffrir) est extrêmement vive, susceptible d’être ébranlée par le moindre choc, de vibrer au moindre contact. Ce qui les distingue des émotifs c’est que ces impressions sont généralement mobiles, qu’elles n’ont point ce retentissement prolongé, cette persistance et cette profondeur qui caractérisent comme on l’a vu l’émotivité proprement dite. — Maintenant cette sensibilité, dont le développement excessif est le trait fondamental et dominant des caractères de cette sorte, peut se présenter sous deux aspects princi-

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paux : elle peut être particulièrement douloureuse et par conséquent dépressive, ou au contraire tournée de préférence vers le plaisir et par là même expansive. J’appellerai les premiers sensitifs-purs ou sensitifs-passifs ou encore sensitifs-inertes, et les seconds sensitifs-vifs ou si l’on veut sensitifs-agités.

a. Sensitifs-puî's, ou sensttifs-passifs . — C’est à peu près ceux que M. Ribot, sous le nom de sensitifs-humbles, décrit ainsi: (c Sensibilité excessive, intelligence bornée ou médiocre, énergie nulle : tels sont leurs éléments constitutifs. Leur note dominante, c’est la timidité, la crainte et toutes les manières de sentir qui paralysent... Ils ont conscience d’être faibles, sans ressort pour l’action, sans esprit d’initiative. — Ils sont en général pessimistes ou du moins douloureux. Une sensibilité organique aiguë les prédispose à la timidité renfermée, à l’inaction par peur de l’efFort; ils sont volontiers défiants et inquiets, n’osent rien entreprendre, ont toujours peur de se compromettre soit'en agissant soit en s’abstenant. La volonté chez eux est presque absente, elle n’arrive guère à se constituer par suite d’un excès d’inhibition des tendances, résultat de leur sensibilité à forme déprimante.

X... (Portrait VI). C’est une jeune fille souffreteuse, de sensibilité douillette, d’aspect triste, s’inquiétant sans cesse de sa santé délicate; craintive et timorée; d’une càlinerie assez égoïste qui est plutôt besoin de se faire consoler, de se sentir entourée de soins affectueux, soutenue, réconfortée, que témoignage de tendresse active. Timidité extrême à l’égard des étrangers ou des indifférents, une certaine susceptibilité sans réaction, ou mieux facilité grande à se froisser, à se replier sur soi. Ce qui explique son antipathie pour les gens expansifs, exubérants, entreprenants.

L’intelligence est sans vigueur, sans relief ; la mémoire manque de richesse, de promptitude, de ténacité, sinon en ce qui concerne les souvenirs pénibles, les douleurs organiques, les tristesses. Petite imagination, lenteur des associations, inaptitude à saisir des idées ou des théories un peu larges et élevées, esprit étroit, comme concentré, déprimé, jugement hésitant, scrupuleux et aussi tatillon et pointilleux.

Inactivité presque totale ; non seulement n’a aucune audace dans l’entreprise, mais même aucune énergie dans la réactivité; prudence excessive, se défie toujours de ses forces, s’attend à des choses désagréables et n’essaie pas de s’y opposer, voire de les éviter, plie le dos et se résigne d’avance.

Extraordinaire faiblesse de la volonté; ne sait ni prendre une décision, ni résister; cède, se repent, change d’avis, a des velléités mais ne passe pas à l’acte, finalement se laisse aller, quitte à le regretter presque aussitôt. — Au total une figure pale, effacée et douloureuse.

b. Sensitifs-i’ifs. Ce caractère correspond assez exactement à ce que Kant appelle le tempérament sanguin léger (Leichtblütig), et dont il donne l’excellente description qui suit : ({ 11 est sans souci et d’espérance facile ; il donne à chaque chose, au premier moment, une grande importance et ne peut plus ensuite y penser. Il promet magnifiquement, mais ne tient point sa parole, parce qu’il n’a pas assez réfléchi d’abord s’il pourrait tenir sa promesse. Il est assez disposé à secourir, mais c’est un mauvais débiteur, qui demande toujours des délais. C’est un bon compagnon, enjoué, de bonne humeur, ne donnant facilement une grande importance à rien (vive la bagatelle!) et qui aime tout le monde.

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Il n’est pas d’ordinaire un méchant homme, mais c’est un pécheur difficile à convertir, qui se repentira fort, mais ce repentir (qui ne sera jamais du chagrin) sera bientôt oublié. Le travail le fatigue, et toujours il est occupé, mais à ce qui n’est qu’un jeu, parce que c’est là un changement, et que la constance n’est pas son affaire. » [Anthropologie, partie II, section A.) Ces divers traits de caractère, nous avons eu occasion de le montrer en détail, découlent tous assez facilement de la prédominance de cette sensibilité mobile, expansive et tournée vers le plaisir qui est la note fondamentale du sensitif-vif. De là résultent ses qualités et ses défauts d’esprit, la tournure particulière de son activité et de sa volonté. J’ajoute de suite que nous trouverions ici une foule de nuances et de degrés déterminés non seulement par le développement variable de l’intelligence, mais encore par l’exquisité, le raffinement et aussi la mobilité, l’impulsivité instable de la sensibilité, qui peuvent être fort divers. Et ainsi certains représentants de ce type vont rejoindre les émotifs proprement dits.

Je choisis parmi mes notes le portrait suivant d’une personne qui me paraît une expression nette et en même temps moyenne (ce qui ne signifie pas médiocre ou vulgaire) du type que j’essaie de caractériser.

X... (Portrait VII). Jeune femme gaie, enjouée, expansive, rieuse ; nulle trace de rumination psychique, n’est pas portée à regretter le passé, à se tourmenter de l’avenir, pas sentimentale non plus, ni rêveuse, ni émotive ; les plaisirs ou les peines, bien que vifs, disparaissent rapidement; elle (( prend la vie comme elle vient » ; — n’est pas égoïste; capable d’affections et de sympathies vives et même assez durables, ne connaît pas la rancune, est aimable et

bienveillante pour presque tout le monde. Une pointe de vanité.

Intelligence ouverte, curieuse de littérature et d’art, souple et capable de se plier à des points de vue divers ; peu de goût pour les abstractions et les raisonnements ; juge vite et même trop vite, sans réfléchir beaucoup; pas mal d’étourderie ; la vivacité, qui n’est pas exclusive d’une certaine justesse, empêche la continuité de l’attention et la netteté calme de l’esprit: un peu de dispersion et de dissipation.

De l’activité, par besoin de ne pas rester en repos ; va, vient, sort, s’occupe, fait n’importe quoi pour faire quelque chose, surtout ce qui lui plaît au moment, ou lui passe par la tête. — Ce n’est pas une volontaire; se décide tout d’un coup, sans grande préparation, sans délibération prolongée, sans chercher à se rendre compte des conséquences plus ou moins lointaines, sans s’en inquiéter, — sous l’influence du sentiment, de l’idée, du conseil du moment. Ne se laisse pas conduire, en ce sens qu’elle n’accepterait pas volontiers l’idée d’être dirigée, mais cède toujours si on a simplement l’air de proposer et si elle croit diriger les autres. En somme volonté faible par manque de coordination, par ce qu’elle ne sait pas préparer à l’avance et poursuivre avec persévérance la réalisation d’une fin définie et stable ; ne se pose pas des principes de conduite ; s’arrange de sa vie beaucoup plus qu’elle ne songe à arranger sa vie, et vit en quelque sorte perpétuellement dans le présent.

Diderot, comme aussi Benjamin Constant me paraissent, avec des nuances différentes, exprimer des degrés supérieurs du type. Chez le premier nous rencontrons une sensibilité vive et même ardente, mais surtout changeante, capricieuse.

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mobile. Il a comme il dit lui-même « l’air vif, ardent et fou » ; il a « en une journée cent physionomies diverses, selon la chose dont il est affecté )) ; il note une a rapidité surprenante dans les mouvements, dans les désirs, dans les projets, dans les fantaisies et dans les idées ». Serviable, charitable, généreux, avec d’étranges écarts et beaucoup d’incohérence. — Esprit très curieux et ouvert, et pénétrant, mais intelligence dispersée, sans concentration, sans puissance de synthèse et de méditation et de pensée calme ; esprit qui tourne à tous les vents, qui comprend tout, fait comprendre tout, mais n’a pas le temps de s’arrêter, de s’attacher, d’approfondir, de coordonner. — D’activité toujours en éveil, exubérant, mais sans persévérance; étourdi et léger, avec a une pointe d’ivresse joyeuse », une insouciance absolue des conditions matérielles de la vie, impatient de toute règle, incapable de vouloir fermement, constamment, froidement, incapable surtout de vouloir se contenir, se dominer, s’imposer des principes rigoureux et réguliers, de se soumettre à une loi et de se faire sa loi.

Et B. Constant nous offre des traits fort analogues, avec quelque chose d’autre aussi. Lui aussi il est l’homme des sensations violentes et courtes et diverses; chez lui aussi la sensibilité est toute en exaltations subites et qui durent peu. Mais il se désabuse vite, et il ne jouit des choses que pour s’cn dégoûter, et par là même il manque d’expansion, de dévoilement, il est, comme son a Adolphe », a un mélange d’égoïsme et de sentiment, d’enthousiasme et d’ironie », il a comme lui (( de la sécheresse de cœur et ce grain de sensibilité qui consiste à sentir qu’il en manque et à en souffrir ». — C’est qu’aussi bien son intelligence très lucide et très subtile et très avisée, il l’emploie volontiers à s’analyser.

à persifler les autres et à se persifler lui-même pour (( couvrir et défendre sa timidité )>. Et enfin son activité perpétuellement enfiévrée est presque de l’agitation ; « surexcité et bondissant, actif non sans but, mais pour mille buts, et toujours emporté en impétueuses saillies )) ; d’irrésolution singulière, d’une « extraordinaire incertitude de conduite », et se faisant à lui-même sa devise: sola inconstaiitia constans.

Enfin, sur la limite qui sépare les sensitifs-vifs des émotifs, je trouve Stendhal. Sensibilité suraiguë, voilà son trait dominant. Un sensitif toujours en quête de sensations nouvelles, et tout entier à la sensation actuelle. Mais sa sensibilité s’est aigrie, car son désir de sensations fortes et apres n’est jamais pleinement satisfait et il y a toujours disproportion entre les événements et ce qu’il souhaitait. L’esprit d’analyse ne contribue pas peu à corrompre ses sentiments, h développer une sorte de crainte anxieuse de les voir méconnus ou raillés, une incurable timidité qui devient méfiance ombrageuse. Aussi est-il incapable de se donner, il n’a que des « élans d’amour », le désir d’aimer sans en avoir la puissance, et par peur d’être dupe il se gâte toute joie. Il est « dévoré de sensibilité, timide, fier et méconnu », comme il le dit lui-même, a avec une maudite manie de briller ». — Son intelligence, comme sa sensibilité, est subtile et raffinée, et « sans cesse la sensation l’emporte sur la perception ». Son apparente activité n’est en somme que le désir de multiplier les sensations ; il « secoue sa vie », comme il dit, de peur qu’elle ne le ronge. 11 a des sursauts d’énergie, de la décision, comme fouettée par le désir, et aussi par bravoure naturelle, par amour de la lutte. Mais il n’eut pas de volonté ; il ne sut ni vouloir, ni même ce qu’il

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voulait. Il resta toujours inquiet, perplexe, irrité et faible : « tu n’as pas de caractère )). (Journal.)

2° Les Emotifs. — Le « mot émotif )> ou a émotionnel » est pris ici, non pas dans le sens large que lui donne par exemple A. Bain, mais au sens étroit que lui donne M. Ribot. J’ai déjà dit ce qui me semblait caractériser l’émotivité, et je n’y reviens pas ici. Un émotif, c’est un homme chez qui l’émotivité proprement dite est le caractère dominateur qui entraîne avec lui certains modes particuliers d’intelligence, d’activité, de volonté. Rappelons enfin que nous avons distingué deux grandes formes d’émotivité qui vont donner naissance à deux variétés distinctes : une émotivité à forme dépressive et une émotivité à forme impulsive. Nous aurons donc des émotifs-mélancoliques et des émotifsirritables ou encore impulsifs. Décrivons-les, en suivant la méthode que nous avons adoptée jusqu’ici.

a . Emotif mélancolique. — La sensibilité est ici très impressionnable, avec un retentissement prolongé des impressions qui semblent envahir toute la conscience, troubler jusqu’au tréfonds de l’âme, et produisent une agitation qui ne se peut apaiser de suite : les troubles viscéraux, très accusés, contribuent largement à rendre la sensibilité douloureuse : — il y a donc, sinon mélancolie permanente, du moins disposition très remarquable à la mélancolie. Ce qui prédomine ce sont les émotions déprimantes, tristesse, inquiétude, crainte, abattement, et aussi les sentiments tendres dont nous avons remarqué les liens si étroits avec la faiblesse. Il pourra, d’ailleurs, y avoir des périodes de surexcitation, de l’irritabilité et même de l’impulsivité, mais bien plus rares, bien plus accidentelles que les périodes de prostration, et l’affaissement qui les suivra sera d’autant plus profond et plus

durable que l’excitation aura été plus vive. Il y a donc ici, déjà, une tendance à l’instabilité, mais qui est beaucoup moins manifeste que chez les émotifs-irritables, parce que la sensibilité retrouve une sorte d’équilibre dans son attitude douloureuse et triste. — L’intelligence, qui peut être singulièrement développée, l’est surtout en un certain sens. Elle se replie volontiers sur elle-même et, par une sorte de concentration, tantôt se rétrécit et s’absorbe dans la contemplation monotone des sentiments, tantôt subtilise à l’excès, s’occupe toute à l’analyse inquiète des émotions. L’imagination est très développée et devient rêveuse, sentimentale et romanesque. Les fonctions supérieures de contrôle, de raisonnement logique et abstrait subissent par contre une sorte de dépression caractéristique. — L’activité est profondément atteinte ; il y a une tendance marquée au repos, une sorte d’état d’épuisement, une absence presque complète d’énergie active et même réactive. La volonté est molle ; il y a souvent même une véritable aboulie par défaut d’impulsion, comme par suite de la prépondérance des états sensibles à forme dépressive. Parfois aussi apparaissent des phénomènes d’impulsivité, résultant de l’incoordination des tendances, du manque de cohésion du caractère, de ce qu’on a appelé une diminution du « pouvoir de synthèse personnelle ».

Mille nuances pourraient au reste être notées suivant les aspects particuliers que présente cette forme d’émotivité : on pourrait distinguer des mélancoliques proprement dits, des sentimentaux, des tendres, ete. — Toutes ces variétés de caractères, tout en se distinguant, se tiennent d’ailleurs de très près. Nous pouvons donc, à la rigueur, nous borner à un portrait.

CLASSIFICATION DES CARACTÈRES

M. X... (Portrait Vni). C’est un mélancolique; le fond de son caractère est un état de tristesse insurmontable et permanente. Sensibilité morale très délicate, avec un sentiment particulièrement vif de ses misères, de ses déceptions, qu’avive et que multiplie son imagination romanesque et chimérique. En toute chose voit des raisons de se chagriner, de se tourmenter, de s’inquiéter, non seulement pour lui, mais pour ceux qu’il aime. Souffre pour les autres et par les autres ; une légère disposition à se croire, non pas persécuté, mais oublié, trop peu aimé : d’où une susceptibilité par moments presque maladive ; d’où aussi une tendance notable à se replier douloureusement sur soi-même, à remâcher ses tristesses, à s’isoler en soi-même.

Imaginatif et rêveur; méditatif et contemplatif; intelligence subjective, je veux dire inaptitude à sortir de soi pour s’attacher aux objets, pour s’élever à la connaissance scientifique qui se suffirait en quelque sorte à elle-même ; la spéculation abstraite n’est pas son fait ; et il subtilise volontiers sur ses sentiments, ses a états d’âme ».

Activité extérieure quasi nulle ; craint le mouvement, l’agitation ; a conscience de son impuissance qui lui devient pénible et qu’il ne peut vaincre ; des élans de désir et d’imagination, mais qui n’ont d’autre effet que de le plonger dans un état de prostration profonde. Résignation passive ; la volonté a peine à se former, et se défait plus vite encore ; parfois des emportements irréfléchis ; ordinairement timide, hésitant, irrésolu, faible ; trouve mille raisons de ne pas vouloir, et ne sait ni se décider ni résister.

Dans cette espèce entreraient facilement un grand nombre de noms connus ou célèbres. Je laisse de côté les « personnages littéraires », comme Hamlet, Werther, Malapert. 15

René, etc., etc.\ Parmi les « personnages réels », je trouve Hégésippe Moreau, Maurice de Guérin, Maine de Biran, Amiel, etc.

h. Les éinotifs-irritahles ou impulsifs. — C’est l’émotivité encore qui est le caractère dominant, mais elle est ici plus mobile, plus instable, avec une violence plus grande du désir, ce qui fait ressembler certains types de cette catégorie aux passionnés proprement dits. Les nerfs sont toujours vibrants ; les émotions toujours vives, sans proportion avec leur cause ou leur occasion, se succèdent, se chassent, se remplacent; l’individu est toujours frémissant, bouleversé ou transporté, palpitant d’inquiétude ou d’espoir, passant subitement de l’enthousiasme au découragement, de l’exubérance à l’affaissement, de la gaîté la plus expansive à la tristesse la plus sombre. Antipathies et sympathies subites, ardentes, autant qu’irréfléchies. Susceptibilité et irritabilité. Voilà, dans l’ordre de la sensibilité, les manifestations de cet état de faiblesse irritable qui fait le fond de ces caractères. — L’intelligence, très diversement développée et puissante, manque toujours plus ou moins d’équilibre, de mesure, de pondération. Nous rencontrerons dans cette catégorie beaucoup d’artistes, d’inventeurs aussi, de gens à idées neuves, à utopies, à paradoxes, très peu d’esprits réfléchis, raisonneurs lucides et logiciens rigoureux, presque pas d’esprits pratiques et positifs. — L’activité est souvent très développée, mais c’est bien plutôt une réactivité intermittente, impulsive, spasmodique, avec des périodes d’aban-

1. Dans la littérature contemporaine, les exemples abonderaient : le Frédéric Moreau de Flaubert (Y Education sentimentale'), le Des Esseintes de Huysmans(^. Rebours), le Charles Demaillj de Concourt, le Frédéric de Périgny de M. Prévost (^Confession d' un Amant) et mille autres.

CLASSIFICATION DES CARACTÈRES

don complet. — La volonté est capricieuse aussi, emballée, explosive, sans fermeté, sans persévérance, sans stabilité, tout entière dominée par les soubresauts de la sensibilité, sans pouvoir d’arrêt, sans aptitude à se maîtriser et à se soumettre k des principes rationnels.

Si je ne craignais d’abuser des divisions et des subdivisions, je pourrais distinguer les impulsifs proprement dits, des instables, des incohérents, des émiettés. Mais en somme il V a là une question de degré plutôt qu’une différence de nature, et tout émotif-impulsif est plus ou moins incohérent et divisé. Tous les types que décrit M. Paulhan comme résultant de la prédominance de « l’association par contraste » : les inquiets, les nerveux, les contrariants, — et aussi ceux qui sont caractérisés par a l’activité indépendante des éléments de l’esprit » : les impulsifs, les composés, les émiettés, les suggestibles, etc. — rentrent dans le présent groupe, précisément parce que cette « forme d’association » des tendances résulte, comme nous avons déjà remarqué, de l’émotivité même. Le « caractère hystérique » nous montre enfin sous leur aspect pathologique ces divers traits concordants. Aussi ce type de caractère se rencontre-t-il presque toujours chez des individus nervosiques et même plus ou moins névrosés. En voici deux exemplaires, assez différents k de nombreux égards. ^

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