TRANSFORMAT. DES GLOBULES BLANCS EN GLOBULES ROUGES
perd sa couleur sombre; il devient clair et transparent. C'est aussi ce qui se produit au début de la prolifération. Mais un phénomène important distingue leur prochaine prolifération de leur prochaine coloration. Dans le premier cas, le protoplasma se rassemble en masse et s'applique à la face interne du noyau, en sorte qu'un vide plus ou moins notable se montre dans la cavité du globule. Dans le second cas, le protoplasma reste uniformément disséminé dans cette cavité. Il arrive un moment où sa pâleur et sa transparence sont telles qu'il semble avoir en grande partie disparu. Il persiste cependant, mais à l'état latent.
Si le protoplasma est simplement granuleux, c'est-à-dire très fin et clairsemé, sa transformation est déjà presque entièrement accomplie; il devient seulement plus clair encore, reste aussi uniformément disséminé, et passe de même à l'état latent ou homogène, sans rien perdre également de sa réalité primitive.
Le noyau conserve d'abord sa figure circulaire et son contour très accusé ; puis il s'allonge et prend une figure elliptique.
L'enveloppe, qui circonscrivait une cavité sphérique, s'allonge aussi. En même temps, cette cavité s'aplatit; la globule revêt alors la forme et souvent aussi les dimensions des globules rouges.
Dans cette période de leur développement, les globules blancs prennent donc la forme des globules rouges. Seulement, les premiers restent transparents ; les autres sont colorés. On voit presque toujours, dans le champ de la préparation, un certain nombre de ces globules transparents et presque homogènes. On peut même les distinguer dans les capillaires, lorsque le sang ne circule pas trop rapidement. Ils établissent la transition entre les globules à protoplasma clair-semé et les globules rouges; se rapprochant des premiers par leur transparence, par la couleur sombre de leur noyau, et des seconds par leur forme et l'apparente homogénéité de leur contenu.
2° Modifications qui se passent pendant la coloration. — ■ Dès que les globules blancs ont pris la forme des globules rouges, on voit leur protoplasma se colorer; il revêt une teinte jaune paille; le contour de leur noyau s'efface en grande partie, et la coloration s'accuse ensuite de plus en plus en passant par des nuances qui l'amènent progressivement au ton qu'elle doit conserver. Parvenus à ce dernier terme de leur évolution, toute trace de protoplasma a
disparu; le noyau lui-même, qui, jusque dans les derniers temps, offrait un contour si arrêté et des granulations si évidentes, n'existe plus qu'à l'état de vestige. La transformation est complète. Le globule rouge semble alors n'avoir plus rien de commun avec le globule blanc, tellement il en diffère au premier aspect. Mais soumettez ce globule rouge aux réactifs appropriés, et aussitôt le noyau reparaît avec son contour si net; immédiatement le protoplasma se montre avec toutes ses granulations; l'enveloppe elle-même, qui s'était confondue avec son contenu, s'en détache et reprend son individualité. Ce globule, qui semblait si radicalement métamorphosé, ne l'était donc qu'à la surface. Sous sa couleur on retrouve tous les caractères qui lui étaient propres dans la première période de son développement. Il est resté ce qu'il était ; un attribut nouveau est seulement venu s'ajouter à ses attributs primitifs; et en s'ajoutant àceux-ci il les masquait. Que ce nouvel attribut disparaisse, et le globule rouge revient à l'état de globule blanc.
Enprésence de tous cesfaits, dévoilés par une analyse qui donne constamment les mêmes résultats et que chacun peut facilement répéter aussi souvent qu'il le désire et toujours avec le même succès, en présence de ces faits si précis et si faciles à vérifier, comment n'aurions-nous pas le droit de conclure que les globules blancs se transforment en globules rouges? A l'appui de cette conclusion, nous apportons non seulement des preuves, mais une contreépreuve. Les preuves, nous les trouvons dans la série des phénomènes par lesquels passent les globules blancs en se transformant; la contre-épreuve, nous la donnons en décolorant ces globules et en leur restituant tous les caractères qui les distinguaient avant leur coloration. La démonstration me semble donc complète et rigoureuse.
Parmi les globules blancs, il en est qui ne passent pas par toute la série de modifications que nous venons de mentionner. Après des hémorrhagies considérables ou répétées à de courts intervalles, les nécessités d'une prompte réparation déterminent une transformation plus rapide. On remarque alors des globules blancs d'une teinte pâle, transparents, d'aspect presque homogène, qui flottent en nombre variable dans le plasma sanguin, et qui sont nés depuis quelques jours seulement, parfois depuis trente-six ou quarante-huit heures. Ces globules nouveau-nés et encore incolores, mais prêts à se colorer, ont été signalés et bien observés, chez les grenouilles, par M. Vulpian, qui le considère, avec raison, comme destinés à se transformer en globules rouges.