OPINION DE M. POUCHET
le reconnaître, est même plus exacte et plus complète que celle de son prédécesseur ; c'est un tableau très fidèle de la marche de la nature.
M. Pouchet s'est livré depuis plusieurs années à de sérieuses études sur le même sujet. Ses recherches, prises dans leur ensemble et leur substance, viennent confirmer celles de M. Vulpian. Dans une communication faite à la Société de biologie au mois de janvier 1878, il expose ainsi la transformation des leucocytes eu hématies : « Un triton est saigné par ablation de la queue, le 3^ 4 décembre .1877. Au bout d'un mois, le sang en régénération présente une i> abondance extraordinaire de formes de passage des leucocytes aux hémai> ties... Dans une période plus avancée, le noyau a augmenté de volume, il » est devenu ovoïde, son contour est nettement accusé, sa substance est gmnu-
> leuse. Après sa transformation en hématie, il est encore granuleux, mais
> moins volumineux, et ses bords sont moins nets (1). »
On voit que cet histologiste est beaucoup plus affirmatif que M. Vulpian. Il n'hésite pas à admettre que les cellules nucléées de cet auteur sont de véritables leucocytes et même, selon son expression, des leucocytes types.
Dans une autre communication faite à la même Société, quelques mois plus tard, M. Pouchet s'attache à démontrer que les hématies et les leucocytes dérivent de corpuscules élémentaires qui sont les globulins de Donné, les cellules incolores de M. Vulpian, les hématoblastes de M. Hayem (2). En 1879, il revient sur le même sujet, et désigne ces corpuscules élémentaires sous le nom de nayaux d'origine. Il ajoute que ces noyaux d'origine s*accroissent, s'entourent d'un protoplasma, peut-être aussi d'une enveloppe; puis, parvenus à une certaine période de leur développement, ils donnent naissance, tantôt h un leucocyte, tantôt aune hématie. Le noyau du leucocyte se segmente ; mais la segmentation n'a jamais lieu dans le plasma sanguin ; elle serait un phénomène simplement cadavérique (3).
Il y a dans cet exposé, que j'abrège beaucoup, un point de doctrine et un fait. Ni l'un ni l'autre ne sont acceptables. Les hématies ne se forment jamais
(1) Pouchet, Sur les leucocytes et la régénération des hématies (C. A. et Mém. de la Société de biologie, 1878, p. 7).
(2) G. Pouchet, De Vorigine des hématies {Compt, rend, et Mém, de la Société de biohgiey 2 mars 1878, p. 77).
(3) G. Pouchet, Noyaux des éléments figurés du sang chez le Triton {Journal de Vanatomie et de 4a physiologie, 1879, p. 32).
aux dépens de corpuscules s'accroissant peu à peu pour leur donner directe* ment naissance, sans passer par l'état de leucocytes. Les recherches de Wharton Jones, celles de M. Vulpian et les miennes, sont parfaitement concordantes sur ce point. M. Vulpian s'exprime ainsi, et son langage est celui de la vérité même : « Je n'ai pas vu chez les grenouilles amputées, un seul globule rouge » de petites dimensions; il est donc impossible d'admettre qu'il se forme j des globules rouges d'abord petits, puis arrivant aux dimensions normales » par un accroissement progressif de leur volume (1). >
Quant au fait relatif à la segmentation, M. Pouchet est aussi dans l'erreur la plus complète. Ce phénomène se produit dans les vaisseaux. Sur les têtards, on voit de la manière la plus nette des leucocytes dont le noyau est segmenté ; les globulins prennent donc naissance dans les globules blancs pendant qu'ils circulent, et non sur le porte-objet du microscope (2).
Cet histologiste, dont je me plais à reconnaître le réel mérite, est parti d'un principe qu'il recommande et que je crois cependant devoir repousser. 11 pense que, pour arriver à des résultats plus satisfaisants, il convient d'adopter une seule espèce animale et un seul réactif. Or je trouve qu'il est au contraire beaucoup plus avantageux d'étendre ses recherches au plus grand nombre possible d'animaux, et d'avoir aussi à sa disposition le plus grand nombre possible de réactifs. La variété des observations permet la comparaison. La multiplicité des réactifs permet de voir dans une espèce, un genre, un ordre ou une classe, ce qu'on n'a pu voir dans les autres. C'est ainsi que j'ai procédé ; c'est en faisant appel aux modes d'investigation les plus divers que j'ai pu voir les éléments figurés du sang à l'état de simple ébauche, et les poursuivre ensuite dans toutes les phases de leur développement, depuis la période embi7onnaire jusqu'à leur période de sénilité. C'est la marche également qu'a suivie Wharton Jones ; mais il semble n'avoir fait usage que d'un seul réactif, l'acide acétique dilué ; ce qui nous explique pourquoi ses études sur l'hématogénèse sont restées incomplètes.
Seulement, comme entre tous les réactifs il avait choisi le meilleur, il en a obtenu des résultats très remarquables. L'acide acétique dilué n'a pas été moins utile à M. Vulpian. Se présentant sous les auspices de deux noms aussi
(1) Valpian, Opère citaU), p. 1283.
(2) Pl.VI,fig.10.