‹ Les élements figurés du sangChapitre 43 sur 68 · RECHERCHES DE M. VULPIAN · texte numérisé non relu

RECHERCHES DE M. VULPIAN

» encore. Ces noyaux n'apparaissent, d'aiUeurs, comme dans l'état normal du » sang, que sous l'influence de certains réactifs, et en particulier de l'eau ou de » l'acide acétique dilué. Les autres leucocytes contiennent un, deux, trois y> noyaux semblables aux précédents; lorsqu'il n'y a qu'un seul noyau, il est » souvent en voie de scissiparité.

» Les cellules incolores sont en général plus nombreuses encore que les » leucocytes ; elles sont plus transparentes et peuvent à cause de cela échapper » à un examen peu attentif... Elles contiennent toutes un noyau, qui, souvent y> arrondi dans les cellules sphéroïdales ou discoïdes, est ellipsoïdal dans un y> certain nombre de cellules ovalaires... Quelques-uns ont des dimensions qui » se rapprochent de celles des globules rouges. Lorsqu'on établit un courant » dans la préparation de façon à faire rouler les éléments anatomiques sur » eux-mêmes, on reconnaît aisément qu'il y a la plus grande ressemblance y> entre les cellules ovalaires et les globules rouges ; l'absence de couleur dans y> les cellules ovalaires, leurs dimensions moindres, et le volume plus grand de )).leur noyau, constituent les principales différences.

» Si l'on examine le sang des grenouilles amputées, deux mois ou deux y> mois et demi après l'opération, on constate qu'il y a formation d'un nombre )) considérable de globules rouges... Parmi les cellules ovalaires, on en voit y> qui ont à peu près les dimensions des globules rouges et qui offrent une » légère coloration, analogue comme teinte à celle de ces globules.

» L'étude de ces modifications successives du sang, chez les grenouilles » ayant subi une hémorrhagie considérable, me paraît jeter un certain jour y> sur le mode de régénération, et d'une façon générale sur le mode de formay> tion des globules rouges, chez la grenouille adulte. On voit que ces globules y> résultent de l'évolution de cellules incolores nucléées, qui, d'abord petites, y> arrondies et sphéroïdales, deviennent discoïdes, puis prennent une forme » ovalaire, et acquièrent un volume plus grand, progressivement croissant. » Lorsqu'elles ont atteint le volume des globules rouges, ou plutôt même un » peu avant de l'avoir atteint, elles se colorent et deviennent finalement des » hématies. Les cellules nucléées qui doivent se transformer peu à peu en glo- » bules rouges, proviennent-elles des globules blancs ou leucocytes? Il semble )) bien en être ainsi (1). »

(1) Vulpian, Opère citato, p. 1281, 1282, 1283.

En parcourant les lignes qui précèdent et qui résument bien, je crois, ses observations et sa pensée principale, on peut remarquer que M. Vulpian a bien vu et même très bien décrit la segmentation du noyau des globules blancs. Seulement il n'a pas attaché à ce phénomène l'importance qu'il présente ; il le constate en passant, comme un bon observateur auquel rien n'échappe, et en conclut avec la plupart deshistologistes qu'il existe des leucocytes uninucléées, et des leucocytes multinucléées. La signification de ce fait, ou la théorie de la segmentation, passe devant lui inaperçue. Sous ce point de vue, ses études ont cependant un peu plus de portée que celles de Wharton Jones; car s'il a méconnu la théorie, il a vu en définitive les globulins, sur lesquels cet auteur garde un silence absolu.

Mais le point essentiel de ses recherches a pour objet les cellules incolores qu'il a vues se transformer en globules rouges, comme l'auteur précédent. Après avoir reconnu cette transformation, il soulève la question d'origine : » Ces cellules proviennent-elles des globules blancs? Il semble bien en être )) ainsi. » Telle est sa conclusion un peu réservée. Ici l'histologiste anglais reprend tous ses avantages; il conclut, au contraire, très affirmativement. Qu'est-ce, en efïet, que les cellules nucléées et incolores de M.Vulpian? Ce sont les cellules nucléées de Wharton Jones; ce sont mes cellules nucléées et finement granulées; ce sont les cellules que nous avons vues l'un et l'autre dans toute la série animale, et qui tiennent une place intermédiaire entre les cellules à grosses granulations et les cellules en voie de coloration. En les observant dans les diverses classes des Vertébrés, on reconnaît sans peine l'étroite parenté de ces trois ordres de globules blancs. L'auteur anglais, qui a généralisé ses études et qui a procédé par voie de comparaison, a reconnu cette filiation. En suivant la même voie, je suis arrivé au même résultat. Si M. Vulpian eût élargi le cercle de ses recherches en comparant aussi les leucocytes dans les principales classes d'ovipares, s'il eût suivi surtout dans leur développement ces globulins qui s'étalaient à ses regards et qui sollicitaient son attention, nul doute que l'observation ne l'eût conduit également à reconnaître les liens qui unissent tous les globules blancs depuis leur apparition jusqu'à leur transformation définitive. Néanmoins, parmi les divers travaux publiés sur l'hématogénèse, le sien conserve un rang des plus honorables; il vient immédiatement après celui de Wharton Jones. Son mérite est d'avoir parfaitement bien décrit les leucocytes dans la dernière phase de leur évolution. Sa description, il faut

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le reconnaître, est môme plus exacte et plus complète que celle de son prédécesseur ; c'est un tableau très fidèle de la marche de la nature.

M. Poucliet s'est livré depuis plusieurs années à de sérieuses études sur le môme sujet. Ses recherches, prises dans leur ensemble et leur substance, viennent confirmer celles de M. Vulpian. Dans une communication faite à la Société de biologie au mois de janvier 1878, il expose ainsi la transformation des leucocytes en hématies : « Un triton est saigné par ablation de la queue, le )) 4 décembre 1877. Au bout d'un mois, le sang en régénération présente une )) abondance extraordinaire de formes de passage des leucocytes aux héma- )) ties... Dans une période plus avancée, le noyau a augmenté de volume, il ^ est devenu ovoïde, son contour est nettement accusé, sa substance est granuy> leuse. Après sa transformation en hématie, il est encore granuleux, mais )) moins volumineux, et ses bords sont moins nets (1). )>

On voit que cet histologiste est beaucoup plus affirmatif que M. Vulpian. Il n'hésite pas à admettre que les cellules nucléées de cet auteur sont de véritables leucocytes et môme, selon son expression, des leucocytes types.

Dans une autre communication faite à la même Société, quelques mois plus tard, M. Pouchet s'attache à démontrer que les hématies et les leucocytes dérivent de corpuscules élémentaires qui sont les globiilins de Donné, les cellules incolores de M. Vulpian, les hématoblastes de M. Hayem (2). En 1879, il revient sur le même sujet, et désigne ces corpuscules élémentaires sous le nom de noyaux cVorirjine. Il ajoute que ces noyaux d'origine s'accroissent, s'entourent d'un protoplasma, peut-être aussi d'une enveloppe; puis, parvenus à une certaine période de leur développement, ils donnent naissance, tantôt à un leucocyte, tantôt à une hématie. Le noyau du leucocyte se segmente ; mais la segmentation n'a jamais lieu dans le plasma sanguin ; elle serait un phénomène simplement cadavérique (3).

Il y a dans cet exposé, que j'abrège beaucoup, un point de doctrine et un fait. Ni l'un ni l'autre ne sont acceptables. Les hématies ne se forment jamais

(1) Pouchet, Sur les leucocytes et la régénération des hématies {C. R. et Mém. de la Société de biologie, 1878, p, 7).

(2) G. Pouchet, De Vorigine des hématies {Compt. rend, et Mém. de la Société de biologie^ 2 mars 1878, p. 77).

(3) G. Pouchet, Noyaux des éléments figurés du sang chez le Triton [Journal de Vanatomie et de la physiologie, 1879, p. 32).

aux dépens de corpuscules s'accroissant peu à peu pour leur donner directement naissance, sans passer par Tétat de leucocytes. Les recherches de Wharton Jones, celles de M. Vulpian et les miennes, sont parfaitement concordantes sur ce point. M. Vulpian s'exprime ainsi, et son langage est celui de la vérité même : « Je n'ai pas vu chez les grenouilles amputées, un seul globule rouge » de petites dimensions; il est donc impossible d'admettre qu'il se forme » des globules rouges d'abord petits, puis arrivant aux dimensions normales » par un accroissement progressif de leur volume (1). »

Quant au fait relatif à la segmentation, M. Pouchet est aussi dans l'erreur la plus complète. Ce phénomène se produit dans les vaisseaux. Sur les têtards, on voit de la manière la plus nette des leucocytes dont le noyau est segmenté ; les globulins prennent donc naissance dans les globules blancs pendant qu'ils circulent, et non sur le porte-objet du microscope (2).

Cet histologiste, dont je me plais à reconnaître le réel mérite, est parti d'un principe qu'il recommande et que je crois cependant devoir repousser. Il pense que, pour arriver à des résultats plus satisfaisants, il convient d'adopter une seule espèce animale et un seul réactif. Or je trouve qu'il est au contraire beaucoup plus avantageux d'étendre ses recherches au plus grand nombre possible d'animaux, et d'avoir aussi à sa disposition le plus grand nombre possible de réactifs. La variété des observations permet la comparaison. La multiplicité des réactifs permet de voir dans une espèce, un genre, un ordre ou une classe, ce qu'on n'a pu voir dans les autres. C'est ainsi que j'ai procédé ; c'est en faisant appel aux modes d'investigation les plus divers que j'ai pu voir les éléments figurés du sang à l'état de simple ébauche, et les poursuivre ensuite dans toutes les phases de leur développement, depuis la période embryonnaire jusqu'à leur période de sénilité. C'est la marche également qu'a suivie Wharton Jones; mais il semble n'avoir fait usage que d'un seul réactif, l'acide acétique dilué ; ce qui nous explique pourquoi ses études sur l'hématogénèse sont restées incomplètes.

Seulement, comme entre tous les réactifs il avait choisi le meilleur, il en a obtenu des résultats très remarquables. L'acide acétique dilué n'a pas été moins utile à M. Vulpian. Se présentant sous les auspices de deux noms aussi

(1) Vulpian, Opère citatOy p. 1283.

(2) Pl.VI, fig. 10.

RECHERCHES RELATIVES AU SAiNG DES VIVIPARES. 147

recommandables, M. Pouchet pouvait au moias en faire Fessai; mais il a donné la préférence à l'acide osmiquc, au maximum de concentration, qui ne convient nullement pour l'étude des globules blancs.

Il est digne de remarque que ni Wharton Jones, ni M. Vulpian, qui ont tiré un si bon parti de l'acide acétique, n'ont cru devoir définir le degré de concentration ou de dilution qui leur a paru le plus convenable. Leur silence sur ce point ne me cause, du reste, aucune surprise; car en réalité on peut s'en servir avec un très grand avantage à des degrés de dilution très divers. Dans mes recherches, je l'ai souvent utilisé au 20% 25% 40% 50'^; et j'avais, en outre, constamment devant moi des flacons dans lesquels la dilution était portée au 75% 100% 150% 200% 300% 400% 500^ et 600^

ARTICLE II

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