OPINION DE M. CH. ROBIN
pour se transformer en globules blancs; 3* la transformation des globules blancs en globules rouges sous l'influence de la rate est contraire à l'observation anatoniique.
Première objection: Nom ne connaissons pas l'origine des ghhulim. —Cette objection appliquée aux recherches qui ont précédé les miennes est sans doute fondée; mais elle ne l'est plus aujourd'hui. Les faits très nombreux que j'ai exposés démontrent que les globulins naissent des globules blancs ; ils sont le résultat de la segmentation du noyau de ces globules; ils sortent de leur cavité par diapédèse. Tous ces phénomènes se voient sans difficulté aucune. La diapédèse des globulins se voit aussi facilement que la segmentation des noyaux. Si M. Gh. Robin veut bien contrôler mes observations en soumettant des Batraciens à de fortes hémorrhagies et en faisant usage de l'acide acétique plus ou moins dilué, j'ose espérer qu'il verra ce que j'ai vu et qu'il le verra ensuite dans toute la série des Vertébrés.
Deuxiè^ne objection : Nous ne connaissons pas les diverses phases par lesquelles passent les gobulins pour se transformer en globules blancs. — Je réponds que Wharton Joues avait déjà très bien vu deux de ces phases, la phase granuleuse et \di phase nucléée des globules blancs. Mais il n'a pas vu les deux premières, fort importantes sans contredit, puisqu'elles relient les globulins aux globules granuleux. Or, ces deux premières phases, s'étendant depuis le moment où les globulins tombent dans le plasma sanguin, jusqu'à celui où ils arrivent à l'âge adulte, je les ai décrites avec tous les détails qui s'y rattachent. L'évolution des globules blancs nous est donc actuellement bien connue. Elle comprend, en définitive, quatre périodes : une première, représentée par leur naissance ; une seconde, caractérisée par leur accroissement progressif; une troisième, dans laquelle ils prennent une couleur sombre et un aspect mùriforme, et enfin une quatrième pendant laquelle ils deviennent de plus en plus transparents par suite de la disparition apparente de leurs granulations.
Troisième objection : On n'd pas vu les globules blancs se transformer en globules routes; la rate est sans influence sur cette transformation. — Je commence par reconnaître, avec M. Ch. Robin, que la rate ne prend, en effet, aucune part à la production de ce phénomène ; il se passe dans le plasma sanguin et s'opère dans toute l'étendue du courant circulatoire.
Quant au mode suivant lequel s'accomplit la transformation des leucocytes en hématies, je l'ai précédemment et assez longuement exposé; sur ce
point encore, Tobservalion est très affirmative. Aiix faits qui les démontrent^ j'ai ajouté deux autres faits : d'une part, l'identité de constitution des deux ordres de globules, identité non moins évidente chez les Mammifères que chez les ovipares; de l'autre, la facilité avec laquelle on peut rameuer les globules rouges de tous les Vertébrés à leur état primitif, c'est-à-dire à l'état de» globules blancs. Ces deux faits, que les réactifs mettent l'un et l'autre en pleine lumière, me semblent de nature à ébranler les anciennes convictions de mon savant collègue. S'il veut bien considérer, en outre, que toutes les considérations sur lesquelles je m'appuie s'enchaînent de la manière la plus intime, que mes observations portent, non sur une ou plusieurs espèces, mais sur toute l'immense étendue de la série des Vertébrés, il reconnaîtra peut-être que parmi les théories relatives à l'hématogénèse, aucune ne se recommande à l'attention des physiologistes par un tel caractère de filiation, de génémlité et d'importance ; et peut-être aussi aura-t-il alors quelque tendance à se rallier comme moi à l'opinion de Wharton Jones.
B. — Recherches de M. Hayem,
En 1878, M. Hayem a publié un premier mémoire sur l'évolution des hématies chez les Mammifères, et en 1879, un second relatif à l'évolution des hématies chez les ovipares.
Son opinion sur l'évolution des hématies chez les vivipares se trouve formulée dans les pages qui suivent : « Il existe dans le sang de tous les Vertébrés » de petits éléments, qui ne sont ni des hématies, ni des globules blancs; des-
> tinés, en se développant, à devenir ultérieurement des hématies, ils repréj sentent les formes les plus jeunes de ces éléments et sont en quelque sorte » les germes des globules rouges. Aussi avons nous proposé de les désigner » sous le nom d'hématoblmles.
> Il ne s'agit pas là d'une espèce nouvelle d'éléments du sang; mais bien du globule rouge n'ayant pas dépassé une certaine phase de son évolution. i> Toutefois, ce globule rouge jeune présente des caractères histologiques
> particuliers et possède des propriétés physiologiques toutes spéciales, ce qui
> permet de le regarder comme une variété importante d'élément (1). >
(1) Hayem, Rech, sur VévoL des hématies dans le sang de l'Homme et des Vertébrés {Arch, de |>fcy«.,1878, p.692).
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« Chez tous les Vertébrés vivipares sans exception, à côté des éléments :» adultes, il en est de plus petits, destinés à les remplacer, et chez tous aussi j> les propriétés de ces éléments sont les mêmes. Il n'est donc pas nécessaire
> d'étudier le sang de tous les vivipares ; il suffit de choisir un type, et le mefl-
> leur en même temps que le plus important et le plus commode nous est
> fourni par le sang humain (1).
» Pour étudier les hématoblastes, il est indispensable de voir le sang tel
> qu'il sort des vaisseaux et d'obtenir une préparation en quelque sorte extem- » poranée.
y> Voici le dispositif que je conseille : Après avoir dégraissé avec de l'alcool ^ ou de Téther les lames de verre, on les essuie et on les sèche avec soin, ]> puis on fixe la lamelle sur la lame, en laissant tomber sur ses quatre
> coins une goutte de paraffine fondue. On a ainsi un espace capillaire i> tout préparé à recevoir le sang; on le place au foyer du microscope,
> de façon qu'on puisse apercevoir immédiatement les éléments du sang dès que le liquide pénètre par capillarité entre les deux lames de
> verre (2).
» Dès que le sang est arrivé au contact de l'espace capillaire, il s'y précipite
> avec force et l'on en voit les divers éléments rouler avec rapidité. En certains » points, au milieu des éléments rouges et blancs, on aperçoit de petits cor- 3> puscules ressemblant tout d'abord à de petits globules rouges, très délicats, a> pâles. A peine les a-t-on aperçus, qu'ils sont déjà modifiés; ils deviennent
> épineux, adhèrent au verre, se plissent, pâlissent, en perdant une partie ou i> la totalité de leur hémoglobine.
» Au bout de peu de temps les hématies se dégagent pour aller concourir 3) à la formation des piles, et les petits éléments dont il vient d'être question » restent isolés, et forment des chapelets ou des amas. Déjà ils sont profony> dément altérés et presque méconnaissables; mais on a pu constater leur
> présence, suivre leur transformation et constater qu'entre les hématies et » les globules blancs, le sang contient des corpuscules particuliers s'altérant » très rapidement.
» C'est la température d'environ -j- 1° qui s'est montrée la plus favorable à
(1) Hayem, loco citato, p. 603.
(2) Hayeniy loco citaiOy p. 694
» ce genre d'étude; mais on peut encore faire de bonnes observations à la » température de i"" àl%5 (1).
» Ainsi vus à cette température, sans l'intervention d'aucun réactif, et » probablement tels qu'ils circulent dans les vaisseaux, ces corpuscules sont » parfaitement homogènes et à surface lisse ; ils ont une teinte jaunâtre ou » verdâtre sensible, de sorte que leur substance ressemble à celle des glo- » bules rouges faiblement colorés. Les plus petits, qui paraissent parfois » incolores, sont dépourvus de granulations et n'ont aucune ressemblance » avec des fragments de globules blancs ; mesurés dans ces conditions, ils n ont de l|tji,5, à 3|ui de diamètre, quelques-uns atteignent 4 et même 4jx,5.
» Pendant tout le temps que ces éléments restent intacts, ils ressem- » blent complètement à de petits globules rouges délicats et pâles, .ce qui » justifie le nom d'hématoblasles sous lequel nous avons proposé de les » désigner. »
M. Hayem, dans ses études sur le sang des Mammifères, commence donc par observer ce liquide sans le secours d'aucun réactif; c'est là son premier procédé. Mais il a fait usage aussi des réactifs; et après les avoir tous passé en revue il accorde la préférence au sérum iodé, mais surtout au suivant ainsi composé :
Liquide A.
Eau distillée 200
Chlorure de sodium pur 1
Sulfate de soude pur 5
Dichlorure de mercure pur 50
ft Pour obtenir une bonne préparation avec ce liquide, il faut faire D un mélange de 1 partie de sang avec 20 à 100 du véhicule, en ayant soin de faire tomber le sang dans le réactif dès qu'il sort des vaisseaux (2) . »
Ainsi cet auteur a observé le sang des Mammifères, d'une part sans l'emploi d'aucun réactif, de l'autre en faisant usage du sérum iodé et du liquide A. Or, sans réactif, on ne voit que très imparfaitement les globules blancs, et il est absolument impossible de reconnaître les modifications qu'ils subissent dans le cours de leur évolution ; on ne peut constater surtout
(1) Hayem, Loco citato, p. 695.
(2) Hayem, Loco cttato, p. 700.