‹ Les élements figurés du sangChapitre 17 sur 68 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

règne animal en deux grands embranchements, établie sur l'absence des vertèbres chez l'un et sur leur existence chez l'autre, soit parfaitement fondée, on pourrait la baser aussi sur la donnée non moins fondamentale qui précède : l'embranchement inférieur serait représenté alors par l'ensemble des animaux chez lesquels les éléments figurés restent chez tous à l'état de globule blancs, c'est-à-dire à l'état de lymphe, et l'embranchement supérieur par ceux dans lesquels ils passent de la première à la seconde période de leur développement ou à l'état de sang proprement dit.

Le liquide nourricier des invertébrés est en effet une véritable lymphe ; et, si nous voulions laisser aux mots leur rigoureuse acception, il faudrait admettre également que leur appareil circulatoire est un système lymphatique ; car qu'est-ce qu'un système lymphatique, si ce n'est un ensemble de conduits contenant de la lymphe ? Beaucoup d'anatomistes ont entrepris de patientes études pour découvrir ces vaisseaux. J'avoue avoir cru aussi à la possibilité de leur existence, au moins chez les mollusques et les crustacés. Mais renonçons à ces vaines recherches. Ces vaisseaux sont découverts et aujourd'hui bien connus de tous les zoologistes. Il n'en existe pas d'autres. A quoi serviraient en effet d'autres vaisseaux contenant aussi de la lymphe? Ils ne seraient que la répétitition ou la doublure de ceux que nous connaissons, et cette doublure n'a pas de raison d'être.

Je suis loin de vouloir contester cependant que l'appareil circulatoire des animaux sans vertèbres offre une frappante analogie avec celui des vertébrés; je m'empresse même de reconnaître que, si on se borne à comparer les parties contenantes, on ne trouve de part et d'autre que des artères et des veines. Mais si on veut bien prendre aussi en considération les parties contenues, les vaisseaux des invertébrés iront se ranger parmi les vaisseaux lymphatiques : car ne tomberions-nous pas dans une certaine confusion en appelant artères et veines des conduits qui ne contiennent que de la lymphe.

Loin de moi, toutefois, la prétention de vouloir trancher une question aussi délicate, qui est d'ailleurs controversable, et à laquelle il convient peutêtre de ne pas attacher une trop grande importance. En soulevant cette discussion, j'ai voulu surtout combattre une opinion que je considère comme erronée. Un assez grand nombre d'auteurs ne sont pas éloignés de penser qu'à l'appareil circulatoire des invertébrés se trouve peut-être annexé aussi un système lymphatique. La dénomination de vaisseaux sanguins appliqués aux canaux qui

composent cet appareil a beaucoup contribué à propager cette illusion. Mais actuellement, où il est surabondamment démontré que ces vaisseaux contiennent de la lymphe, qu'ils en contiennent constamment, et qu'ils ne contiennent jamais d'autre liquide, les explorateurs se montreront sans doute plus disposés à reconnaître que d'autres vaisseaux contenant encore de la lymphe seraient superflus ; ils auront dès lors moins de tendance à s'égarer dans leur poursuite ou à prendre pour des vaisseaux de cet ordre, ainsi que l'ont fait déjà quelques observateurs, de simples apparences.

Des considérations et de l'ensemble des faits précédemment exposés, découlent les conclusions suivantes :

I. Le liquide nourricier des invertébrés est une lymphe parfaitement caractérisée par les éléments figurés qu'elle contient î

II. Ces éléments figurés sont des globules blancs composés de trois parties : un protoplasma, une enveloppe et un noyau situé dans un dédoublement de celle-ci, et périphérique par conséquent!;

III. Dès qu'ils ont pris naissance, ces globules se trouvent en possession de leurs trois parties constituantes ; les perfectionnements successifs de l'appareil dans lequel ils circulent ne les modifient pas ; ils sont aussi développés chez les animaux les plus dégradés que dans les classes supérieures, et par conséquent semblable dans toute la série zoologique ;

IV. Chez les animaux les plus dégradés ils occupent le sang cavitaire ; chez ceux qui le sont moins, on en trouve dans le sang cavitaire et dans le sang vasculaire ; chez tous les autres, ils ont pour siège exclusif le sang vasculaire ;

V. Ils augmentent de nombre a mesure que l'organisme se perfectionne ; cette loi cependant comporte des exceptions ;

VI. Ils augmentent aussi de volume; mais ici les exceptions au fait général sont plus nombreuses encore;

VIL Ils présentent une forme généralement sphérique chez les invertébrés inférieurs ; en remontant de ceux-ci aux ordres plus élevés, on voit aux globules sphériques se mêler en plus grand nombre d'autres globules de forme moins régulière ; c'est dans la classe des crustacés que leur mode de configuration présente le plus de variétés ;

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