‹ Les éléments sociologiques de la moraleChapitre 27 sur 76 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

L'idée fondamentale de la biologie pratique, comme de la biologie théorique, étant celle même de la vie, il importe avant tout de savoir en quoi la vie consiste, si elle est essentiellement destruction ou création, et si, par rapport aux autres êtres, elle est par essence lutte ou concours, c’est-à-dire, psychologiquement, haine ou amour.

La vie est aujourd’hui considérée, comme liée à des actions et réactions chimiques. L’être vivant emprunte au monde extérieur toute l’énergie qu’il consomme et il la lui emprunte sous forme d’énergie chimique potentielle. Claude Bernard avait beaucoup insisté sur cette considération que le fonctionnement vital s'accompagne d’une destruction du matériel organique. Quand le mouvement se produit, disait-il, quand un muscle se contracte, quand la volonté et la sensibilité se manifestent, quand la pensée s’exerce, quand la glande sécrète, la substance des muscles, des nerfs, du cerveau, du tissu glandulaire se désorganise et se consume. Dès lors, la réserve d'énergie qui vient d’être dépensée devra être reconstituée, pour que l'organisme se conserve en son équilibre. C’est l'alimentation qui y pourvoit : elle fournit les matériaux : le jeu de l'appareil digestif les prépare à être assimilés, c’est-à-dire qu'il les amène

PSE - Ve) TER ALES PEER

à la place convenable et les incorpore à l’état de réserves. De là les deux catégories dans iesquelles, depuis Claude Bernard, les physiologistes distribuèrent les phénomènes de læ vie animale : phénomènes de destruction des réserves, ou catabolisme, et phénomènes plastiques de construction organique ou anabolisme.

Maïs ce n’était encore là qu’une notion extérieure ef confuse de la vie. La grande question qui se pose aujourd’hui pour la biologie théorique et pratique est la suivante : — Les phénomènes vraiment »#/awr, ceux par lesquels se manifeste /4 vie même dans son action, em d’autres termes les phénomènes /onctionnels, accompagnent-ils et impliquent-ils en soi la destruction des substances plastiques, de même que la chaleur accompagne la destruction par combustion du gaz d'éclairage ? C'était là précisément, nous venons de le voir, l'opinion de Claude Bernard. Ou, au contraire, les phénomènes fonctionnels accompagnent-ils la construction et synthèse des substances plastiques, de même que la production de chaleur et de lumière accompagne la synthèse de l’eau ? C'est l'opinion qui a été récemment soutenue, principalement par un physiologiste philosophie, M. Le Dantec.

Examinons d’abord l'opinion de Claude Bernard.

Elle se fondait sur une inférence hasardeuse de ce qui

se passe dans la chimie des corps bruts à ce qui se passe dans la chimie des corps organisés. Chez les corps bruts, toute substance se défruitl, en tant que composé défini, chaque fois qu’elle réagit d’une manière quelconque, si bien que réaction et destruction vont ensemble. Faites réagir un poids P d'acide chlorhydrique sur du sodium, il vous restera ensuite, outre une certaine quantité de chlorure de sodium, un poids = d'acide chlorhydrique inférieur à P. Maïs le fait contraire a lieu pour les plastides vivants : le protoplasma est le siège d'un grand nombre de réactions : si done le protoplasma n’était qu’une substance chimique ordinaire, sa quantité diminuerait constamment; or, loin de diminuer, elle augmente, et cependant ses propriétés restent les mêmes. Nous sommes done là en

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