CONSTITUTION GÉNÉRALE DES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG
L'étude de ces éléments a depuis longtemps démontré qu'ils sont de deux ordres : les uns portent le nom de globules blancs^ et les autres celui de globules ronges. Ils diffèrent donc par leur coloration. Diffèrent-ils aussi par leur constitution? En apparence, ils semblent difïérer très notablement; en réalité ils diffèrent à peine. Une longue série de faits nous démontrera que leur structure est identique. Afin de procéder d'une manière plus méthodique et plus rigoureuse à cette démonstration, je décrirai successivement la constitution des globules blancs et celle des globules rouges; nous aurons ainsi tous les termes d'une comparaison qui se répétera à mesure que nous monterons l'échelle animale, et dont la conclusion se dégagera en termes d'autant plus nets, que nous nous rapprocherons davantage de son sommet, c'est-à-dire de l'espèce humaine.
§ I. — Constitution des globules blancs
Chez les animaux sans vertèbres, ces globules sont les seuls qui existent. Chez les vertébrés, on observe à la fois des globules blancs et des globules rouges. Il me paraît utile de les considérer séparément dans les deux grands embranchements de la série zoologique.
A. Constitution des globules blancs chez les invertébrés .
On ne rencontre pas des éléments figurés dans le sang de tous les invertébrés. Mais chez tous ceux où la présence de ces éléments a pu être constatée, leur constitution comprend trois parties : une enveloppe^ un noyau et un contenu granuleux, le protoplasma. Les dimensions relatives de ces trois parties constituantes peuvent varier et varient en effet très sensiblement; mais on ne voit jamais aucune d'elles faire défaut. Elles se montrent du reste sous un aspect très différent, suivant qu'on étudie les globules blancs à leur sortie des vaisseaux, et sans l'emploi d'aucun réactif, ou après les avoir soumis à l'action de ceux-ci.
A leur sortie des vaisseaux, les globules blancs, lorsqu'on les observe dans le plasma qui les tient en suspension et qui forme leur véhicule habituel, conservent d'abord leur forme, leurs dimensions et leur aspect normal. Mais après une minute d'attente, et parfois même dans le court espace de quelques secondes, on voit partir de leur périphérie des prolongements d'une teinte pâle et extrêmement irréguliers qui leur impriment les déformations les plus étranges. Ces prolongements, ou expansions sarcodiques, expansions amijhoïdes, n'offrent rien de fixe; on remarque qu'ils se modifient a chaque instant. Ils ont été vus et bien décrits par la plupart des auteurs. Je les mentionnerai plus longuement lorsque je décrirai les éléments figurés du sang dans chaque ordre et cliaque genre d'invertébrés. Ici, je me bornerai à faire remarquer que sur les trois parties dont ils se composent, il en est deux seulement qui prennent part à la production de ces expansions et des déformations qu'elles entraînent: l'enveloppe d'abord, qui semble quelquefois les former exclusivement; puis le protoplasma sous-jacent, qui toujours l'accompagne lorsqu'elle se soulève et se prolonge.
Soumis à l'action des réactifs avant l'apparition des expansions sarcodiques, les globules blancs, qui affectaient les formes les plus variées, tendent tous à prendre la forme sphérique; et très rapidement, en effet, ils revêtent ce mode de configuration. En général aussi, on voit leurs dimensions se réduire, et parfois très notablement. Si le réactif vient les surprendre au moment où ils sont en pleine expansion amyboïde , leurs prolongements disparaissent, en partie d'abord, puis totalement, et alors le tableau change tout à fait d'aspect; sur le champ de la préparation on n'aperçoit plus que des globules sphériques dont les trois parties se trouvent en complète évidence. Plusieurs réactifs permettent d'obtenir ce résultat; mais l'acide acétique au 50° est celui qui mérite la préférence. Plus concentré, il offre en général moins d'avantages, bien qu'on obtienne encore presque immédiatement le but désiré en l'employant au 40% au 30% et même au 20^ Très souvent, au contraire, il convient de diluer le réactif dans une plus forte proportion d'eau distillée. Pour obtenir certaines réactions que je mentionnerai plus loin, la dilution en effet doit être portée au 75% au 100% au 200% au 300% et quelquefois même au 400% au 500% au 600" et jusqu'au 700^ On pensera peut-être qu'à cette limite extrême c'est l'eau seule qui agit sur les globules blancs. Ce serait une erreur. J'ai employé comparativement l'acide acétique
au 700' et l'eau distillée; le résultat était très différent. Mais, je ne saurais trop le répéter, l'acide acétique au 50« est le réactif par excellence des globules blancs. Il pourrait suffire pour l'étude de leur structure intime, non seulement chez les animaux sans vertèbres, mais aussi chez tous les vertébrés. Cependant, à ce principal réactif il convient d'en joindre quelques autres qui sont utiles aussi ; j'en donnerai la formule lorsque nous étudierons en particulier les éléments figurés du sang dans la série animale.
h' enveloppe des globules blancs est immédiatement appliquée au protoplasma , sur lequel elle se moule et dont elle reproduit la forme et les dimensions. Rien ne la distingue de celui-ci lorsque les globules sont vus sans le secours d'aucun réactif. Mais sous l'influence de l'acide acétique, elle apparaît presque aussitôt. Ce résultat est du à la rétraction du protoplasma; en sorte qu'il se produit alors un espace clair qui sépare la partie contenue de la partie contenante, et qui permet ainsi de les voir très nettement l'une et l'autre. Assez souvent, et alors même qu'on ne met en usage aucun réactif, cet espace clair se manifeste sur un point; l'enveloppe est alors en partie apparente.
Cette enveloppe est transparente, amorphe, extrêmement mince, élastique et rétractile. Soumise à Taction de l'eau ou de l'acide acétique très étendu, elle se dilate au point de doubler et même de tripler de diamètre ; elle finit par se rompre et disparaître si l'eau seule préside à sa dilatation; elle persiste, au contraire, si on a fait usage de l'acide acétique au 500' ou au OOO*" ; mais elle devient alors extrêmement pâle et pourrait rester inaperçue dans le cas où on ne procéderait pas à sa recherche avec une suffisante attention. Lorsque le réactif est plus ou moins concentré , c'est un phénomène inverse qui se produit; loin de se dilater, on la voit se rétracter de la périphérie vers le centre. Elle a encore pour attribut sa grande perméabilité, qui permet aux liquides du dehors de pénétrer dans sa cavité , et au contenu des globules blancs de sortir de celle-ci, en partie et même en totalité , dans certaines conditions. Chez les invertébrés, où le contenu joue un rôle important dans les actes nutritifs, on comprend sans peine les avantages de cette perméabilité qui a pour effet de la transformer en une sorte d'endosmomètre.
Le protoplasma occupe la cavité circonscrite par l'enveloppe. Il la remplit en général complètement, ou n'en reste séparé que sur un point d'une étendue
variable. Quelquefois il se trouve réduit à de très minimes dimensions ; la cavité alors paraît presque vide; la partie en apparence inoccupée ne contient qu'un liquide transparent.
Deux genres de granulations très différents composent le protoplasma. — Tantôt il est formé de grosses granulations vésiculeuses, en contact immédiat les unes avec les autres et comme entassées dans l'espacesphérique que délimite Tenveloppe; toutes ces granulations de volume à peu près égal, ont pour caractère commun de réfracter très fortement la lumière, d'où la couleur sombre des globules blancs dans lesquels on les rencontre. L'enveloppe, en passant sur elles, se soulève au niveau de leur partie la plus saillante, et se déprime dans les intervalles qui les séparent; de ces dépressions et saillies résulte un aspect qui rappelle celui d'une mûre ou de la framboise, et qui a porté beaucoup d'auteurs à désigner les globules blancs ainsi configurés sous les noms de globules framboises, de globules mnriformes . — Tantôt, et même le plus souvent, les granulations ne prennent pas la forme vésiculeuse, mais celle de simples grains in égaux et irréguliers dont l'ensemble représente une sorte de poussière : c'est le protoplasma pulvérulent, le protoplasma grenu, ou le protoplasma granuleux proprement dit.
Les deux genres de granulations se rencontrent chez tous les invertébrés. Au milieu des globules à protoplasma vésiculeux, on voit des globules à protoplasma granuleux. Chez quelques animaux, cependant, comme les Crustacés, et plus particulièrement l'écrevisse, presque tous contiennent un protoplasma vésiculeux à leur sortie des vaisseaux. Si on les traite par l'acide acétique au 50' ou plus dilué, les vésicules sont en partie dissoutes, et au protoplasma vésiculeux on voit se substitue^^ le protoplasma granuleux qui est beaucoup plus clair ou tout à fait transparent. Avant toute réaction, l'un et l'autre genre de protoplasma peut être rare ou abondant.
Le volume du protoplasma n'est pas proportionnel aux dimensions des globules. Il paraît être en raison inverse de leur âge. Les jeunes globules blancs sont ordinairement remplis de grosses granulations vésiculeuses; les vieux globules ne contiennent qu'un protoplasma granuleux très clair-semé. Sous l'influence de la nutrition, les premières ou grosses granulations semblent donc peu à peu s'atrophier, et elles s'atrophient en effet de plus en plus, jusqu'au moment où elles disparaîtront, en entraînant dans leur ruine les deux autres éléments du globule. Chez les vertébrés , un phénomène
analogue se produit; mais nous verrons qu'il n'est qu'apparent; il représente une phase de leur développement, un état transitoire qui précède chez eux la transformation des globules blancs en globules rouges.
Le noyau des globules blancs est nié aujourd'hui encore par quelques auteurs, au nombre desquels se place au premier rang mon savant collègue M. Ch. Robin. Il ne serait, pour les auteurs qui partagent cette opinion, que le résultat d'une sorte de condensation du protoplasma se produisant artificiellement sous l'influence des réactifs destinés à le mettre en évidence. Les faits que nous allons passer en revue attestent cependant qu'il existe ; et nous verrons que, non seulement son existence est réelle et constante, mais qu'il apparaît avant les deux autres parties des globules blancs, qu'il tient celles-ci sous sa dépendance, et qu'il joue un rôle considérable dans l'histoire des éléments figurés du sang. Établissons d'abord qu'il existe.
Lorsqu'on examine les globules blancs des invertébrés à leur sortie des vaisseaux, et sans l'emploi d'aucun réactif, on voit quelquefois leur noyau, et on peut reconnaître qu'il est limité par un bord sombre, circulaire, très nettement accusé, semblable dans tous les globules sur lesquels il apparaît, semblable aussi à celui qui se montre après l'emploi des réactifs, et bien différent de ces contours vagues et si variables qui sont le produit de l'art. On m'objectera peut-être que les globules blancs s'altèrent dès qu'ils sont sortis des vaisseaux, et que si les noyaux alors observés ne sont pas le produit de l'art, ils sont le produit d'une sorte de décomposition cadavérique. Soit ; laissons cet argument et voyons ce qui se passe pendant l'action de l'acide acétique.
Ce réactif agit sur le protoplasma. Mais il n'est pas rare, surtout au début de son action, qu'il le modifie à peine; quelquefois il détermine sa rétraction de la périphérie vers le centre; le plus souvent il en opère la dissolution partielle ou totale. — Dans le premier cas, c'est-à-dire lorsque le protoplasma reste composé de grosses granulations vésiculeuses qui remplissent la cavité du globule , si on voit le noyau, on ne saurait le considérer comme le résultat d'une rétraction de la masse protoplasmique, puisque cette rétraction n'a pas lieu. — Dans le second, la rétraction du protoplasma étant évidente, on pourrait d'abord prendre le contenu rétracté pour un noyau en voie de formation. Mais l'illusion ne tarde pas à se dissiper; car au sein de ce con-
s CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ÉLÉMENTS FIGURÉS,
tenu on distingue bientôt le véritable" noyau que le protoplasma enveloppe; et ce noyau est circonscrit par un contour très net, en sorte que la confusion n'est plus possible. — Enfin, lorsque Tacide acétique détermine la dissolution du protoplasma, il est bien difficile de comprendre comment ce contenu , en disparaissant , pourrait se transformer en un corps de couleur sombre si régulièrement circonscrit, offrant toujours la même forme, les mêmes dimensions, le même aspect et la même constitution ; car le noyau est composé aussi de granulations. Le réactif aurait donc la singulière propriété de détruire certaines granulations, de respecter les autres, et de tracer entre les premières et les secondes une ligne de démarcation fortement arrêtée? Non, tel n'est pas son mode d'action; il est beaucoup plus simple; l'acide acétique transforme le protoplasma vésiculeux, qui était opaque et qui voilait le noyau, en protoplasma granuleux qui est transparent et qui permet de le distinguer. Ajoutons que cette transformation, ainsi que nous le verrons plus loin, s'opère naturellement et incessamment. Il y a une foule de globules blancs dont le protoplasma, avant toute réaction, est de couleur claire; le noyau alors peut être vu sans le secours de l'acide acétique; mais ce réactif a encore pour avantage de le mettre en plus complète évidence.
Le noyau des globules blancs ne peut donc pas être regardé comme un produit artificiel. Les produits de ce genre sont variables et inconstants; ils n'offrent rien de fixe; ils diffèrent selon le réactif employé, selon la température, selon les individus, selon l'âge, etc. Le noyau a toujours son même contour de couleur sombre; il offre toujours à peu près les mêmes dimensions; il est toujours composé de granulations ; on le rencontre sans exception dans tous les globules, chez tous les animaux, h tous les âges. De tels attributs ne sont pas le produit de l'art : la nature seule, dans ses œuvres, nous apparaît avec des caractères aussi immuables.
Les faits et considérations qui précèdent me paraissent démontrer très péremptoirement l'existence du noyau. Si, cependant, on la jugeait encore contestable, j'invoquerais un dernier argument qui, à lui seul, lève toutes les objections : Le noijmi n'est pas situé dans la cavité des globules, mais dans un dédoublement ou dans l'épaisseur de leur enveloppe; il na rien de commun, par conséquent, avec le protoplasma.
Cette proposition, je ne puis me le dissimuler, ine met en opposition flagrante avec tous les auteurs qui m'ont précédé. Elle sera vivement combattue;
car si elle a pour elle la réalité, elle a contre elle toiUcs les apparences.' Je ne saurais m'étonner des doutes qu'elle soulèvera, puisque moi-même, en présence d'observations concluantes et multipliées, je doutais encore. Mais les faits sont là pour la défendre ; il me suffira de les exposer.
Un jour, pendant que j'étudiais le sang de l'huître, j'aperçus un globule qui tournait lentement autour de l'un de ses axes, et je remarquai que le noyau passait tour à tour de gauche à droite et de droite à gauche, puis tour à tour aussi de haut en bas et de bas en haut; en un mot, il restait toujours fixé à la périphérie. Ce premier fait attira vivement mon attention. Pour en prendre une notion plus positive et plus complète, je m'attachais à observer d'autres globules tournant aussi autour de leur axe, et dans ce but j'imprimais de légers déplacements à la mince lamelle qui les recouvre. Ils entraient en rotation pour la plupart. Mais leur rotation était rapide, et je ne pouvais suivre aucun noyau dans son mouvement circulaire. Parfois je parvenais à saisir un globule au terme de sa course, qui tournait lentement ; mais bientôt il sortait du champ du microscope et m'échappait. Le phénomène que j'avais vu une première fois et que je voulais revoir, était donc d'une constatation assez difficile.
Cependant je poursuivis mes études sur les globules blancs de l'huître, leur imprimant des mouvements que je cherchais à modérer le plus possible, et fixant toute mon attention sur leur noyau lorsqu'il tournait assez lentement pour le suivre dans son déplacement. Leur nombre étant toujours considérable, leurs dimensions assez grandes, et les observations pouvant être répétées indéfiniment dans ces bonnes conditions, je ne tardais pas à reproduire sous mes yeux le phénomène dont je voulais constater la certitude en l'analysant dans ses moindres détails. Le fait bien établi, je m'attachais à reconnaître toutes les conditions dans lesquelles il faut se placer pour le reproduire îi. volonté. En procédant ainsi à son étude, je réussis à l'observer chez les autres invertébrés, puis chez les poissons, les batraciens, les reptiles, en un mot dans toute la série zoologique. Cependant tous les animaux ne sont pas également favorables pour cette étude. Elle deviendra d'autant plus facile que les globules blancs seront plus nombreux et plus volumineux. Parmi les animaux sans vertèbres, c'est à l'huître qu'on donnera la préférence. Parmi les vertébrés, on choisira les poissons cartilagineux et les batraciens. Chez les premiers, l'ana-
tomisle trouve dans leurs ganglions œsophagiens (!) des globules blancs, volumineux, en nombre illimité et munis d'un gros noyau. Chez les seconds, les globules blancs sont volumineux aussi. Après avoir bien vu la situation périphérique du noyau chez l'huître, la raie et le triton, on l'observera ensuite assez facilement dans toutes espèces animales et chez l'homme, et même chez le fœtus et l'embryon.
Le noyau, dans son mouvement circulaire, tourne autour de deux principaux axes, dont l'un est perpendiculaire au plan de sustentation, et l'autre, parallèle à ce plan. Si le noyau tourne autour de l'axe perpendiculaire en se portant de gauche à droite, et si, au début de sa rotation, il est situé à gauche, on le voit se porter en avant, puis à droite, puis en arrière, et parcourir le même cercle, une, deux ou trois fois en restant toujours périphérique. S'il tourne autour de Taxe horizontal en cheminant aussi de gauche à droite, il suit d'abord une direction ascendante pour venir occuper le centre de l'hémisphère supérieur de l'enveloppe, et semble alors occuper le centre du globule; puis il descend pour se porter à droite, continue à descendre pour se porter en bas, répond alors au centre de l'hémisphère inférieur de l'enveloppe et semble de nouveau situé au centre du protoplasma, mais conserve cependant sa situation périphérique. Il peut ainsi décrire deux ou trois tours pendant qu'on l'observe. En tournant autour de cet axe horizontal, il est donc tour à tour ascendant et descendant. Pour le suivre dans son mouvement ascendant, il faut imprimer à l'objectif un léger mouvement d'élévation et un mouvement contraire lorsqu'il descend (2). Dans ces conditions, on le voit très nettement monter et descendre. Au moment où il arrive à son point culminant, il se montre dans sa plus grande évidence; car rien alors ne tend à le dérober à la vue. Lorsqu'il répond à la partie inférieure du globule, on le distingue encore très bien, mais avec un peu moins de netteté cependant, parce qu'on le voit alors à travers toute l'épaisseur du protoplasma.
Je considère donc la situation périphérique du noyau comme un fait bien et déiinitivement acquis à la science. Il nous reste à déterminer ses rapports avec l'enveloppe, son mode de conformation et sa structure.
(1) Voy. mes Études sur l'appareil mucipare et le système lymphatique des poissons, p. 40 et 41, pi. YII, fig. 4, 5, G, 7, 8.
(1) Voy. les planches I, fig. IJ, et II, fig. 10.
Quant à ses rapports avec l'enveloppe, on pourrait penser qu'il est simplement appliqué à sa face profonde, et situé par conséquent entre elle et le protoplasma. Mais il semblerait alors se continuer avec celui-ci, et l'observation nous montre qu'il en est très distinct et tout à fait indépendant. Il n'aurait pas de situation bien fixe ; et elle nous démontre aussi qu'il est solidement immobilisé dans sa position. Il lui serait difficile de sortir du globule, et nous verrons qu'il en sort facilement, soit en masse, soit à l'état de segment ou de globulins.
Ces objections me conduisent à admettre qu'il est situé dans l'épaisseur même de l'enveloppe. Celle-ci se compose, en réalité, de deux parties bien différentes : d'une partie mince, amorphe et transparente, beaucoup plus étendue, c'est l'enveloppe proprement dite ; et d'une partie plus épaisse de couleur sombre, de structure granuleuse, c'est le noyau. La première ou partie membraneuse est destinée à contenir le protoplasma; la seconde ou partie granuleuse est le point de départ de noyaux secondaires ou fjlobidins qui, en se développant, formeront d'autres globules, d'où le nom de globulofjène sous lequel je la désignerai. L'enveloppe joue le rôled'organe protecteur. Le globulogène préside à la formation et à la multiplication des éléments figurés du sang. Ce simple énoncé atteste son extrême importance et' justifie les longs développements que j'ai cru devoir consacrer à son étude.
Considéré dans sa conformation, le globulogène est aplati, mince et circulaire. Son diamètre représente le tiers, la moitié ou les trois quarts de celui du globule. Sa face externe ou superficielle est unie et convexe ; elle ne dépasse pas le niveau de l'enveloppe. Sa face interne est unie aussi, niais légèrement concave. En les examinant à un grossissement de 400 diamètres pendant le déplacement du noyau, on constate très bien la différence de configuration de ces deux faces. Le contour est, en général, circulaire, quelquefois irrégulièrement polygonal. Rien ne le distingue de l'enveloppe avec laquelle il paraît se continuer. Cette enveloppe s'arrête-t-elle, en effet, sur les limites du globulogène? ou bien se prolonge-t-elle sur ses deux faces pour l'embrasser dans son dédoublement? Cette dernière opinion est la plus probable; car nous verrons plus loin que le globulogène, sous l'influence de certains poisons, tels que l'eau chloroformée, le curare et l'acide cyanhydrique, se détache en masse du globule, sans que l'enveloppe présente aucune solution de continuité; une mince lamelle recouvre donc sa face externe, et il la
traverse par voie de cliapédèse (i). Une lamelle semblable et plus mince encore revêt sa face interne. Toutes deux lui adhèrent d'une manière si
intime, qu'elles semblent en faire partie.
La structure du globulogène rappelle celle du protoplasma. Comme celuici, il est composé de granulations assez volumineuses, qu'un léger intervalle sépare les unes des autres. L'acide acétique, loin de les dissoudre et de les pâlir, comme il dissout et pâlit celles du protoplasma, leur donne, au contraire, une couleur plus sombre, en sorte que le noyau se voit avec une grande netteté, même a travers le contenu des globules. Cette action inverse du réactif sur les deux ordres de granulations nous enseigne qu'elles ne sont pas de même nature, et vient confirmer en quelque sorte la différence si grande que nous avons constatée dans leurs attributions.
Des faits et considérations qui précèdent nous pouvons conclure que les globules blancs, chez les invertébrés, sont formés de trois parties ou de trois éléments : l'enveloppe, le protoplasma et le noyau ou globulogène. Voyons si ces trois éléments se retrouvent chez les vertébrés , et s'ils affectent la même disposition relative.
B. — Constitution des globules blancs chez les vertébrés. .
Chez les vertébrés, les globules blancs se divisent en deux ordres : ceux qui sont contenus dans le système lymphatique et ceux qui occupent le système vasculaire sanguin. Mais, qu'ils flottent dans le plasma de la lymphe ou dans le plasma du sang, les uns et les autres présentent la même constitution. Envisagés sous ce point de vue, nous pouvons donc les rapprocher pour en faire un seul et même groupe. Ils sont composés aussi de trois éléments; et ceux-ci affectent la même disposition que chez les invertébrés. J'ai pu reconnaître cette identité de structure chez les poissons, chez les batraciens, chez les reptiles et chez tous les oiseaux sur lesquels ont porté mes recherches. Je l'ai constatée aussi chez tous les mammifères qu'il m'a été donné d'observer, et chez l'homme, chez le fœtus comme chez l'adulte.
Les globules blancs, dans tout ce grand embranchement des vertébrés, diffèrent, notablement comme chez les animaux sans vertèbres, de nombre,
(1) PI. IV, fig. li, etpl. V, fig. 10.
de dimensions et d'aspect, selon la classe, le genre ou Tespèce chez lesquels on les observe. Mais leur enveloppe se montre constamment avec les mêmes attributs. Leur protoplasma aussi offre tantôt une couleur sombre et tantôt une couleur claire: dans le premier cas, il est formé de grosses granulations vésiculeuses qui remplissent en partie ou en totalité la cavité de l'eaveloppe; dans le second, il se compose de granulations fmes. L'acide acétique se comporte à l'égard de ces globules comme chez les invertébrés.
Le noyau ou globulogône, selon l'opinion unanime des auteurs, occupe le centre des globules ou s'en trouve plus ou moins rapproché. Je me vois contraint de répéter que cette opinion est fondée sur une simple apparence. En l'observant dans les conditions que j'ai fait connaître, on peut toujours constater avec certitude qu'il répond à la périphérie des globules. Ainsi, non seulement les globales blancs des vertébrés sont composés des trois mêmes éléments qu'on rencontre chez les animaux sans vertèbres; mais ces trois éléments, chez eux, nous offrent aussi la même situation relative, les mêmes proportions , la même structure, les mêmes propriétés. Concluons donc que leur constitution est réellement identique dans toute la série animale.
§ 2. — Constitution générale des globules rouges.
Chez les invertébrés, les globules rouges font défaut, mais on les observe chez tous les vertébrés. Leur structure, d'après l'opinion universellement adoptée, diffère selon que l'on considère les animaux ovipares désignés par M. Milne Edwards sous le terme générique d'anallantoïdiens, ou les vivipares, appelés par opposition aux précédents allantoïdiens. Chez les premiers, qui comprennent les poissons, les batraciens, les reptiles et les oiseaux, ils seraient formés, comme les globules blancs, de trois parties : l'enveloppe, le protoplasma et le noyau. Chez les seconds, c'est-à-dire chez les mammifères et chez l'homme, ils seraient homogènes.
Envisagés dans leur constitution, les globules rouges diffèrent-ils, en èfïet, selon que l'on considère les vertébrés supérieurs ou les vertébrés inférieurs? Mes recherches m'obligent à déclarer qu'elle ne l'est pas, et dussé-je, sur ce point encore, soulever contre moi tout un flot de contradictions, j'ose dire que les globules rouges des mammifères ne sont pas homogènes. Ceux des ovipares se
composent de trois éléments; ceux des vivipares se composent de trois éléments aussi. Ces trois éléments, chez les ovipares, rappellent ceux que nous avons rencontrés dans les globules blancs; nous verrons que ces mêmes éléments, chez les vivipares, les rappellent également. La constitution des uns est donc semblable à celle des autres. La nature, en les créant, n'a pas modifié ses procédés; elle les a, au contraire, très fidèlement conservés et appliqués en remontant tous les échelons de la série animale. Seulement, chez les vertébrés inférieurs, elle les a laissés entrevoir; chez les vertébrés supérieurs, elle les a mieux cachés à nos regaids; mais à l'aide d'une analyse plus pénétrante, on les retrouve et l'on parvient à les mettre ainsi en pleine évidence.
Dans cette étude, nous procéderons du connu à l'inconnu. Je décrirai d'abord les trois éléments des globules rouges chez les ovipares, où ils sont plus apparents; nous les étudierons ensuite chez les vivipares dans lesquels ils se montrent avec la même netteté sous l'action des réactifs qui leur sont applicables, et qui seront mentionnés plus loin.
A. — Constitution des globules ronges chez les anallantoïdiens ou ovipares.
Dans les quatre classes qui composent l'embranchement des anallantoïdiens ou ovipares, les globules rouges présentent le même mode de conformation et la même constitution; ce premier groupe, que je désignerai aussi quelquefois sous le nom de vertébrés inférieurs ^ est donc très naturel. Dans cet embranchement, les globules rouges sont volumineux, aplatis et de figure elliptique. Mais cette forme n'a rien de fixe ; elle est, au contraire, extrêmement variable : elle varie pendant la vie; elle varie après la mort; elle varie sous l'influence des réactifs. Lorsqu'on observe les globules vivants, c'est-à-dire pendant qu'ils circulent, on voit qu'ils s'allongent et s'effilent d'autant plus que leur mouvement est plus rapide; ils sont alors fusiformes pour la plupart. Si la circulation se ralentit, ils se placent en travers des vaisseaux, se disposent en pile et prennentuncontour presque circulaire. S'ils rencontrent un éperon, ils se mettent à cheval sur la saillie qui les arrête et affectent, dans cette attitude, la configuration d'une besace. S'ils adhèrent aux parois des capillaires par une de leurs extrémités, ils deviennent piriformes. — Au moment où ils sortent des vaisseaux, leur grand axe se raccourcit, et leurs deux extrémités se montrent plus arrondies.— Soumis à l'action des réactifs, ils se raccourcissent plus encore, en
sorte qu'ils passent assez fréquemment de la forme elliptique à la forme circulaire, mais restent aplatis. Quelquefois, cependant, ils se renflent au point de prendre la forme sphérique des globules blancs. En résumant toutes ces variétés, on peut dire qu'ils ofl^rent une forme d'autant plus allongée qu'ils sont plus vivants, et un contour d'autant plus circulaire que leur mort est plus complète.
Les trois éléments qui les composent sont représentés, comme dans les globules blancs, par une enveloppe, un protoplasma et un noyau.
L'enveloppe ne difl'ère de celle des globules blancs que par la forme elliptique de la cavité qu'elle circonscrit. Elle est amorphe, très mince et transparente aussi. Les réactifs qui ont pour eflet de produire la rétraction du protoplasma l'isolent en partie ou totalement et la mettent ainsi très bien en évidence. Appliquée de toutes parts sur ce protoplasma, elle le protège en lui conservant sa forme. Mais sa propriété la plus remarquable est sa grande perméabilité, qui facilite les échanges entre les divers tissus de l'organisme et le contenu des globules.
Le protoplasma est le siège essentiel de l'hématose, et aussi le siège principal des phénomènes nutritifs, puisqu'il représente le point de départ de la plupart des molécules assimilables destinées à réparer les pertes de l'organisme. Vu au microscope, il ofl're une teinte jaunâtre ou jaune paille dont l'intensité varie selon les espèces animales. Sa consistance peut être comparée à celle d'une pulpe. Lorsqu'on l'observe attentivement, sans le soumettre à l'action d'aucun réactif, il paraît homogène. Si on le soumet à l'action des réactifs généralement connus, il reste encore homogène. Aussi, tous les auteurs sontils d'accord pour considérer cette homogénéité comme un fait incontestable. J'ai dit plus haut que je la contestais cependant; le moment est donc venu de démontrer qu'elle doit être rangée au nombre des illusions ou plutôt au nombre des erreurs de la science.
Lorsqu'on môle à une goutte de sang d'ovipare une goutte d'un réactif composé de bichromate de potasse, de sulfate de soude, d'acide acétique et d'une proportion déterminée d'eau distillée, on voit instantanément apparaître les granulations du protoplasma (1). Ces granulations sont nombreuses, serrées,
(1) La composition de ce réactif varie un peu selon les espèces animales. Pour la formule applicable à chaque espèce, voyez la description particulière des globules rouges des poissons, des batraciens, des reptiles et des oiseaux.
et entassées les unes sur les autres comme des grains de millet dans un sac. Ellesremplissent toute la cavité des globules. Chacune d'elles présente une couleur jaune due à l'hémoglobine dont elle est pénétrée.Mais si l'on traite les mômes globules par un autre réactif composé seulement de sulfate de soude et d'acide acétique, l'hémoglobine est précipitée ; elle s'échappe de toutes parts à travers les parois de l'enveloppe, sous forme d'une fine poussière de couleur bistre, et les granulations réduites à leur substance propre, de nature albumineuse, ne difFèrent pas alors de celles qui forment le protoplasma des globules blancs.
En étudiant la constitution des globules rouges des ovipares en particulier, j'aurai soin de décrire les procédés qui la mettent en complète évidence dans chaque ordre, chaque tribu, et même chaque genre. Ici, il me suffira d'avoir résumé tous ces faits isolés dans une formule générale. J'ajoute que ce fait général ne rencontre aucune exception. En appliquant fidèlement les procédés qui seront indiqués plus loin, on verra toujours le protoplasma de ces globules perdre aussitôt son apparente homogénéité pour prendre l'aspect d'une petite masse granuleuse. La constance de ce résultai, la facilité, la rapidité avec lesquelles on l'obtient, ne sauraient être attribuées aux réactifs; car les produits fabriqués de toutes pièces, ainsi que je l'ai fait remarquer déjà, n'offrent pas ce caractère de fixité et cette similitude parfaite lorsqu'on opère chez des animaux d'or'ganisations si diverses. Le réactif, ici, n'a fait que remettre en lumière les granulations des globules blancs qui semblaient avoir disparu sous l'influence de l'hématose, mais qui existaient encore à l'état latent. L'hémoglobine, en les pénétrant, les avait dissimulées; le réactif, en se substituant à l'hémoglobine, les ramène à leur état primitif.
Le noyau des globules rouges chez les vertébrés inférieurs est manifeste ; il a été vu par tous les observateurs, et son existence, depuis longtemps déjà, n'est plus en discussion. Mais quelle est sa situation exacte? L'opinion générale le place au centre des globules. Pour moi, il répond à leur périphérie. La controverse que j'ai soulevée à propos du noyau des globules blancs se reproduit donc ici, et avec les mêmes arguments de part et d'autre. Les auteurs, en lui assignant pour siège le centre des globules, se fondent sur les apparences; et certes les apparences, en effet, plaident éloquemment en faveur de cette opinion. Que de longues études m'ont été nécessaires pour me soustraire au mirage d'une illusion qui a trompé tant de regards pénétrants! et combien de
fois, après l'avoir reconnue, ne snis-je pas retombé sous son empire ! Si j'avais limité le champ de mes investigations aux globules rouges, nul doute que j'aurais subi aussi la fascination dont tous les obsen ateurs ont été victimes ; mais heureusement j'avais pour guide un fait qui leur manquait. Préparé, par mes recherches sur les globules blancs, à bien observer les globules rouges, j'ai pu les mieux observer, en effet, que mes prédécesseurs, et je suis ainsi panenu à Yoir leur noyau, non à la place qu'il semble occuper, mais à celle qu'il occupe réellement.
C'est sur la lamproie que je constatais pour la première fois la situation périphérique du noyau. Chez ce poisson les globules rouges sont sphériques, en sorte qu'ils tournent très facilement autour de leurs divers axes. Leur noyau est petit, sphéri({ue aussi, et très apparent; ils se prêtent donc à la constatation du fait que je viens de signaler. Je croyais encore à cette époque, avec tous les anatomistes, que le noyau occupait le centre des globules, et je ne songeais même pas à vérifier ce fait, tant j'étais convaincu de son exactitude, lors4^ue mes regards tombèrent sur un globule qui flottait dans le liquide de la prq)aration ; je remarquais que son noyau, loin de tourner sur luimême, comme il l'eut fait s'il avait occupé le centre du globule, tomnait autour de ce centre dont le séparait toute la longueur d'un rayon. Laissant ce premier globule qui ne pouvait plus rien m'apprendre,j'en cherchai un second, puis un troisième tournant lentement aussi; et je vis avec la même netteté leur noyau décrire un mouvement semblable de circumduction et rester toujours périphérique. Pour la lamproie, cette situation périphérique était donc certaine. Mais chez ce poisson, les globules rouges nous offrent un mode de conformation exceptionnel ; la situation de leur noyau pouvait être exceptionnelle aussi.
Il importait d'ailleurs, pour reconnaître la généralité du fait en question, d'examiner au même point de vue les globules rouges des autres poissons, puis ceux des batraciens, des reptiles et des oiseaux. En conséquence, je poursui\TS cette étude sur toute la série des ovipares et j'eus la satisfaction de retrouver chez tous la même disposition. Chez tous j'ai pu voir bien souvent le noyau tourner circulairement autour du point central des globules. Le procédé à suixTe dans cette étude est celui que j'ai déjà signalé à propos de la situation, périphérique aussi du noyau des globules blancs.
Si nous comparons maintenant ces globules blancs aux globules rouges
des vertébrés inférieurs, nous reconnaîtrons qu'ils sont constitués les uns et les autres sur le même type; car ils se composent des trois mêmes éléments, et ces trois éléments affectent une disposition relative semblable. L'enveloppe des globules rouges répète celle des globules blancs; le protoplasma des premiers est granuleux comme celui du second, et leur noyau dans les deux ordres de globules est périphériquement situé. Pour compléter le tableau de cette remarquable analogie de constitution, il me suffira d'ajouter que ce noyau dans les globules rouges offre exactement la conformation et la structure que nous avons rencontrées dans celui des globules blancs. Il est aplati et limité aussi par un contour très accusé, elliptique ou circulaire, il est également composé de granulations très manifestes.
Après avoir pris une connaissance générale de la constitution des globules rouges dans les vertébrés inférieurs, abordons un problème plus difficile, et voyons comment ces mômes globules sont constitués ches les vertébrés qui occupent une place plus élevée sur l'échelle zoologique.
B. — Constitution des globules rouges chez les allantouliens ou vivipares.
Chez les allantoïdiens ou vertébrés supérieurs, c'est-à-dire chez les mammifères et chez l'homme, les globules rouges sont beaucoup plus petits, aplatis aussi, mais circulaires et biconcaves. Leur couleur est d'un rouge plus vif. Cependant lorsqu'on les voit au microscope, elle prend une teinte jaune qui diffère très peu de celle que nous ont présentée les globules rouges des ovipares. Leur aspect est homogène en apparence; on n'y découvre aucune trace d'enveloppe, et aucune trace de noyau, même en faisant appel aux réactifs connus. Ils sembleraient donc différer essentiellement de ceux des vertébrés inférieurs; aussi tous les histologistes sont-ils d'accord pour en faire une classe à part. J'ai dit précédemment et je n'hésite pas à affirmer de nouveau que leur prétendue homogénéité n'est qu'apparente. L'analyse nous montre qu'ils sont formés aussi de trois éléments dont l'existence est constante, et dont la disposition est à peu près identique à celle que nous avons rencontrée chez les poissons, les reptiles et les oiseaux. Les réactifs qui isolent ces trois éléments, et qui permettent de les observer dans leurs moindres détails, sont ceux qui nous ont déjà servi pour l'étude de ces mêmes éléments chez les animaux précédents. Le lecteur en trouvera la formule complète et
très détaillée dans la description propre à chacun des principaux ordres de mammifères (1). Pour le moment, je me bornerai à exposer, en termes généraux, les résultats qu'ils donnent. Or, ces résultats nous prouvent que les globules rouges, chez les vertébrés supérieurs, sont constitués comme chez les vertébrés inférieurs. Ils comprennent également, dans leur composition, une enveloppe, un protoplasma et un noyau.
L'enveloppe dont l'existence a été pressentie plutôt que démontrée par quelques auteurs, et théoriquement admise par d'autres, ne diffère ni de celle des globules rouges des ovipares, ni de celle des globules blancs. Une extrême minceur, une parfaite transparence, sa nature amorphe et sa grande perméabilité sont aussi les attributs qui la distinguent. C'est en la pénétrant que les réactifs vont agir sur le noyau et le protoplasma pour soulever le voile qui les dérobait à nos regards. C'est en la traversant que l'oxygène vient s'unir aux granulations dont ils sont formés l'un et l'autre, pour reconstituer leur hémoglobine, modifiée et contre-minée sans cesse par la nutrition. Sa surface externe, parfaitement lisse, possède la propriété de s'unir par voix de contiguïté à celle des globules voisins, d'où la remarquable tendance de ces globules à se disposer en piles comme des pièces de monnaie, piles souvent très longues, qui semblent se briser sous l'effort du mouvement qu'on leur imprime, et qui se dispersent alors dans le liquide de la préparation en fragments d'inégale étendue. Sa surface interne adhère au protoplasma; elle s'en sépare lorsque celui-ci se retracte, ce qui permet de voir qu'elle est lisse et unie comme la précédente. Les deux faces de chaque globule étant concaves, la cavité circonscrite par l'enveloppe se trouve rétrécie au centre du disque, et un peu plus large sur sa circonférence.
Le protoplasma, qui prend une part si importante à la formation des globules rouges chez les ovipares, n'en prend qu'une très minime à la composition de ces mêmes globules chez les vertébrés supérieurs. Chez ceux-ci, la cavité des globules est presque entièrement remplie par le noyau qui présente un volume considérable. Les proportions relatives du protoplasma et du noyau sont inverses, selon qu'on les considère chez les ovipares ou chez les mammifères : protoplasma très développé, noyau très petit, tel est le trait caractéristique de la constitution des globules rouges chez les vertébrés inférieurs ; protoplasma
(1) Voy. les planches X, fig. 5, U et 18; XI, fig. 5, 12, 17 et 21 ; XII, fig. i, M et \(S\ XIII, fig. 5.
très réduit, noyau énorme, tel est le caractère distinctif de leur constitution chez les vertébrés supérieurs. C'est cette différence si prononcée qui a fait méconnaître jusqu'ici l'analogie de constitution des globules rouges dans les deux classes, et qui a retardé si longtemps sur ce point les progrès de la science. Plus le protoplasma se développe, et plus aussi les trois parties constituantes du globule sont faciles à reconnaître; c'est pourquoi l'observation a d'abord révélé leur existence chez les ovipares. Plus le protoplasma s'atrophie, et plus, au contraire, ces trois parties semblent se confondre; c'est leur apparente fusion qui a fait croire à l'homogénéité des globules rouges chez les mammifères-
Chez tous les animaux de cette classe, le protoplasma, comme comprimé entre le noyau qui fait saillie dans la cavité du globule et l'enveloppe qui le recouvre, se transforme en une simple couche sphérique, si pâle et si mince, qu'on éprouve d'abord quelque difficulté à le distinguer lorsqu'on ne l'a pas encore observé. Mais, après l'avoir bien vu, on le retrouve sans peine dans les autres globules. Cette mince couche se présente sous la forme d'une sphère creuse, qui reste ouverte au niveau du point par lequel le noyau se continue avec l'enveloppe. Elle offre par conséquent deux faces. Sa face externe ou convexe répond à l'enveloppe et ne lui adhère que faiblement; car lorsque le protoplasma se rétracte, elle s'en détache sur toute son étendue. Sa face interne ou concave s'applique au noyau qu'elle entoure complètement; elle lui adhère plus solidement qu'à l'enveloppe, et l'accompagne toujours dans son retrait. Elle s'en distingue, du reste, très bien par sa coloration plus pâle. Son ouverture entoure le pédicule qui unit le noyau à l'enveloppe.
La structure de ce protoplasma est granuleuse ; mais les granulations qui le composent diffèrent très sensiblement de celles du noyau ; elles sont plus fines, d'un volume plus égal, et semblent jouer cependant, dans l'hématose, le même rôle que ces dernières.
Le noyau, avant toute réaction, est aplati et biconcave comme la cavité qu'il remplit. Mais après l'emploi des réactifs destinés à le mettre en évidence, les globules rouges n'offrent plus leur forme normale; ils deviennent alors sphériques; le noyau revêt le même mode de configuration et se rétracte. Si la réaction a été très modérée, le noyau se rétracte peu et conserve tout son volume. Si elle est plus énergique ou plus prolongée, il se rétracte davantage, devient plus petit par conséquent, et l'intervalle qui le sépare de l'enve-
loppe augmente en raison directe de son retrait (i). Il peut ainsi diminuer de volume de plus en plus, au point de disparaître en totalité.
Le mécanisme suivant lequel s'opère l'amoindrissement progressif du noyau est fort simple; les granulations dont il est composé s'échappent une à une par le centre de son pédicule, en sorte que, pendant toute la durée de son rapetissement, on voit sur ce point une sorte de fusée pulvérulente, qui part du globule en se contournant en spirale. C'est cette effusion de sa substance propre qui vient nous révéler son existence en lui permettant de s'isoler de l'enveloppe. Lorsqu'elle se prolonge, on comprend sans peine qu'elle aura pour terme sa disparition complète, et même celle du protoplasma qui l'accompagne dans son retrait. Comment s'opère cet égrénement de la substance propre du noyau? Ses granulations Irouvent-elles sur le point d'insertion de son pédicule un orifice imperceptible qui lui livre passage? ou bien passent-elles au travers de la mince pellicule résultant du dédoublement de l'enveloppe? Cette dernière opinion mesemble la plus admissible; caraprès la disparition totale du contenu des globules, l'enveloppe reste intacte. Quelle que soit l'opinion qu'on adopte, deux faits sont incontestables : d'une part, le noyau et le protoplasma sortent molécule par molécule de la cavité des globules ; et de l'autre, cette cavité, après leur disparition totale, n'offre aucune solution de continuité.
Le noyau adhère étroitement, par sa périphérie, au protoplasma et se continue par une très minime partie de celle-ci avec l'enveloppe. Au niveau de cette continuité, on remarque donc une sorte d'étranglement circulaire ou de court pédicule qu'embrasse la partie correspondante du protoplasma. Il se compose de granulations arrondies, d'égal volume, d'autant plus apparentes qu'il remplit plus complètement la cavité des globules, et de moins en moins manifeste à mesure qu'il se retracte et s'amoindrit.
C. — Parallèle des globules rouges des allantoïdiens et anallantoïdiens .
Les principaux traits de ce parallèle se trouvent déjà implicitement énoncés dans la description que j'ai faite des globules elliptiques et des globules circulaires ou discoïdes. Mais on a tracé entre ces deux sortes de globules une ligne de démarcation si tranchée, et ils offrent, au contraire, une si
(1) Voy. les figures 5 et 1 i de la planche X, et les figures 5, 12 et 17 de la planche XI.
étroite parenté qu'il importe de les mettre en présence pour résumer sous une forme plus saisissante les caractères qui les distinguent et ceux qui les rapprochent.
Les caractères qui les distinguent portent uniquement sur leur nombre, sur leur volume, sur leur forme, en un mot sur leur conformation extérieure. Chez les ovipares, ils sont moins nombreux, plus gros, aplatis et de figure elliptique; chez les mammifères, ils sont incomparablement plus multipHéS; beaucoup plus petits, aplatis aussi, biconcaves et circulaires. Ces différences suffisent' elles pour nous autoriser à les diviser en deux ordres? Non, car nous avons vu que pendant la vie, et dans la cavité même des capillaires, leur forme se modifie selon que la circulation est plus rapide ou plus lente ; ils s'allongent dans le premier cas, se raccourcissent dans le second. Après la mort, les globules elliptiques, sous l'influence d'une foule de réactifs, passent presque immédiatement de la forme allongée à la forme arrondie. Ce caractère distinctif bien que réel n'offre donc qu'une faible importance. Quant au nombre et au volume, ils sont plus impuissants encore à justifier la ligne de démarcation établie entre les deux ordres de globules.
Les caractères qui rapprochent les deux ordres de globules portent, sur leur constitution intime et méritent une tout autre considération. Chez les vertébrés supérieurs comme chez les inférieurs, ils sont formés de trois parties : l'enveloppe, le protoplasma, le noyau. Chez les uns et les autres, l'enveloppe présente une disposition et des propriétés absolument semblables : dans les deux classes, le protoplasma est sous-jacent à l'enveloppe; dans toutes les deux, le noyau est situé dans un dédoublement de celle-ci. Chez les premiers comme chez les seconds, le protoplasma et le noyau sont granuleux et paraissent menie uniquement composés de granulations. Que faut-il de plus pour démontrer leur grande analogie, leur similitude, leur presque identité? Comment admettre, en présence de tant de traits communs, une différence de nature? Reconnaissons donc que les globules rouges des mammifères sont constitués comme ceux des ovipares.
A côté de ces faits principaux qui attestent l'étroite parenté des globules rouges chez les allantoïdiens et les anallantoïdiens, s'en placent quelques autres d'une moindre importance, qui les distinguent et sur lesquels je dois aussi m'arrêter un instant. Chez les mammifères, le protoplasma est réduit à .ses plus minimes dimensions, et le noyau atteint son plus grand développe-
ment. Chez les ovipares, c'est le protoplasma, au contraire, qui à lui seul constitue la presque totalité des globules; le noyau ne prend à leur formation qu'une part accessoire. Ce renversement de leurs proportions relatives, en s'ajoutant aux différences qui dérivent de leur conformation extérieure, complète le tableau de leurs traits distinctifs. Il entraîne une différence correspondante dans les attributions physiologiques de ces deux éléments.
Chez les ovipares, le protoplasma est le siège essentiel de l'hémaiose ; c'est lui aussi qui préside à la distribution des sucs réparateurs; et s'il est comparativement si volumineux, c'est sans doute parce que les globules dans cette classe sont moins nombreux; le volume ici compense l'infériorité du nombre. Dans les mammifères, c'est le noyau qui joue le rôle principal au double point de vue de l'oxygénation et de la nutrition, et cette différence devient pour eux un avantage ; car les globules rouges ont des relations d'autant plus intimes avec les autres éléments de l'organisme qu'ils sont moins volumineux et plus nombreux; ces globules chez eux étant multipliés à l'infini, les principes assimilables qu'ils sont chargés de répartir sont mieux disséminés et plus accessibles, par conséquent, à chaque molécule organique; l'hématose est plus facile, plus rapide, plus énergique; l'assimilation mieux assurée, plus complète, plus parfaite, en un mot. De là une plus grande expansion dans tous les phénomènes qui relèvent de la vie ; de là aussi leur plus grand développement et tout cet ensemble de privilèges qui, en s'ajoutant aux perfectionnements de leur système nerveux, les placent au sommet de l'échelle animale.
Nous pouvons donc terminer ce parallèle en concluant que les globules rouges se ressemblent dans tous les vertébrés par les points essentiels de leur constitution, qu'ils diffèrent seulement par quelques traits d'une importance secondaire, que ces différences réalisent en faveur des vertébrés supérieurs un perfectionnement dont le but est de mettre les principes assimilables en relations plus intimes avec les organes; mais ces globules, néanmoins, restent invariablement soumis chez tous à l'empire d'une loi commune, runilé de composition.
D. — Parallèle des globules rouges et des globules blancs.
Nous savons de quels éléments sont formés ces deux ordres de globules; il nous sera donc facile de les comparer. Ces éléments pour les globules rouges sont au nombre de trois; dans les globules blancs ils se montrent en nombre
é^^al. Une enveloppe, un proloplasma, un noyau, tels ces trois éléments pour les premiers, et tels aussi ils sont pour les seconds.
L'enveloppe diffère-t-elle selon qu'on la considère chez les uns ou chez les autres? Non; elle ne diffère pas; et cette similitude est un premier lien qui tend à les rapprocher pour en faire autant de membres de la môme famille.
Le protoplasma des globules blancs est granuleux; celui des globules rouges l'est également. Les granulations, il est vrai, semblent avoir disparu chez ceux-ci; mais leur disparition n'est qu'apparente; elles existent à l'état latent, et les réactifs les remettent en pleine lumièi*^. Par la nature de leur contenu, les deux ordres de globules se rapprochent donc aussi. Le protoplasma est un second lien qui vient confirmer leur parenté.
Reste le noyau. Or, dans tous les éléments figurés du sang, quelle que soit leur couleur, il est en connexion intime avec l'enveloppe; dans tous il est arrondi; dans tous il est granuleux. De là autant de traits communs qui témoignent également en faveur de l'extrême analogie de leur constitution. On ne saurait donc nier qu'ils se composent des mêmes éléments; que la disposition relative de ces éléments est la même aussi de part et d'autre; qu'ils sont constitués, en un mot, sur le même type.
Entre ces deux ordres de globules, les histologistes cependant n'ont aperçu jusqu'ici que des différences. Oui, sans doute, ils diffèrent à quelques égards ; il est parfaitement vrai que les globules rouges chez les vertébrés supérieurs sont plus petits que les blancs, qu'ils sont infiniment plus nombreux, qu'ils sont aplatis et non sphériques. Mais ces différences méritent-elles qu'on leur attache une si grande importance? Que prouvent-elles lorsqu'on les envisage dans leur constitution même? N'avons-nous pas vu, d'ailleurs, qu'on retrouve des différences semblables entre les globules rouges des ovipares et ceux des mammifères ? Et néanmoins, nous avons dû conclure que, considérés en eux-mêmes, ils se rapprochent tellement par leur nature intime, qu'il n'y a pas lieu d'en faire deux ordres. Cette conclusion est celle aussi qui s'impose à nous lorsque nous comparons les globules blancs et les globules rouges. Leurs différences ne relèvent que de considérations secondaires. Leur analogie repose sur l'identité de leur composition.
Une telle similitude de constitution semble nous annoncer que les globules blancs et rouges ont probablement aussi la même origine et le même mode d'évolution. Or, l'observation va nous montrer en effet qu'ils se rapprochent
encore par les liens les plus étroits sous ce double point de vue. Car ils ont tous pour point de départ les globulins; et leur évolution comprend deux périodes: les globules blancs représentent la première; les globules rouges représentent la seconde. Pour compléter leur description, nous allons donc les prendre à leur naissance et les poursuivre dans leur développement.
ARTICLE II
Les éléments figurés du sang ont pour commune origine des corpuscules d'une extrême petitesse, que Donné Fun des premiers a signalés, et que je désignerai avec cet auteur sous le nom de globulins.
Comment sont constitués les globulins et dans quels organes prennent-ils naissance? Telles sont les deux principales questions qui se rattachent à leur étude.
§ I. — Nature des globulins.
La définition que donnent les auteurs de ces globulins et de leur nature est extrêmement vague. N'ayant des globules blancs qu'une notion incomplète, ils ont parlé en termes plus obscurs encore des globulins. Mes recherches me permettront d'être plus explicite. Les globulins sont de simples globules blancs embryonnaires, dont le diamètre varie de 1 à 4 jul. Ils sont essentiellement constitués par le noyau des globules blancs. Des trois éléments qui composent ceux-ci, le noyau est toujours le premier qui se montre. Lorsqu'on les examine à un fort grossissement, on n'aperçoit qu'un petit globule arrondi et granuleux. Cependant ce petit globule ou globulin n'est pas formé exclusivement par le noyau. En réalité, il représente déjà une sphère creuse, et les parois de celle-ci comprennent aussi deux parties : l'une, principale, qui est le noyau, Fautre, accessoire, qui est l'enveloppe. Seulement le noyau, dans la période embryonnaire des globules, circonscrit la presque totalité de leur cavité ; l'enveloppe ou partie hyaline n'en représente que le quart ou le cinquième et n'est pas encore apparente ; qu'on observe le globulin par tel ou tel point de sa périphérie, c'est toujours sa partie granuleuse seule qu'on aperçoit.
Mais à mesure que le globulin s'accroît, sa partie hyaline ou membraneuse
26 CARACTÈRES GÉxNÉRAUX DES ELEMENTS FIGURES.
se développe, tandis que le noyau conserve à peu près son volume primitif. Plus ses dimensions augmentent, et plus aussi Tenveloppe s'étend en surface. Elle ne tarde donc pas à se montrer à son tour. Au début de son apparition elle fait saillie sur un point de la circonférence du noyau, comme un arc qui le déborde. Cet arc, qui ne répond d'abord qu'à une minime partie de son contour, ne tarde pas à former le tiers de la périphérie du globulin, puis la moitié de celle-ci, puis les trois quarts; et enfin le noyau finit, en apparence, par en occuper le centre. Le globulin passe alors à l'état de globule, et son diamètre atteint de 4 à 5 fx. Parvenu à ce degré de développement, on peut remarquer dans sa cavité les premières traces du protoplasma qui forme son troisième élément.
Telle est la constitution des globulins. On voit qu'elle diffère à peine de celle des globules qui ont acquis leurs dimensions définitives. Dans ceux-ci, le noyau est un élément accessoire; dans les globulins, c'est l'élément principal. Dans les globules adultes, l'enveloppe et le protoplasma atteignent des dimensions prédominantes; dans les globulins, l'un et l'autre sont si minimes, qu'ils restent au début tout à fait invisibles.
L'ordre dans lequel naissent les trois éléments des globulins n'est pas un fait isolé que nous puissions regarder comme exceptionnel. Il se relie à un fait crénéral bien connu. Parmi les parties constituantes de nos divers organes, c'est toujours la plus essentielle qui apparaît la première. Dans les testicules, ce sont les tubes sécréteurs qui se montrent d'abord; dans l'ovaire ce sont les vésicules qui contiennent l'ovule ; dans le système nerveux, ce sont les cellules et les tubes; dans les glandes vasculaires sanguines, ce sont les follicules clos que remplissent des globules blancs embryonnaires. Or, le noyau est la partie la plus importante des globules blancs ; car nous verrons plus loin qu'il a pour attribution principale de se segmenter pour donner naissance aux globulins; il joue donc le rôle d'organe générateur ; il préside à la multiplication des éléments figurés. Sa précoce évolution dès lors ne saurait nous surprendre; elle est conforme à la loi que s'impose la nature dans toutes ses créations, puisqu'elle débute constamment par l'ébauche des parties fondamentales.
Mais il ne suffit pas d'avancer que telle est bien réellement la constitution des globulins, et que telle est aussi leur évolution. Il importe de mettre ces deux faits hors de doute. Or, les preuves abondent. Nous les demanderons à l'anatomie pathologique. Une foule d'organes, en effet, contiennent des
globules blancs embryonnaires; ces organes deviennent assez souvent le siège d'hypertrophie, laquelle porte plus spécialement sur leurs globulins. Ceux-ci passent alors de la période embryonnaire à la période adulte, et en les suivant dans les diverses phases de leur accroissement on peut constater toute la série des faits précédemment exposés. Rien de plus fréquent, par exemple, que l'hypertrophie simple des amygdales et des ganglions lymphatiques. Comparez leurs globules à l'état normal et à l'état morbide. A l'état normal ces organes ne contiennent que des globules blancs à l'état d'ébauche, lesquels se présentent en quantité innombrable et couvrent tout le champ du microscope; dans cette masse de globulins, c'est à peine si on aperçoit çà et là quelques globules blancs parvenus à l'état adulte. Mais sous l'influence de l'hypertrophie ils s'accroissent rapidement, et arrivent bientôt à leurs dimensions définitives. Cependant ils ne marchent pas avec une égale vitesse vers le terme de leur complet développement; de là il suit : 1° que la plupart des globulins sont déjà des globules blancs pourvus de leurs trois éléments; 2^ que toutes les phases par lesquelles passent ceux-ci pendant leur évolution se trouvent représentées sur le champ de la préparation. L'observateur voit en quelque sorte les globules embryonnaires se transformer sous ses yeux, et la démonstration est complète (1).
§ 2. — Organes dans lesquels les globullns prennent naissance.
Les organes dans lesquels naissent les globulins sont très nombreux. C'est dans les vertébrés supérieurs qu'ils acquièrent leur plus grande importance. A mesure qu'on descend la série animale, ils diminuent de nombre et de volume. Nous nous attacherons donc à les considérer surtout chez les mammifères.
Dans cette classe, il faut ranger parmi les organes qui ont pour attribution de produire les globulins : l'aies vaisseaux et les ganglions lymphatiques; T les follicules clos de l'intestin et ceux qui reposent sur la base de la langue; B"* toutes les glandes vasculaires sanguines : la rate, le thymus, la glande thyroïde, les amygdales et plusieurs autres de moindres dimensions.
Quelques auteurs seront surpris peut-être de me voir placer les vaisseaux
(1) Voy. la pi. XV, fig. 1 et 3.
lymphatiques au nombre des organes qui renferment de simples globulins. Pour eux, ce sont de véritables globules blancs, des globules adultes qu'on trouve dans ces vaisseaux. Ils en contiennent en effet; mais ils contiennent aussi des globules embryonnaires; et ceux-ci, sur certains points, se montrent en plus grande abondance que les précédents; quelquefois ce sont les seuls qu'on rencontre. Il m'a été donné bien souvent de mettre en évidence les vaisseaux lymphatiques du tube intestinal, soit dans les villosités, soit dans l'épaisseur de la tunique celluleuse, soit à leur entrée dans le mésentère. J'ai vu très clairement les globules qui remplissaient leur cavité : ils appartenaient tous à l'ordre des globulins, et ne différaient pas de ceux qu'on observe dans les réseaux d'origine. En se rapprochant du canal thoracique, ils augmentent de volume, de telle sorte qu'ils prennent graduellement les attributs des globules adultes ; j'ai pu le constater en examinant ceux qui cheminent dans les vaisseaux afférents et efférents des ganglions inguinaux; je l'ai constaté aussi en examinant la lymphe d'un jeune cheval sur lequel M. Colin, à ma demande, avait bien voulu ouvrir l'un des gros troncs de la région cervicale. Mais avant d'atteindre les principaux troncs dans lesquels ils vont s'ouvrir, les vaisseaux lymphatiques contiennent des globules moins développés. Le fait général est donc celui-ci : dans tous les réseaux d'origine et dans les troncules qui en partent, on ne rencontre que des globulins ; dans les troncs de second ordre, on trouve un mélange de jeunes globules et de globules adultes; dans les troncs de premier ordre, ce sont ces derniers qu'on observe; mais ils sont loin cependant d'offrir un égal développement et quelques-uns très probablement n'ont pas encore acquis les dimensions qu'ils auront dans les vaisseaux
sangums.
Quant aux éléments figurés des ganglions lymphatiques, ils appartiennent bien manifestement au groupe des globulins. Ceux qui remplissent les follicules clos des glandes vasculaires sanguines sont du même ordre. Les histologistes allemands, qui ne connaissaient qu'incomplètement leur mode de constitution, les ont désignés sous le nom de cellules lymphoïdes, dénomination vague, en rapport avec les notions vagues aussi qu'ils en avaient. D'autres anatomistes les ont considérés comme des noyaux ou comme un mélange de noyaux et de cellules. Ces différentes opinions caractérisent assez bien les divers aspects sous lesquels ils se présentent au microscope. Les plus petits simulent, en effet, de simples noyaux; ceux qui sont plus développés laissent
entrevoir leur cavité et simulent des cellules. Mais, je ne puis trop le répéter, ces différences d'aspect ne correspondent pas à des différences de nature^ Dans l'un et l'autre cas leur composition intime reste la môme; dans l'un et l'autre l'observateur a sous les yeux un globule creux, composé d'une partie granuleuse et d'une partie membraneuse; si le globule est très petit, il ne voit que la première; mais s'il est plus gros, il les voit toutes les deux et distingue aussi la cavité qu'elles circonscrivent.
Tant qu'ils séjournent dans les organes au sein desquels ils ont pris naissance, les globulins conservent leurs dimensions embryonnaires. Cependant l'inflammation, l'hypertrophie, le cancer, la leucocythémie, etc., peuvent leur imprimer un accroissement rapide et parfois considérable. Mais ils ne passent, dans ces divers organes, de la première à la seconde période de leur développement que sous l'influence d'une cause morbide. Sur le terrain où ils ont pris naissance, ils ne trouvent pas les conditions favorables à leur complète évolution; c'est pourquoi leur séjour dans ces organes n'est que temporaire ; ils conservent indéfiniment les mêmes dimensions aussi longtemps qu'ils les habitent. Aussi ne tardent-ils pas à les abandonner pour aller se déverser dans le torrent de la circulation; c'est là seulement qu'ils arrivent au terme de leur accroissement; c'est là qu'ils entrent en pleine possession de leur vitalité; c'est dans le plasma sanguin qu'ils vont se reproduire, se multiplier, se transformer.
Dès que les globules blancs arrivent dans le plasma du sang, on voit, en effet, leur noyau se diviser en deux ou plusieurs segments, qui représentent autant de globulins, et qui en sortent pour grandir à leur tour et devenir le point de départ d'une seconde génération qui se comportera comme la première.
Les globulins pris à leur origine se partagent en deux classes : les uns se forment de toutes pièces dans les organes qui les produisent; ils naissent par voie de genèse^ ainsi que l'a très bien dit M. Ch. Robin (i). Les autres se forment aux dépens du noyau des globules blancs parvenus au terme de leur accroissement: ils nsiisseni parvoie de prolifération,
A ces deux modes de formation il convient d'en ajouter un troisième. Dès que le cœur commence à battre, il existe dans le sang des globules rouges
(1) Ch. Robin, Leucocytes, Dict. encyclopédique des se. méd, 2« série, t. II, p. 255.
et des globules blancs. Ces derniers se forment aux dépens des cellules primitives. Mais ils deviennent bientôt insuffisants pour mettre le nombre des éléments figurés en rapport avec les exigences d'un rapide accroissement; c'est alors qu'on voit leur noyau se segmenter. Ainsi, au début de la vie, ce sont les cellules primordiales, cellules embryoplastiques de M. Ch. Robin, qui se transforment les unes, incomparablement plus nombreuses, en globules rouges, les autres en globules blancs; et presque aussitôt ces premiers globules blancs entrent en prolifération. Un peu plus tard, d'autres globules blancs naissent par voie de genèse sur divers points de l'organisme; ensuite, et pendant toute la durée de l'existence, les globules se renouvellent par l'un et l'autre de ces deux modes.
ARTICLE III
Nous avons vu que les éléments figurés du sang sont réductibles en trois parties très différentes. Ils ne méritent donc pas le nom d'éléments sous lequel on les désigne. Leur structure, plus compliquée qu'on ne l'avait pensé, permet de les considérer comme de véritables organes. Comme tous les organes ils naissent, s'accroissent, puis s'atrophient et dépérissent ; après avoir ainsi vécu et circulé pendant un laps de temps encore indéterminé, ils finissent par disparaître, et sont alors remplacés par d'autres globules, en sorte qu'ils se renouvellent incessamment. Leur développement comprend par conséquent quatre périodes.
Dans la première, ou période embryonnaire, ils se présentent sous la forme de globules rudimentaires ou globulins.
Dans la seconde, ou période d'accroissement, ils arrivent à l'âge adulte et prennent alors le nom de globules blancs.
Dans la troisième, ou période de coloration, période de transformatipn, ils revêtent tous les attributs des globules rouges.
Enfin, dans la quatrième, ou période de sénilité, ils s'atrophient de plus en plus, puis subissent une dissolution complète.
Chacune de ces phases se distingue par un ensemble de phénomènes qui lui sont propres. Cependant pour en abréger et en simplifier l'étude, on
peut les ramener à deux principales : l'une pendant laquelle se développent les globules blancs; l'autre caractérisée parla transformation des globules blancs en globules rouges.
§ I. — Évolution des globules blancs.
Nous savons déjà que les globules blancs prennent naissance selon deux modes très distincts, par voie de genèse et par voie de prolifération. Leur développement présente quelques différences, selon qu'ils naissent par l'un ou l'autre mode.
A. Développement des globules blancs qui naissent par genèse.
A l'état de simple ébauche, les globules blancs qui naissent par genèse sont constitués par un globule creux ; et si petit que soit ce globule ou o^lobulin,il se compose déjà cependant d'une partie granuleuse, le noyau, qui en forme la presque totalité, et d'une partie membraneuse, l'enveloppe, qui n'est pas alors apparente.
Mais bientôt ces deux parties se modifient dans leurs dimensions relatives et entraînent des modifications correspondantes dans l'aspect du i^lobulin. Le noyau dont l'évolution est précoce et rapide reste stationnaire ou ne prend qu'une part très faible à l'accroissement du globule. La partie membraneuse, extrêmement rudimentaire et invisible au début, s'étend et acquiert une surface de plus en plus grande. Débordée d'abord par le noyau, elle ne tarde pas à le déborder à son tour en se dessinant sous la figure d'un arc qui s'allonge graduellement et qui finit par embrasser toute sa périphérie. Leglobulin, qui offrait à son apparition toutes les apparences d'un simple noyau, c'est-à-dire d'une sphère pleine, se présente, lorsque l'enveloppe se montre, sous l'aspect d'une sphère creuse, très manifestement formée de deux parties. Aussi longtemps que le noyau l'emporte sur l'enveloppe, on ne voit aucune trace du protoplasma. Lorsque leurs dimensions sont égales, et alors même que l'enveloppe est déjà apparente, rien ne révèle encore son existence; on l'entrevoit seulement lorsque celle-ci déborde le noyau sur une notable partie de son contour; des granulations d'une extrême pâleur et peu nombreuses dénotent alors son apparition.
Les trois parties constituantes du globulin ne naissent donc pas simultanément. Le noyau et l'enveloppe paraissent d'abord; peut-être mêmeya-t-il un moment pendant lequel le noyau existe seul. La formation du protoplasma est toujours plus tardive. Lorsque les trois éléments ont paru, le globulin a déjà atteint le diamètre de 4 à 5 (j..
Parvenus à ce degré d'accroissement, les globules blancs conservent indéfiniment les mêmes dimensions s'ils restent dans l'organe où ils ont pris naissance. S'ils en sortent et s'ils ont déjà pénétré dans le plasma de la lymphe, ils augmentent de volume. Mais c'est surtout dans le plasma sanguin qu'ils trouvent un milieu favorable à leur développement; on les voit alors parvenir rapidement au terme de leur complète évolution. Dans cette dernière phase, le noyau s'accroît encore un peu. L'enveloppe acquiert son diamètre définitif. Le protoplasma, qui n'était représenté jusque-là que par de pâles et transparentes granulations, prend une teinte plus foncée. Celles-ci deviennent plus grosses et vésiculeuses; elles augmentent aussi de nombre au point de remplir, en grande partie ou en totalité, la cavité des globules auxquels elles donnent l'aspect mûriforme ou framboise.
Cependant les granulations du protoplasma ne sont pas toujours aussi nombreuses et aussi volumineuses. Dans un très grand nombre de globules blancs parvenus à l'état adulte, elles restent pâles, fines et clairsemées; ces globules ne diffèrent des précédents ni par leurs dimensions, ni par leur composition; mais ils en diffèrent par leur aspect et par leur transparence, qui permet de distinguer très nettement leurs trois parties constituantes.
B. Développement des globules blancs qui naissent par voie de prolifération.
Parmi les phénomènes qui se rattachent à l'étude de la prolifération des globules blancs, il en est qui la précèdent et la préparent, d'autres qui l'accompagnent, et d'autres par lesquels elle s'achève. Nous aurons aussi à déterminer les divers points de l'économie où elle s'accomplit et les conditions physiologiques qui la favorisent. Une foule de maladies peuvent l'influencer et en modifier, en dénaturer même les caractères. Mais les considérations qu'elle appelle sous ce dernier point de vue trouveront plus naturellement leur place dans le dernier chapitre de ce travail consacré à la pathologie.
I . Phénomènes qui précèdent la prolifération. — Lorsqu'un globule blanc,
parvenu à Tàge adulte, est sur le point d'entrer en prolifération, on voit le protoplasma se modifier très notablement. S'il est composé de petites granulations transparentes, celles-ci se retirent vers le noyau et semblent Tentourer d'une écorce d'autant plus mince que la prolifération est plus prochaine. La plus grande partie de la cavité du globule reste alors vide, et l'enveloppe isolée, réduite à elle-même, se dessine sous la figure d'une ligne courbe, représentant une sorte d'anse à laquelle les deux autres éléments sont comme suspendus.
Si les granulations du protoplasma sont grosses et vésiculeuses, elles pâlissent, diminuent de volume, semblent ainsi s'écarter les unes des autres, prennent l'aspect d'une fine poussière, puis se portent également vers le noyau, en laissant la cavité qu'elles remplissaient presque vide.
Trois principaux phénomènes annoncent donc la prochaine segmentation du globulogène : l'atténuation du protoplasma, dont la plus grande partie disparaît, son application au globulogène, et le vide très considérable qui se produit dans la cavité des globules.
2. Phénomènes qui accompagnent la prolifération. — Parmi ces phénomènes, il en est un qui domine tous les autres : c'est la segmentation du noyau, lequel se partage en deux, trois, ou plus grand nombre de globulins, d'où le nom de globulogène, sous lequel je le désigne. Mais la segmentation ne s'opère pas toujours par le même procédé. Quelquefois on peut distinguer un trait qui annonce sa division en deux moitiés. Plus rarement on en remarque deux réciproquement perpendiculaires ; il ne tarde pas aloi^ à se diviser en quatre noyaux secondaires. Mais, en général, ce n'est pas ainsi que débute la segmentation. Le plus habituellement un angle rentrant se dessine sur un point du contour du globulogène; puis la pointe de l'angle se prolonge dans son épaisseur et les deux segments qu'elle sépare deviennent indépendants. Ou bien le globulogène s'allonge en cylindre, s'incurve, se renfle à ses extrémités, et cet allongement est suivi de la division du globulogène en deux ou trois globulins. Tels sont les premiers phénomènes qui se produisent. D'autres leurs succèdent.
Lorsque le noyau s'est partagé en deux moitiés, celles-ci se subdivisent assez fréquemment. Elles peuvent aussi se diviser l'une en deux globulins, et l'autre en trois, ou donner naissance chacune à trois noyaux secondaires. Le nombre des globulins s'élève bien rarement au delà de cinq à six. Cependant
j'ai pu en compter, dans certains globules, jusqu'à sept et huit. Leur volume varie un peu selon les espèces animales. Mais il est en général remarquable par ses très minimes dimensions, qui ne dépassent pas Ijul.Tous sont granuleux et semblent constitués par un petit noyau. Tant qu'ils occupent le globule en voie de pi:olifération, on n'aperçoit sur leur contour nul vestige d'enveloppe. Des granulations très fines les entourent de toutes parts et leur forment une sorte de nid dans lequel ils sont rangés les uns à côté des autres.
3. Phénomènes qui suivent la prolifération. — Après la complète segmentation du noyau, le petit groupe des globulins fait saillie sur la phériphérie du globule, dont il tend bien manifestement à sortir; la saillie qu'ils forment se prononce de plus en plus; bientôt ils s'en échappent un à un ou en masse, avec les fines granulations qui les entourent, et tombent alors dans le plasma sanguin où ils deviennent indépendants.
Gomment s'opère la sortie des globulins? Elle est assez difficile à comprendre; car l'enveloppe des globules demeure absolument intacte; on n'y remarque jamais ni le plus petit orifice, ni la moindre solution de continuité ; extrêmement pale, elle se montre sous la figure d'une simple ligne circulaire. Les globulins entraînant avec eux tout le protoplasma, la cavité qu'elle circonscrit reste vide. Son état de parfaite intégrité m'avait beaucoup frappé au début de mes recherches sur la segmentation des noyaux. Ce phénomène m'étonne moins aujourd'hui, parce qu'il m'a été donné d'en observer d'autres très analogues et plus surprenants encore. Sous l'influence de certains poisons, dont je parlerai plus loin, l'enveloppe des globules rouges est traversée par le noyau, qui ne laisse aucune trace de son passage. Le protoplasma de ces mêmes globules, après s'être rétracté, peut sortir également en masse; on les voit passer l'un et l'autre au travers de l'enveloppe; et celle-ci ne se modifie pas; elle ne s'altère pas; elle reste ce qu'elle était. Or, si le noyau et si le protoplasma très volumineux des globules rouges peuvent traverser leur enveloppe sans compromettre en rien son intégrité, on comprend que de simples globulins puissent jouir du même privilège. Plus loin aussi, nous verrons que les globules rouges et les globules blancs, dans certaines conditions, passent à travers les parois des capillaires sanguins sans laisser également aucun indice de leur passage: c'est la diapédèse des éléments figurés. En regard, ou à côté de cette diapédèse principale, il faut placer la diapédèse des noijaux et \a diapédèse du
protoplasma. Lorsque le noyau des globules blancs s'est divisé en plusieurs noyaux secondaires, ceux-ci passent à travers leur enveloppe par un procédé semblable; aux diapédèses qui précèdent, il faut donc ajouter encore la diapédèse des g lo bu lins.
Après leur sortie, les globulins qui sont le produit de la prolifération se séparent les uns des autres et des granulations ambiantes, flottent indépendants dans le plasma du sang et s'y comportent comme ceux qui naissent par genèse. Ils passent rapidement par toute la série des transformations que nous avons mentionnées en parlant de ceux-ci ; et comme la prolifération est un phénomène continu, comme d'autres globulins, nés par voix de genèse, sont incessamment déversés dans le torrent de la circulation, en soumettant une goutte de sang à l'examen microscopique, on aura sous les yeux un tableau qui représentera les globules blancs dans toutes les phases de leur évolution.
4. Où s'opère la prolifération des globules blancs? — Nous avons vu déjà qu'elle ne s'opère pas au sein des organes dans lesquels un si grand nombre de globulins prennent naissance. J'en ai trouvé cependant quelques exemples dans les glandes vasculaires sanguines. Mais ils s'y montrent en si petit nombre qu'il faut les regarder comme exceptionnels. Il est assez rare aussi de rencontrer des globules blancs en voie de prolifération dans les vaisseaux lymphatiques de second ordre. En voyant ces globules se multiplier avec une prodigieuse abondance dans les ganglions lymphatiques, j'inclinais à penser que cette multiplicité était probablement le résultat de la segmentation de leur noyau. Mais des observations répétées sont venues me démontrer que dans ces organes, comme dans tous ceux qui précèdent, ils conservent leurs dimensions primitives ou embryonnaires. La loi qui préside à leur évolution peut donc être formulée en ces termes : Tout globule blanc qui a pris naissance en dehors des vaisseaux sanguins reste à l'état de globulin, ou ne prend qu'un faible accroissement, tant qu'il ne s'est pas mêlé aux globules rouges. Cependant cette loi ne s'applique pas à ceux qui cheminent dans les gros troncs lymphatiques ; car parmi ces derniers la plupart ont déjà acquis un remarquable développement; ils semblent s'accroître à mesure qu'ils se rapprochent du milieu dans lequel ils vont se reproduire. Mais c'est dans ce milieu seulement que la prolifération devenait vraiment utile, puisque là se trouvent les globules qui s'usent au service de la nutrition et qu'ils sont appelés à remplacer.
Chez les invertébrés, les globules blancs se développent dans le plasma de la lymphe. Ils se renouvellent par le processus qui a présidé à leur formation, c'est-à-dire par genèse, et non par voie de prolifération. Si quelquefois les noyaux se divisent dans cette classe, c'est aussi à titre exceptionnel, et comme pour attester leur tendance générale à la segmentation.
5^ Conditions qui favorisent la prolifération. — Ces conditions sont multiples. J'en mentionnerai seulement trois dont l'influence est remarquable et constante : le jeune âge, la grossesse et les hémorrhagies abondantes.
Chez le fœtus et l'enfant, le nombre des globules blancs en voie de prolifération est toujours considérable; il l'emporte notablement sur celui des globules uninucléés. Si dans une goutte de sang du nouveau-né il existe vingt globules, on en trouve au moins quinze et souvent seize, dix-sept et dix-huit, dont le noyau s'est divisé en plusieurs globulins. Quelquefois on ne voit même que des globules à noyau segmenté. Cette excessive prolifération n'est pas un fait propre à l'espèce humaine ; j'ai pu l'observer aussi chez le fœtus des mammifères, le chien, le chat, le rat, et parmi les reptiles, sur la couleuvre et tous les jeunes batraciens. Le but que se propose la nature en multipliant les globulins au début de la vie est facile à saisir; l'organisme à cet âge est en plein développement; il est doué d'une vitalité extrême; les globules rouges s'usent vite; ils deviennent rapidement insuffisants; et les globules blancs prolifèrent pour satisfaire à cette dévorante activité.
La grossesse exerce sur la segmentation de ces globules une influence égale à celle d'un rapide accroissement. On m'avait apporté le même jour deux flacons qui contenaient, l'un du sang provenant du cordon ombilical d'un nous veau-né, l'autre des voies génitales de la femme qui venait de le mettre au monde. Je ne fus pas surpris de trouver un grand nombre de globules proliférants dans le sang de l'enfant. Mais je pensais en rencontrer beaucoup moins dans celui de la mère. Je me trompais; ils étaient chez elle presque aussi nombreux. Leur prédominance de nombre sur les globules uninucléés est si frappante et si constante, qu'elle peut être considérée comme l'un des signes importants de la grossesse. Étant donnée une goutte de sang d'une femme grosse, et une autre goutte d'une femme non en état de grossesse et bien portante, le microscope permettra de reconnaître quelle est celle dont l'utérus est gravide et celle dont l'utérus est dans son état le plus habituel. Très probablement il en
est de même chez tous les mammifères et même chez tous les vertébrés; mais je n'ai pu recueillir que deux laits confirmatifs : le premier observé chez une rate, le second sur une couleuvre qui contenait quatorze œufs dans son abdomen.
La multiplication des globules blancs à la suite des hémorrhagies abondantes est un fait aujourd'hui bien établi. Il a été constaté par M. Vulpian sur la grenouille (i),par M.Pouchetsur le triton (2), par M. Kirmisson (3) et beaucoup d'autres auteurs sur le chien, par M. Hayem sur la femme (4), etc. J'ai pu, de mon côté, obtenir des résultats analogues en incisant tantôt les vaisseaux poplités et tantôt les vaisseaux axillaires chez des crapauds et des grenouilles, ou bien en excisant la queue chez des tritons. Je déterminais ainsi d'abondantes saignées, parfois répétées, et dans le court espace de quelques jours je voyais les globules blancs se multiplier et leurs noyaux se segmenter. Le but de cette segmentation est le même que se propose l'organisation dans un accroissement rapide et dans la grossesse : dans les trois cas, il y a insuffisance de globules rouges, et les globules blancs précipitent leur évolution afin de répondre aux exigences de l'économie
Dans plusieurs maladies l'augmentation du nombre des globules blancs, qui est la première conséquence de cette abondante prolifération, n'est pas moins remarquable. M. Ch. Robin, l'un des premiers, l'a signalée en ces termes : ce On en rencontre alors de dix à quinze dans le champ du microscope, tandis qu'à l'état normal il en existe tout au plus un ou deux (5). » Dans son article Leucocytes du Dictionnaire des sciences médicales, cet auteur est plus explicite encore : « Il est d'autres circonstances morbides où le nombre des leucocytes devient le vingtième, le dixième, le cinquième et même le tiers ou le quart de celui des
hématies Dans un cas de ce genre, observé chez un enfant, le nombre des
leucocytes était, à celui des hématies, comme 2 : 1 . Les globulins l'emportaient de beaucoup en quantité sur les leucocytes complètement développés (6). »
(1) Vulpian, De la régénération des globules rouges du sang chez les grenouilles, à la suite d' hémorrhagies considérables {Comptes rendus de VAcad. des se, t. LXXXIV, 4 juin 1877). {% Pouchet {Comptes rendus de la Société de biologie, année, 1878, p. 38).
(3) Kirmisson, De l'anémie consécutive aux hémorrhagies (thèse d'agrégation, 1880, p. 24).
(4) Voy. la thèse d'agrégation de M. Kirmisson, déjà citée, p. 49.
(5) Ch. Robin {Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1855, p. 48).
(6) Ch. Robin {Dict. encycl. des se. merf.,2« série, 1869, t. If, p. 228).
A Tétai normal, le nombre des globules blancs chez les mammifères est à celui des globules blancs, comme 1 : 250 ou 300. Pour qu'il augmente si considérablement sous l'influence de certaines conditions physiologiques ou morbides, on voit donc quelle prodigieuse activité ces globules déploient dans leur prolifération. Un calcul très simple nous rend compte des résultats de cette activité. Admettons que chaque globule produit en moyenne quatre globulins, et que ceux-ci se comporteront de même : le nombre des globules blancs croissant en progression géométrique, un seul globule à la cinquième génération en aura produit plus de 1000 et près de 450 000 à la dixième génération. La multiplication sera donc en raison directe de la rapidité avec laquelle se succéderont ces générations. L'organisme possède ainsi dans les globules blancs un procédé très simple et très expéditif pour combattre toutes les causes qui peuvent affaiblir ou altérer les sources de son alimentation.
§ 2. — Transformation des globules blancs en globules rouges.
La transformation des globules blancs en globules rouges est un phénomène qui, de tout temps, a vivement attiré l'attention des hématologistes. Aujourd'hui, c'est avec plus d'ardeur encore qu'on l'étudié et la discute. Presque tous les observateurs inclinent à la considérer comme réelle; beaucoup même n'hésitent pas à l'admettre. Cependant, lorsqu'on cherche sur quelle base repose leur opinion, on reconnaît qu'ils n'allèguent aucune bonne raison pour la justifier. Les faits que nous allons exposer nous semblent lever tous les doutes. Cette transformation diffère un peu, du reste, pour les deux ordres de vertèbres.
A. Transformation des globules blancs en globules rouges chez les ovipares.
Chez les ovipares, comme chez les vivipares, cette transformation ne s'accomplit jamais brusquement; certaines modifications l'annoncent; d'autres se passent pendant la coloration des globules, et d'autres encore se produisent lorsqu'ils se sont usés au service de la nutrition.
1° Modifications qui précèdent et annoncent leur coloration, ' — Si le protoplasma se compose de grosses granulations vésiculeuses, celles-ci pâlissent et diminuent graduellement de volume; bientôt tout le contenu des globules