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C. Sang des Pachydermes

Parmi les Pachydermes, le porc est celui dont nous pouvons le plus facilement nous procurer le sang. L'état granuleux de ses globules rouges et la structure de ceux-ci exigent pour leur étude l'emploi de procédés très différents.

Granulations des globules rouges, — l*" Faire dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 5 grammes de bichromate de potasse et 30 grammes de sulfate de soude ; 2° ajouter à 3 parties de cette solution 2 parties d'acide acétique à 90 degrés; 3° recouvrir une goutte très petite de sang de deux ou trois gouttes de ce réactif, et frotter ensuite le mélange sur le porte-objet à l'aide d'une tige de verre (3).

Noyau ^ protoplasma et enveloppe de ces globules, — i° Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 12 grammes de bichromate de potasse et

6 grammes de sulfate de soude; 2° ajouter à 19 parties de cette solution une partie d'acide acétique ordinaire ; 3° mêler quelques gouttes de ce réactif

(1) PL X, fig. 18.

(2)P1.X, fig. 15 et 19.

(3) PL XI, fig. 1 et 2.

SANG DES PAGIÏIDERMES ET DES ROxNGEURS. 123

à une goulte de sang en frottant le mélange sur le porte-objet. Dans le court espace d'une minute et quelquefois immédiatement, le noyau se rétracte et Ton voit le point par lequel il adhère à l'enveloppe, ainsi que le protoplasma de couleur plus claire qui l'entoure. On remarque aussi le jet contourné et pulvérulent qui part du noyau et qui a pour résultat le retrait graduel de celuici, puis sa disparition totale. Au bout de quelques minutes, un assez grand nombre de globules vides flottent dans le champ de la préparation ; et tous ces globules vides, c'est-à-dire toutes ces enveloppes sont absolument intactes. Le noyau et le protoplasma, en les traversant sous la forme d'un jet de poussière, ne lui font subir aucune altération (1).

Décoloration des hématies. — Pour décolorer les hématies dont les granulations ont reparu, on les lavera sur le porte-objet avec le réactif suivant : sulfate de soude au maximum de saturation, 1 partie; acide acétique, 2 parties. Pour les hématies dont les trois éléments sont distincts on préférera l'acide acétique à 75 degrés. Ce même acide sera aussi employé pour colorer le noyau des leucocytes et pour constater que ce noyau présente un volume égal à celui des globules rouges (2).

Globules blancs. — On fera usage d'abord de l'acide acétique au 50% et ensuite de ce même acide beaucoup plus dilué. Il montre très bien toutes les variétés de ces globules et leur composition, ainsi que la segmentation de leur noyau et le passage dés globulins à travers leur enveloppe (3) .

En observant les deux ordres de globules, on arrivera finalement à reconnaître tous les états transitoires par lesquels passent les leucocytes pour se transformer en globules rouges (4) .

D. Sang des Rongeurs.

Trois rongeurs ont été l'objet de mes recherches, le lapin, le cochon d'Inde et le rat. Voici les réactifs applicables au sang du lapin.

i*» Granulations des hématies. — 1" Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 2 grammes de bichromate de potasse et 12 grammes de sulfate de soude;

(1) PI. XI, fig. 5.

(2) PI. XI, fig. 3, 6 et 8.

(3) PI. XI, ^x^. 7.

(4) PI. XI, fig. 9.

2° ajouter à 30 grammes de la solution 20 grammes d'acide acétique k 90 degrés; 3° recouvrir une goutte de sang de deux ou trois gouttes de ce réactif, et bien mélanger les deux liquides à l'aide d'un agitateur. En se conformant à ces données, on fera réapparaître instantanément toutes les granulations du protoplasma chez les trois rongeurs précédemment mentionnés. En lavant ensuite les hématies granuleuses avec une solution composée de i partie de sulfate de soude au maximum de saturation et de 2 parties d'acide ordinaire, on décolorera ces globules (4).

2° Noyau, protoplasma, enveloppe de ces globules. — Les mêmes réactifs seront utilisés pour mettre en évidence les trois parties qui contribuent à former les hématies; mais les principes qui les composent devront être différemment associés pour le lapin, le cochon d'Inde et le rat.

a. Lapin. — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 6 grammes de bichromate dépotasse, 4 grammes de sulfate de soude, et ajouter à 34 parties de cette solution i partie d'acide acétique ordinaire. La réaction est presque instantanée. Après avoir observé la structure des globules rouges, on les lave avec l'acide acétique à 75 ou 90 degrés, et on les ramène ainsi complètement à l'état de globules blancs (2).

b. Cochon (VInde, — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 5 grammes de bichromate de potasse, 3 grammes de sulfate de soude et ajouter à 34 parties de la solution 1 partie d'acide acétique ordinaire (3).

c. Rat. — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 6 grammes de bichromate de potasse, 3 grammes de sulfate de soude et ajouter à 24 grammes de la solution i gramme d'acide acétique ordinaire. Le réactif ainsi composé montre très bien les trois parties qui forment les globules rouges. Pour obtenir la sortie complète du noyau et du protoplasma en réduisant ces globules à leur seule enveloppe, on aura recours à la combinaison suivante : dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 4 grammes de bichromate de potasse et 24 grammes de sulfate de soude; ajouter ensuite à 30 grammes de la solution 20 grammes d'acide acétique à 90 degrés (4).

3'' Parallèles des hématies et des leucocytes. — Déposer sur une goutte de

(1) PL XI, fig. 10 et 11, 15 et 16, 19 et 20.

(2) PI. XI, fig. 12 et 13.

(3) PL XI, fig. 17.

WPLXl, fig. 21.

SANG DES CARNASSIERS. 125

sang (le rongeur une goutte d'acide à 75 ou 90 degrés ; aussitôt les globules rouges pâlissent, et après une ou deux minutes d'attente, les noyaux des leucocytes prennent une couleur rouge bien prononcée (i).

4"* Globules blancs. — Avec l'acide acétique au 50% mais dont la solution pourra être, avec avantage aussi, plus ou moins diluée, on observera sans peine ces globules dans leurs principales variétés d'aspect. Dans le sang des Rongeurs, dans celui surtout du cochon d'Inde et du rat, les leucocytes sont souvent le siège d'une prolifération très active. Pour l'étude de la segmentation des noyaux et de l'éruption graduelle des globulins, ce sang est donc utile. Celui du cheval cependant est préférable, parce que les globulins sont notablement plus gros (2).

E. Sang des Carnassiers,

J'ai observé les deux ordres de globules du sang chez trois carnassiers, le chien, le chat et le hérisson.

4° Granulations du protoplasma. — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 5 grammes de bichromate de potasse et 20 grammes de sulfate de soude; ajouter à 30 grammes de la solution 45 grammes d'acide acétique k 90 degrés; puis recouvrir une goutte de sang de deux ou trois gouttes de ce réactif en frottant le mélange sur le porte-objet à l'aide d'un agitateur. Ce procédé est applicable aux trois carnassiers précédemment nommés (3).

^'^ Noyau, protoplasma et enveloppe des globules rouges. — La composition du réactif diffère pour chacun de ces carnassiers.

a. Chien. — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 5 grammes de bichromate de potasse et 2 grammes de sulfate de soude; ajoutera 19 parties de la solution! partie d'acide acétique ordinaire; puis mêlera une goutte de sang, deux ou trois gouttes de ce réactif en frottant le mélange pendant une demi-minute sur le porte-objet à l'aide d'un agitateur (4).

b. Chat. — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 8 grammes de

(1) PI. XI, fig. 8.

(2) PI. XI, fig. 14,18, n.

(3) PI. XII, fig. 1 et 3, 7, 8 et 9, U et 15.

(4) PI. XII, fig. 4 et 5.

bichromate de potasse et 2 grammes de sulfate de soude ; ajouter à 49 grammes de la solution 1 gramme diacide acétique ordinaire ; recouvrir ensuite une très petite gouttelette de sang de deux ou trois gouttes du réactif et frotter le mélange sur le porte-objet (1).

c. Hérisson. — Disssoudre dans 500 grammes d'eau distillée 5 grammes de bichromate de potasse et 2 grammes de sulfate de soude; ajouter à 24 grammes de la solution 1 gramme d'acide acétique ordinaire; puis recouvrir une gouttelette de sang d'une grosse goutte de ce réactif, et frotter quelque temps le mélange des deux liquides sur le porte-objet (2).

Après avoir observé chacune de ces trois préparations, on ramène les hématies à l'état de leucocytes en faisant usage de l'acide acétique à 75 ou 90 degrés (3).

Pour comparer le noyau des globules blancs au volume des globules rouges, nous avons vu qu'il faut employer cet acide au même degré de concentration. Mais on peut se servir aussi de l'acide acétique au 25^ ou au 50' qui laisse entrevoir les hématies et qui met bien en évidence les leucocytes (4).

3° Globules blancs, — Le procédé très simple que j'ai déjà signalé et qui consiste à déposer sur une goutte de sang une grosse goutte d'acide acétique au 50^" ou au 75^ est encore celui qu'il faut mettre en usage pour l'étude de ces globules. Dans le court espace d'une ou deux minutes toutes les hématies pâlissent et passent au second plan, tandis que les leucocytes se dessinent en grand nombre, montrant dans toutes leurs variétés les trois parties qui les composent. Il permet très bien aussi de juger du nombre des globules dont le noyau est segmenté. Ceux des chiens et des chats nouveau-nés sont presque tous en voie de prolifération. L'acide acétique au 500^ ou GOO*" est très bon pour suivre les globulins à leur sortie des globules; seul il met bien en lumière les globules vides qui n'accusent leur présence que par un pâle contour circulaire (5).

Quel que soit le carnassier sur lequel on suit dans leur évolution les

(0 PL Xn, fig. 10 et 11.

(2) PI. XII, fig. 16.

(3) PI. xn, fig. 5 et 17.

(4) PL Xil, fig. 2 et 12.

l5)PLXn,fig. 6, 13, 18 et 19.

éléments figurés du sang, on arrive à reconnaître qu'ils ont pour point de départ un globulin, que celui-ci passe à l'état de globule blanc , puis diminue ensuite peu à peu de volume, et que son enveloppe après s'être progressivement rapprochée du noyau finit par s'appliquer à sa surface dont la séparent seulement les derniers vestiges du protoplasma (1).

F. Sang de VHomme.

J'ai dû fixer plus particulièrement mon attention sur le sang de l'homme, soit pour arriver à des connaissances plus exactes et plus complètes sur la composition de ses éléments figurés, soit pour comparer ces éléments à ceux des Mammifères et plus généralement à ceux de tous les autres Vertébrés, soit aussi pour en étudier les altérations.

Les globules rouges du sang de l'Homme sont aplatis comme ceux de tous les ovipares, mais discoïdes et biconcaves comme ceux de tous les Mammifères. Ils sont granuleux aussi, et enfin ils se composent également de trois parties bien distinctes.

i'' Granulations du protoplasma, — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 3 grammes de bichromate de potasse et 12 grammes de sulfate de soude; ajouter à 30 grammes de la solution 15 grammes d'acide acétique à 90 degrés ; puis mêler à une gouttelette de sang une grosse goutte de ce réactif en frottant le mélange sur le porte-objet avec un agitateur.

Après avoir observé les granulations des hématies, on les traite par le sulfate de soude au maximum de saturation, auquel on ajoute deux parties d'acide acétique ordinaire ; puis on mêle à une goutte de sang deux ou trois gouttes de cette solution en frottant quelque temps le mélange sur le porteobjet. Les globules sont bientôt entièrement décolorés (2).

2*" Noyau, protoplasma, enveloppe. — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 6 grammes de bichromate de potasse et 3 grammes de sulfate de soude; ajouter ensuite à 19 grammes de la solution 1 gramme d'acide acétique ordinaire; puis mêler à une gouttelette de sang deux ou trois gouttes de ce réactif en frottant quelque temps le mélange sur le porte-

Ci) PI. XII, fig. 20.

(2) PL Xm, fig. 1, 2, 3.

objet; en moins d'une minute les trois parties constituantes des globules sont mises en pleine évidence.

Ces trois parties constituantes étant reconnues, traitez les hématies par l'acide acétique à 75 degrés, qui les ramènera à Tétat de globules blancs (l) .

3" Enveloppe, — Dissoudre dans 500 grammes d'eau distillée 4 grammes de bichromate de potasse et 2 grammes de sulfate de soude; ajouter ensuite à 29 grammes de la solution 1 gramme d'acide acétique ordinaire; puis mêler une goutte de ce réactif à une gouttelette de sang. La substance du noyau et celle du protoplasma s'échappent molécule, à molécule par toute la périphérie des globules, et ceux-ci ne sont bientôt plus représentés que par leur enveloppe (2).

4" Parallèle des deux ordres de globules, — Pour ce parallèle, l'observateur a le choix entre l'acide acétique au 25% qui montre bien le noyau des leucocytes sans faire complètement disparaître les hématies, et l'acide acétique à 75 degrés, qui pâlit celles-ci en rougissant le noyau des globules blancs (3).

Globules blancs. — Le nombre, l'aspect, la constitution de ces globules varient assez notablement selon qu'on les considère chez l'adulte, ou chez le fœtus et la femme en état de gestation.

a. Age adulte, — Pour l'étude des leucocytes chez l'homme ou la femme adultes, on adoptera l'acide acétique dilué du 25'' au 50". Une large goutte de cet acide dilué, déposée sur une goutte de sang et recouverte d'une mince lamelle qui étale les deux liquides, dissout peu à peu les hématies et met en évidence les globules blancs ainsi que les globulins, dans le court espace d'une demi-minute à une minute.

Parmi ces globules qu'on voit flotter en grand nombre sur le porte-objet, il en est qui se présentent sous un aspect framboise, et dont le noyau tantôt se montre et tantôt reste invisible. D'autres, beaucoup plus multipliés, se distinguent par leur transparence, par les fines granulations de leur protoplasma, et le contour très accusé de leur noyau. Celui-ci, comme chez tous les Mammifères ou plutôt comme chez tous les Vertébrés et les animaux

(1) PI. XUI, fig. 5 et 6.

(2) PI. xni, fig. i.

(3) PI. XIII, lig. 9 et 10.

sans vertèbres, est périphériquement situé. La plupart d'entre eux sont sphériqiies; quelques-uns un peu allongés et ovoïdes. Rien de plus fréquent que d'en rencontrer dont le noyau est divisé en deux ou plusieurs globulins. Ces globules en voie de prolifération sont souvent très nombreux. Dans ce dernier cas, ils se réunissent par groupe, et tous les globulins regardent alors le centre du groupe, en sorte que sur sa circonférence on remarque une série de festons formés par les enveloppes déjà vides en partie (1).

b. Globules blancs du fœtus. — Nous avons pu déjà constater que chez les embryons de vertébrés les globules blancs apparaissent dès que le cœur commence à battre, et qu'ils se multiplient ensuite de plus en plus, par voie de segmentation des noyaux, afin de répondre aux exigences croissantes de la nutrition et du développement de l'organisme. Chez l'Homme, pendant le cours de la vie intra-utérine, ils se comportent de même. La prolifération des leucocytes est alors tellement abondante que, dans la presque totalité des globules, le noyau se trouve partagé en trois ou quatre globulins. Dans le sang d'un fœtus à terme que je viens d'examiner, sur 50 globules il y en avait trois seulement dont le noyau n'était pas segmenté. Sur quelques préparations, je n'ai même rencontré que des globules contenant de 2 à 5 globuhns. Souvent on les voit se réunir aussi sur un ou plusieurs points, et toujours alors les groupes de globulins convergent vers le centre de l'agglomération, les enveloppes formant sur la périphérie une série circulaire de festons. Le sang du fœtus est donc très favorable pour l'étude de tous les phénomènes inhérents à la prolifération des éléments figurés. On peut les observer depuis le moment où les globulins sortent de leur commune enveloppe, jusqu'à celui où les leucocytes commencent à se transformer en hématies.

L'acide acétique, dilué depuis le 50" jusqu'au 600% est très convenable pour ces études. Cependant j'emploie souvent aussi, avec un grand avantage, un mélange d'acide acétique dilué et d'alcool au iO% à 2 parties d'acide acétique au 10% j'ajoute alors 3 parties d'alcool au 10^

c. Globules blancs de la femme en état de gestation. — Ayant reçu un jour deux flacons dont l'un contenait du sang de fœtus provenant du cordon ombilical, et l'autre du sang de la mère provenant de la cavité utérine, j'examinai

(1) PI. XHI, fig. 7 et 8.

d'abord celui du fœtus et je constatai de nouveau l'abondance des leucocytes dans le sang et leur excessive prolifération. Passant ensuite à celui de la mère, je croyais rencontrer une disposition inverse, c'est-à-dire beaucoup moins de globules blancs, et surtout beaucoup moins de globules en état de segmentation. Mais je me trompais dans mes prévisions. Les uns et les autres flottaient en très grand nombre dans le champ de la préparation; ils n'étaient pas moins multipliés chez la mère que chez le fœtus, et se présentaient exactement dans les mêmes conditions : ceux qui offraient un noyau à contour bien accusé étaient en très faible minorité. La plupart contenaient des globulins, et ces derniers, çà et là, commençaient à sortir de leur cavité ou étaient déjà presque entièrement ou totalement sortis (1).

Pourquoi cettfr abondance de globules blancs chez la femme pendant le cours de la grossesse? Pourquoi ces globules sont-ils le siège d'une si remarquable prolifération? La réponse me semble facile. Le but que se propose la nature en multipliant les éléments figurés du sang chez le fœtus est aussi celui qu'elle se propose en les multipliant chez la mère. Chez le fœtus, leur prolifération est la condition première du développement; supprimez-les, le développement ne tardera pas à s'arrêter par défaut de sucs nutritifs. Chez la mère, leur prolifération est la condition première de la reproduction de l'espèce; elle ajoute aux sucs assimilables qui lui sont nécessaires pour la nutrition de ses organes ceux qui sont nécessaires aussi à l'être nouveau pour son évolution. Que les éléments figurés du sang cessent de proliférer, l'enfant ne pourra se développer, ou ne se développera qu'en détournant à son profit les sucs nutritifs nécessaires à la mère, c'est-àdire en l'épuisant à mesure qu'il s'accroîtra. Qu'ils prolifèrent au contraire et les deux êtres vivront côte à côte, sans que l'un nuise à l'autre; la mère trouvera même quelquefois dans cette prolifération, si elle devient très active, un surcroît de force et de vitalité (2).

La remarquable prolifération des globules blancs chez tous les Mammifères pendant la durée de la gestation est donc un fait incontestable. Chez la femme elle peut être considérée comme l'un des signes importants de la grossesse. Étant donné le sang de deux femmes, l'une gravide, et l'autre non gravide, à la division des noyaux, à l'extrême multiplicité des glolu-

(1) PL XIII, fig. 13 et U.

(2) PLXm, fig. 11 et 12.

lins, on reconnaîtra, au premier coup d*œil, celui de la femme grosse ; à la rareté relative des leucocytes en voie de segmentation on reconnaîtra celui de la femme qui n'est pas en état de grossesse. Une simple piqûre faite à la pulpe de l'un des doigts avec la pointe d'une lancette pourra, dans certains cas douteux, éclaircir le diagnostic : si les globules blancs sont très abondants et presque tous remplis de globulins, la grossesse est extrêmement probable. On pourrait môme l'affirmer très positivement, si quelques maladies n'avaient pour résultat de produire une prolifération des leucocytes tout à fait semblable à celle qu'on observe pendant la gestation.

Conclusions générales.

I. Considérés dans toute la série zoologique, les éléments figurés du sang se présentent à nous sous trois formes définitives :

Dans les Invertébrés, sous la forme de globules blancs sphériques ; Dans les Vertébrés ovipares, sous l'aspect de globules rouges elliptiques; Dans les Vertébrés supérieurs, sous celui de globules rouges discoïdes.

II. Leur constitution est indépendante de leur forme; les globules blancs se composent de trois parties : l'enveloppe, le protoplasma, le noyau. Ces trois parties sont moins distinctes dans les globules rouges elliptiques, et semblent avoir perdu toute individualité dans les globules rouges circulaires; mais l'action des réactifs les remet aussitôt en pleine évidence.

III. L'enveloppe, dans les trois ordres de globules, est caractérisée : par son extrême minceur, sa transparence, son homogénéité, et sa grande perméabilité qui a pour but évident de faciliter les échanges entre son contenu et les particules élémentaires de l'organisme.

IV. Le protoplasma, dans les globules blancs, se montre en quantité variable. Il est toujours très abondant dans les globules rouges elliptiques qui lui sont redevables de leur volume. Il est presque nul dans les globules rouges circulaires qui contrastent avec les précédents par leur petitesse.

Ce protaplasma est granuleux dans les globules blancs. Ses granulations semblent avoir disparu dans tous les globules rouges; mais elles persistent à Tétat latent; les réactifs les font réapparaître instantanément.

V. Le noyau existe dans les trois ordres de globules et conserve toujours des connexions intimes avec l'enveloppe; il est arrondi et granuleux aussi.

VI. Chez les Invertébrés, les éléments figurés naissent dans le plasma du sang par genèse, et se renouvellent par le même procédé.

Chez les Vertébrés, ils naissent par genèse dans les glandes vasculaires sanguines, dans les premières radicules des vaisseaux lymphatiques et dans les ganglions qui en dépendent. Parvenus dans le plasma sanguin, ils se multiplient par voie de prolifération.

VII. Leur prolifération a pour point de départ le noyau des globules blancs qui se segmente; ces segments, dont le nombre varie de 2 à 7, et dont le diamètre, chez l'homme, est de 1 /x à 2|x, constituent les globulins,

VIII. Pendant que les globulins se forment aux dépens du noyau, le protoplasma s'atténue considérablement et bientôt ne se trouve plus représenté que par un petit nombre de très fines granulations entourant les globulins et remplissant leurs intervalles.

IX. Dans chaque globule le petit groupe des globulins traverse son enveloppe par voie de diapédèse en emportant avec lui les derniers restes du protoplasma, puis tombe dans le courant sanguin, se dissocie, et l'enveloppe complètement vide ne tarde pas à se dissoudre.

X. Devenus libres,. les globulins, arrondis et granuleux, comme le noyau dont ils proviennent, s'entourent rapidement d'une enveloppe qui se dessine sur leur contour sous la forme d'un arc ou d'un croissant, lequel s'allonge et ne tarde pas à les entourer. Le protoplasma se montre ensuite; le globulin alors s'accroît de plus en plus et arrive bientôt à l'état de globule blanc.

XL Ce globule blanc de seconde génération peut devenir le point de départ d'une génération nouvelle. Mais il peut aussi poursuivre son développement. Dans ce dernier cas, il se comporte différemment, selon qu'il s'agira d'un globule rouge elliptique ou d'un globule rouge circulaire.

S'il doit se transformer en globule rouge elliptique, ses granulations pâlissent, s'atténuent, passent à l'état latent et forment une petite masse ovoïde, d'appîirence homogène; le noyau, encore arrondi et granuleux, pâlit aussi, puis prend le même aspect, et tous deux se colorent ensuite rapidement.

S'il doit se transformer en globule rouge circulaire, le protoplasma se réduit considérablement; les granulations du noyau disparaissent; ce noyau prend un aspect homogène; l'enveloppe s'en rapproche peu à peu ; puis s'applique à son contour au moment où il se charge de matière colorante.

XII. Les éléments figurés du sang chez les Vertébrés parcourent pendant la durée de leur existence quatre périodes bien distinctes. Dans la première, ils existent à l'état de simples globulins : c'est leur période fœtale ou embryonnaire. Dans la seconde, ils passent à l'état de globules blancs qui caractérisent pour eux l'âge adulte jeune ; et dans la troisième, à l'état de globules rouges qui représentent leur âge mur. Dans la quatrième ou période de sénilité, ils conservent la même forme, mais leur noyau a diminué de volume ; ses granulations ont définitivement disparu; les réactifs n'ont plus le privilège de les faire reparaître. C'est par le noyau qu'avait débuté leur existence, et c'est par le noyau aussi que s'accuse leur mort prochaine.

XIII. Les fonctions des vaisseaux lymphatiques et des glandes vasculaires sanguines sont restées jusqu'ici très problématiques. Mais nous sommes actuellement en mesure de les définir, et nous ne pouvons plus méconnaître leur très haute importance : ces vaisseaux et ces glandes^ en définitive, sont la source du sang. De cette source, en effet, partent les corpuscules qui vont se multiplier à l'infini dans le plasma sanguin, et qui se transformeront ensuite en globules rouges. Supprimons par la pensée les organes qui les produisent, et aussitôt tout cet immense travail de prolifération sera suspendu: les globules blancs cessant d'affluer dans le torrent de la circulation, les globules rouges cesseront de se renouveler; la nutrition deviendra insuffisante d'abord, bientôt impossible, et la vie dans ces conditions ne tardera pas à s'éteindre.

XIV. Les éléments figurés du sang peuvent devenir et deviennent fréquemment le siège des plus graves altérations. Mais c'est surtout sur les globules blancs que ces altérations portent. Nous verrons plus loin que la suppuration, la leucocythémie, le cancer, et quelques autres affections encore, comme, par exemple, la chlorose, ont pour siège et pour cause première une altération de ces globules. Leur mode de développement, leur excessive prolifération, leur transformation en globules rouges, le rôle considérable enfin qu'ils jouent dans la formation des éléments figurés du sang, étant restés jusqu'ici autant de phénomènes pour la plupart méconnus, la pathologie des

leucocytes n'a pu être que très imparfaitement ébauchée. Tous les auteurs sont disposés à admettre qu'elle tient dans nos cadres nosologiques une très grande place; l'avenir, je crois, démontrera que cette place est plus importante encore qu'ils ne l'avaient supposé.

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