‹ Les éléments figurés du sang dans la série animale: constitution, origineChapitre 56 sur 78 · OPINION DE M. HAYEM · texte numérisé non relu

OPINION DE M. HAYEM

ni la segmentation des noyaux, ni la diapédèse des globulins, ni les caractères qu'ils offrent à leur naissance. Ce premier procédé d'étude est donc tout à fait insuffisant.

Son second procédé consistant dans l'emploi du sérum iodé, et surtout du liquide A, rachète-t-il du moins l'insuffisance du premier? Nullement. Il montre les hématies en les retractant et les déformant un peu, mais ne montre pas ou ne montre que très imparfaitement les leucocytes; ceux qu'on entrevoit sont plus ou moins rétractés aussi, plus ou moins modifiés dans leur aspect et souvent même profondément altérés : c'est à ces globules ainsi rétractés j modifiés et altérés qtœ M. Hayem donne le nom d'hématoblastes.

Dans ces conditions, ils ne ressemblent plus en effet aux globules blancs, et ne sont pas non plus assimilables aux globules rouges. Quoi de plus simple, de plus naturel et de plus logique que de les considérer alors comme un élément à part; étant plus petits que les hématies, pour leur donner naissance, il leur suffira de croître. Telle est l'opinion de M. Hayem sur le mode d'évolution des hématies chez les vivipares.

Celle qu'il adopte sur le développement de ces mômes hématies chez les ovipares ne diffère pas de la précédente. Elle est fondée sur les mêmes considérations, et sur l'emploi des mêmes procédés. Seulement à son liquide A plus spécialement applicable aux Mammifères,, il ajoute son liquide B auquel il donne la préférence pour les autres Vertébrés. Ce second liquide se compose des éléments suivants :

Liquide B.

Eau 200

Chlorure de sodium pur 1

Sulfate de soude pur 5

Bichlorure de mercure pur 50

Glycérine neutre à SS* B 10

On voit que ce second liquide ne diffère du premier que par l'addition d'une certaine quantité de glycérine.

Ainsi, pour cet auteur les globules rouges, dans toute la série des Vertébrés, ont pour origine des globules de même nature, ou globules jeunes, qui s'accroissent peu à peu, et qui par le fait seul de cet accroissement deviennent des hématies adultes. Entre ces hématies et les leucocytes par conséquent, nulle parenté, pas la moindre filiation; les deux|ordres de globules sont de

nature tout à fait différente. Mais s'ils diffèrent si complètement, pourquoi voyons-nous les noyaux des globules blancs se segmenter pour donner nais* sanceaux globulins? Pourquoi ces globulins en sortent-ils pour se répandre dans le plasma sanguin ? Pourquoi s'entourent-ils si rapidement d'une enveloppe, puis d'une couche de proloplasma? Pourquoi se développent-ils de plus en plus, jusqu'au moment où ils deviendront des leucocytes types ou leucocytes adultes? Pourquoi ces leucocytes types, si granulés au début, se transforment-ils progressivement en cellules incolores sphériques, puis en cellules incolores elliptiques à noyau circulaire, puis enfin en cellules inco^ lores elliptiques à noyau elliptique aussi, c'est-à-dire en hématoblastes? car c'est à cette période avancée de leur développement que M. Hayem les pi-end. Supprimant ainsi d'un trait de plume toutes les périodes antérieures, il leur donne un nom nouveau pour montrer qu'il s'agit d'une chose nouvelle, puis nous dit triomphalement : voilà mes hématoblastes que personne ri'avait vus. Comment, M. Hayem, personne ne les a vus ! ! ! Mais Wharton Jones les a vus; il les a même représentés; M. Vulpian les a vus aussi, parfaitement bien vus; et tous deux les considèrent comme provenant des globules blancs. Vous ne connaissez pas Wharton Jones? c'est un homme de peu! soit. Mais M. Vulpiati n'est pas sans quelque notoriété scientifique; il ne vous est pas absolument inconnu^ vous auriez pu le citer. Il est vrai que M. Vulpian dit juste le contraire de ce que vous dites ; il est vrai aussi que vous ne pouviez le citer sans essayer de le réfuter; il est vrai également que toute réfutation vous était impossible. En cette occurrence délicate, qu'avez-vous fait? eh bien ! imitant de Conrard le silence prudent^ vous n'avez ni cité ni essayé de réfuter. C'est une manière vraiment trop facile d'avoir raison.

L'erreur dans laquelle est tombé M. Hayem en affirmant que les deux ordres de globules sont de nature totalement différente, tient surtout à trois causes : d'abord à ses procédés d'étude essentiellement défectueux, puis à sa constante préoccupation de vouloir observer simultanément les hématies et les leucocytes, et enfin à sa regrettable résolution de repousser toutes les recherches antérieures aux siennes, sans même leur accorder la plus simple motion.

L'insuffisance de ses procédés d'étude sera facilement reconnue de tous les observateurs qui en feront l'application. Qu'ils veuillent bien examiner un sang quelconque, celui de l'homme par exemple, puisque M. Hayem le prend pour

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type, en employant comparativement les réactifs qu'il recommande et ceux que j'ai mis en usage, une soudaine lumière naîtra de la comparaison. Le sérum iodé, le liquide A et le liquide B ne leur apprendront rien sur l'origine des leucocytes, rien sur leur développement, rien sur leurs formes transitoires si importantes à connaître au point de vue de l'hématogénèse. Ils ne verront que des corpuscules sans caractères définis pour la plupart, représentant chacun le vestige, l'ombre, le squelette d'un globule blanc. L'acide acétique dilué, seul, ou associé à l'alcool dilué aussi, fera, au contraire, immédiatement apparaître les leucocytes et permettra de les suivre dans toutes les phases de leur évolution, depuis l'état de simples globulins en voie d'éruption, jusqu'au moment où ils entrent dans leur période de coloration. Il permettra aussi de constater avec tout l'éclat de l'évidence qu'il n'y a réellement que deux ordres d'éléments figurés, et que le troisième, désigné par M. Hayem sous le ferme d'hématoblaste, est le résultat de ses réactifs qui altèrent les globules blancs au point de les rendre souvent méconnaissables.

Pourquoi cet auteur s'est-il refusé à faire usage de l'acide acétique dilué? Pourquoi ne tient-il aucun compte des conseils de Wharton Jones et d^ M. Vùlpian, qui l'un et l'autre en ont retiré de si grands avantages? Dédaignant la voie si honorablement parcourue par ses prédécesseurs, il a voulu marcher seul à la conquête de la vérité, avec ses procédés à lui, avec ses propres inspirations, ambition bien grande qui l'exposait à rencontrer plus d'un écueil sur sa route, et qui, en effet, lui a été fatale.

Ma seconde objection n'est pas moins fondée que la précédente. Vouloir étudier les deux ordres de globules, simultanément, avec le même réactif, c'est se condamner à ne les bien voir ni l'un ni l'autre. S'il est un fait que l'observation nous révèle tout d'abord, c'est la nécessité de procéder séparément à leur examen. Les réactifs qui conviennent pour les globules rouges ne conviennent nullement pour les globules blancs, et réciproquement. Il importe donc de les observer chacun avec les procédés qui leur sont applicables. Après avoir pris connaissance des hématies, on les sacrifie pour mettre en plus complète évidence les leucocytes qu'elles dérobent à la vue, pour la plupart^ par suite de leur multiplicité. C'est alors qu'on utilise l'acide acétique dilué, qui fait disparaître les globules rouges et qui, en même temps, fait apparaître les globules blancs.

Telle est la marche à suivre dans leur étude. Ce n'est pas celle cependant

qu'a cru devoir suivre M. Hayem. Il a voulu absolument réunir dans un même tableau les blancs et les rouges. Les rouges, qui étaient plus spécialement l'objet de sa sollicitude, ont moins souffert de cette association ; les blancs, au contraire, d'une structure plus délicate, comme tous les êtres d'un développement moins avancé, en ont souffert beaucoup. Il n'a donc vu les uns et les autres, les seconds surtout, qu'à travei-s une sorte de nuage; et ce nuage, il a fait évidemment les plus grands efforts pour le dissiper. Mais vaines tentatives! On le retrouve dans sa description des hématoblastes! Car, en dépit des détails minutieux et presque fatigants dans lesquels il est entré, elle reste obscui*e : c'est le sort des esprits les plus distingués lorsque, dominés par une idée préconçue, ils veulent à tout prix la faiié prévaloir.

Enfin, troisième et dernière objection, M. Hayem ne tient aucun compte des recherches de ses prédécesseurs. Elles existent pour le commun des mortels; elles n'existent pas pour lui. Je prendrai cependant la liberté de lui faire remarquer que plusieui^s physiologistes d'un mérite incontesté avaient déjà élucidé le sujet sur lequel il a bien voulu répandre, à son tour, toutes les clartés de son intelligence. Je me contenterai d'en mentionner deux; deux seulement! et, au risque de lui déplaire, je ferai réapparaître pour un instant Wharton Jones et M. Vulpian. Il n'a pas cru devoir les citer; je vais donc les citer pour lui. Wharton Jones, quoi qu'il en pense, est un observateur éminent; il avait largement ouvert la voie dans laquelle tant d'autres sont entrés après lui, sans atteindre la hauteur à laquelle il s'est élevé. Or, que dit cet auteur? Il nous dit que jamais les hématies chez les Mammifères ne naissent de corpuscules plus petits qu'elles-mêmes, qu'elles naissent au contraire et constamment de corpuscules plus gros, et il nous montre les globules blancs se rapetissant de plus en plus, au point de n'être plus représentés que par leur noyau au moment où ils leur donnent naissance (1). Que dit M. Vulpian? Il tient exactement le même langage sur les hématies des ovipares : « Je n'ai pas vu j> un seul globule rouge de petites dimensions. Il est donc impossible d'ad- > mettre qu'il se forme chez les grenouilles déjeunes globules rouges, d'abord » petits, puis arrivant aux dimensions normales par un accroissement proj> gressif (2), >

(1) Wharton Jones, Opère citatOy p. 63, pi. I.

(2) Vulpian, Opère citato, p. i283.

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