LIVRE PREMIER
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Sur le Printemps
O Printemps, animé par ton souffle sauvage, Je t'ai suivi; j'a* pris, avec toi, le chemin Des sources; arrêté sous le premier feuillage. Je dois presser mon cœur bondissant de ma main.
L'onde sV-croulc au bord des prés, et la colombe Ebranle l'arbre en s'enyolant; le vent est lourd; Voici que le désir, comme un reflet qui tombe Du ciel profond des fleurs et des sèves, accourt.
La splendeur des regards, la gloire des chairs nues Kt les baisers dans l'ombre odorante et la nuit \'ont revivre! O soupirs des poitrines émues, l^clairs des veux où le bonheur suprême luit!
Lorsque le soir nouveau parle de sa voix tendre, Kt que le ciel entier jette un rayonnement,- La peine des coteaux est bien douce à descendre, Si la main de ram:inie est liée à Tamani.
O Printemps, je vais donc m'eiiivrer de tes roses, Surprendre, dans les bois, le chant de tes oiseaux; Les sources de mon cœur, déjà, ne sont plus closes La joie arrive avec ses jaillissantes eaux.
Que, maintenant, ton soufifle enveloppe sa robe Et trouble la langueur aimable de ses yeux; Et l'épouse , qui doit s'illuminer à l'aube De l'amour, foulera les gazons radieux.
Soulève-moi, parmi le bruit de ton escorte, Comme une tige verdoyante qui fleurit, Et que, dans les parfums de l'air, la terre forte. De son lait le plus pur, maternelle, nourrit.
POKTIQIF.S
Pour la Maison Heureuse
Toi , dont la lèvre parfumée est une fleur, O bien aimée, entrons dans le sentier des roses II guide à la Maison , où le dieu du bonheur Nous attend, endormi sous les fenêtres closes.
Écarte le rideau des pampres, murmurant D'abeilles, et franchis la pierre qu'illumine Le doux matin d'été, dont le pas conquérant Sonnait aux rampes d'or brûlant de la colline.
Voici les murs silencieux et le foyer,
Ame de la Maison, la table, et, couvert d'onibre.
Le grand lit tentateur où s'est venu ployer.
Dans le vent de la porte, un frémissement sombre.
C'est là que ta beauté brillera sur mes jours , O mon épouse rougissante, et que ta grL\ce, Favorisant le jeu suprême des amours, Sur la terre des morts prolongera ma race.
C'est là que des amis, attentifs à mes chants , Mêleront ta louange à celle de la terre, Et là que, dans le calme illuminé des champs, Ils songeront, touchés par Faile du mystère.
Et, quand notre Maison sera veuve de bruits. Si Tamour f inquiète ou Tombre t'effarouche, L'automne te tendra la clarté de ses fruits Pour apaiser le feu de Tété sur ta bouche.
Et le ciel de Provence abondant en rayons, Lui, l'ornement le plus divin de la nature, Autour de la Maison répandra tous ses dons. Gomme des roses s'échappant d'une ceinture.
POKTIQITS I I
Invitation au Songe
O Songe, beau jeune homme aux ailes enflammées, Toi qui foules des terres d'ombre et de vapeurs, Et des mers dont les eaux mourantes, ranimées Par ton passage, allument de lourdes lueurs;
Fils de la nuit, descends des grottes étoilées , Avec de noirs pavots moissonnés de tes mains, Et le cortège errant de ces formes voilées Qui passent lentement dans les sommeils humains.
Fleur emportée au sein des brises vagabondes, Ses beaux bras fatigués de s'unir à l'amour. Elle a voulu l'apaisement des rouges ondes Du désir, et repose en attendant le jour.
Descends, 6 gardien des merveilles nocturnes. Dans les pays de sa mémoire et de son cctur. Répands, pour elle, l'or et le parfum des urnes Que le clair de la lune emplit avec langueur.
Donne un peu de ta force à cette chair vaincue Que ton feu, rayonnant sur ses cheveux défaits, Attire à lui cette âme amoureuse, venue Pour se livrer enfin aux charmes de la paix.
Enlace-la de ta lumière et de tes ailes, Et, penché sur les bords de ce sommeil divin, J'admirerai Télan de ses vagues mortelles. Qui s'enfuiront devant la marche du matin.
Et toi-même, jeune homme aux grandes ailes blanches, Tu quitteras ce lit sous mes baisers vainqueurs. Quand le jardin nous enverra, parmi les branches, Un vent tout parfumé d'avoir frôlé les fleurs.
POKTIQTES I 3
Sur i/Éth
Été, beau moissonneur, ta victoire s'apprête. Dans ta jeunesse et près de la nôtre, descends. Pour adoucir ton feu si pesant à sa tète , Je mêlerai les tieurs aux épis jaunissants.
Tu rayonnes déjà parmi sa chevelure, Et son regard emprunte à ton éclat son or; Descends, Eté, descends jusqu'à sa gorge pure, Où le désir, ayant plié ses ailes, dort.
A la tienne, Tamour unit nos destinées.
Sous la chaleur des nuits, quand la lune des bois
Regarde Teau des fontaines illuminées.
Nous te suivrons, toujours dociles à ta voix.
Avec toi, sur le bord des lacs et sur les plages, Dans le sable brûlant, nous prendrons du repos, Et, quand l'ombre du soir tombera des feuillages, Nous livrerons nos corps aux caresses 'des flots.
14 LIÎS ÉLÉVATIONS
Toi qui te réjouis des roses et des marbres,
O roi des nudités, tu mettras sur nos chairs,
Si le songe ou Tamour nous guident vers les arbres,
La gloire et Ta pudeur de tes longs rayons clairs.
Mais, les jeux dans les prés, les lèvres réunies, Les rires, les bouquets offerts et les chansons, Sur la pente de Theure aux courbes infinies Effaceront bientôt leurs plis et leurs frissons.
Dès que, nous conduisant dans la plaine brillante, Eté, beau moissonneur, tu nous inviteras, D'un éclair de ta faux au loin resplendissante, A recueillir toute la plaine sous tes pas.
POKTIQIES I D
Sur lk Soir
L'amour autour de nous a mis sa solitude. Viens, le chemin s'emplit d'une poussière d'or; Sur ses lyres, à l'horizon, le Soir prélude, Et le verger, dans un rayonnement, s'endort.
Avant de pénétrer sous le calme des branches, Où l'heure bienheureuse et rose nous attend, Saluons , du regard , la ville aux lignes blanches , Et le soleil qui meurt dans son disque éclatant.
Tu t'avances, mêlée au Soir, sur la colline,
Bien-aimée innocente et soumise à l'amour;
Ah! pose-toi comme une fleur sur ma poitrine,
Et que, longtemps, tes yeux m'éclairent de leur jour.
Les plantes ont dt)nné leurs couleurs et leur sève A l'été qui réchaulVe au loin et qui mûrit; Devant nos pas, leur vie en arômes s'achève. Le Soir est embaumé par le matin fleuri.
l6 LES ÉLÉVATIONS
Sous Tarbre qui nous couvre et nous voile de feuilles
Eve éternelle, dresse-toi dans ta beauté.
Le fruit que, d'une main si légère^ tu cueilles,
A travers Tombre t'appelait de sa clarté.
De l'urne de ton cœur jusqu'à tes lèvres molles, Ta chère voix est comme un parfum répandu ; La douceur du moment s'accroît à tes paroles, Le mystère du Soir naissant est étendu.
Le silence a ravi les bruits , et la lumière
Se retire d'un ciel où va régner la nuit;
Mais, rappelant sa force et sa splendeur première,
Comme une aurore immense et vermeille elle luit.
Le verger, maintenant, est touché par les ombres; La voûte du feuillage est profonde sur nous; Tout autour de ton front , tes cheveux se font sombres , Et l'herbe noire enlace et frôle nos genoux.
Arrêtons-nous, puisque la vie aussi s'arrête,- Et que le jour à sa fuite parait surseoir ; Dans l'immobilité de l'air penchant la tête, Écoute, nos deux cœurs emplissent tout le Soir.
Invitation a i. 'Amour
Tu ris de sa jeunesse, Amour, et de mes chants! Viens, cependant; laisse tes myrtes et tes roses, Pour Tazur éclatant qui flotte sur les champs Où je marche, la main à ses ceintures closes.
Regarde 1 Autour de nous, les blés sont balancés, Sous un voile de fleurs les chemins disparaissent. Les épis, dans leur or, vers sa robe élancés. Du soufllc des moissons prochaines la caressjni;
La pureté de lair ailiic le:> oiseaux. Et jusqu'à rhorizon la plaine est découverte; Mais, cnvcloppons-nous, Amour, de tes réseaux, Car sa bouche à ma biuiche ardente s'est otferte.
Abeilles sur no> veux ei le ciel aj^randi!
Des soupirs ont passé dans nos voix languissantes:
Ksi-ce l'accablement de cet après-midi
Qui nous gagne et nous courbe avec iouK> le> plantes
Je vois venir à nous une ondulation; O bien-aimée, allons, dans les blés, devant elle. Voici des fleurs, Tune est pourpre de passion, L'autre emprunte à tes yeux sa couleur immortelle,
Je veux en décorer tes cheveux et tes seins. Entends, Amour, entends battre son cœur sonore! Les abeilles, déjà, reviennent en essaims. Le désir par nos yeux eux-mêmes nousjmplore!
L'odeur des blés foulés dans leur maturité Est douce et fait bondir le sang, ô bien-aimée, Si ta chair dévêtue est livrée à Tété, Et tombe, comme un fruit, sur la terre pâmée.
Et toi, cruel enfant. Amour toujours vainqueur Maintenant que, d'une aile en feu, tu te reposes Sur nos corps enlacés, fais, d'un rire moqueur, De nouveau frissonner les myrtes et les roses.
MI
Sur la Joie
Ressuscitant l'éclat doré de la saison,
Voici la Joie et voici Theure de Taurore
Qui ravissent mon rêve au seuil de la maison ,
Et me guident aux fleurs dont Tàme vient d'éclore.
Frissons du vent, rayons, chœurs de parfums flottants, Brisez-vous comme une onde fraîche sur ma tête; Les vigueurs du matin m'unissent au printemps, Et je marche dans la lumière de ma fête.
Eveillez-vous, malgré que le sommeil soit bon Compagnons endormis sous le lierre et la rose, Venez, le jour nouveau s'accroît à Thorizon, Et la beauté du monde à ses pieds se repose.
Amenez, parmi vous, mon épouse aux grands yeux Sa présence adorable enflamme la nature, L'amour a fait sa chair un fruit délicieux, El, de miel odorant et pur, sa chevelure.
Nous entrelacerons des danses et des chants, Afin de célébrer les vertus de la terre, L'azur et la splendeur nourrissante des champs. Les arbres, que la brise en s'envolant éclaire.
Nous louerons Thomme, et la noblesse de son corps, La pourpre des baisers qui brille sur sa bouche, Et son cœur frémissant devant Tombre et les morts, Et quand Fàge, d'une aile hésitante, le touche. ^
Venez, ô compagnons, car déjà, sous le jour.
Son onde ayant conquis mon sang, veine après veine,
La Joie et tout le bruit de ses sources accourt
Dans mon sein, et mon sein la contient avec peine.
po?:tiques 21
Sur l'Automne
Automne, sur les monts ton règne recommence! Si je presse des doigts le raisin velouté, Une libation impatiente s'élance Vers ta gloire prochaine et ta divinité.
Accourez, vendangeurs, les vignes sont vermeilles; Sous le soleil la terre a donné tout son sang. Que la faucille sonne à Tanse des corbeilles, Avant de pénétrer dans le cep rougissant.
Ornez vos fronts du premier pampre, ô vendangeuses, Et parcourez le mont en chantant avec moi. Pour décider, du haut de ses cimes neigeuses, L'Automne à ramener son cortège de roi.
Brillante sous les fleurs, les parfums et les flammes,
Sa venue est prédite, à la fois, à nos yeux ,
Par \i\ forêt qui se dépouille, et, dans nos âmes,
Célébrons-le, par notre joie et par des danses, A rheure où le soir monte et rougit Thorizon. Bacchus aimait les chants et les folles cadences, Et qu'on entrât comme des dieux dans sa saison.
Laissons les gerbes d'or embaumer la vallée,
O compagnons, TAutomne entr'ouvre ses vergers
Où la terre de feuilles pourpres est voilée,
Où les arbres de fruits et d'ombres sont chargés.
C'est là que notre troupe, à l'Automne enlacée, Connaîtra le mystère auguste de Tamour, Quand la feuille, par tous les souffles embrassée Vivante, volera dans la douceur du jour.
Sur le Bonheur
Beau pèlerin d'amour, visiteur solitaire Dont la tête divine éclate dans le soir, Voici le seuil et le foyer, fruits de la terre, Et puis voici la table où tu pourras t'asseoir.
Ouvrant ses ailes, d'où la lumière s'élance, Ton songe autour de nous était déjà venu ; Et c'est pourquoi, malgré ton manteau de silence, O Bonheur, dans nos cœurs nous t'avons reconnu.
Avec sa paix et sa clarté, ton arrivée Nous fut prédite au cours de la belle saison, Quand l'épouse, à mon bras ravie et soulevée, Comme une jeune aurore cnira dans la maison.
Maintenant, o Bonheur, ta présence elle-même Ravonne et se rellcte aux pierres du foyer; Si tu romps notre pain, nous verrons un diadème, Dieu des repas, à ton front calme liambover.
Car tu présides sur la plaine et les collines Et tu fais ton plaisir de la vigne et du blé, Aimant Thomme , et baignant de gloire nos poitrines , Quand le soir par le vin en ondes est comblé.
Compagnon de Tamour et de la solitude, Repose-toi , toute une nuit, sous notre toit; Pénètre son regard humide, mon étude, Et laisse notre cœur tout imprégné de toi,
Pour que Tessaim chantant des heures dévoilées Traverse, lentement, la pourpre du soleil, Et que la douce nuit, qui monte des vallées. Nous apporte les fleurs propices au sommeil.
POKTIQI'ES 25
Invitation au Sommeil
O Sommeil, souverain de l'homme et de la terre, L'ombre a déjà chasse du ciel tous les oiseaux; Il est temps que, du sable et des premières eaux, Tu dresses la pudeur de ton corps solitaire.
Toi qui nais sur les flots, dans le reflet du bois, La courbe de la nuit sur la rive marine Est la ligne qui ploie et s'oflVe à ta poitrine, Et la langueur du vent a passé dans ta voix.
Mais la profonde mer s'agite toute entière Avec recueil et le mensonge de son port Dans tes regards, et l'aile noire de la mort A tes épaules s'ouvre et brise ta lumière.
Au travers des vallons obscurcis de vapeurs. Tu lais luir le troupeau des folles épouvantes. En éteignant le feu des prunelles ardentes Et les rayons de source attirants et trompeurs.
Quand la plaine te tend ses moissons et ses roses Comme un souffle du sud tu caresses les blés, Tu clos la rose, et, sur les chênes assemblés. Dans un frissonnement de feuilles tu te poses.
Du seuil de la maison ouverte sur les cieux
Je t'appelle, ô Sommeil, dans ta douceur d'aurore.
Sur réponse et Tenfant à la lèvre sonore.
Qui souhaitent ta main magique sur leurs yeux.
Délasse-les des jeux sévères de la vie , Puisque notre foyer soiis la cendre s'endort, Et puisque la clarté pâle des lampes d'or, Par ta présence sainte, elle-même, est ravie.
Sur la Mort
Fleur de ma chair, enfant à la lèvre vivante.
Toi dont les yeux sont bleus comme un ciel au matin,
Voici que, sur ta lèvre et tes yeux, répouvanic
De la Mort est venue et que ton jour s'éteint.
Hier encore, au soleil immortel de Provence, Ta mère offait ton corps nourri de ses rayons : Dans les prés jaunissants de fleurs elle s'avance, Faisant lever autour de toi des papillons!
Hier encore, aux repas sacres, où la famille Participe aux présents des coteaux et des champs, Nous avons vu ta face d'ange qui scintille. Rendre joyeux des fronts assombris par les ans.
O bel enfant, conçu sous le soleil d'automne, A Tombre murmurante et verte des i;rands pins, La jeunesse de tes regards toujours étonne Ta mère qui prend part à tes ébats divins.
Mais, hélas! maintenant, dans le silence et Tombre Tu disparais aux bras puissants de la douleur, Et ton corps , agité d'un frémissement sombre, Se fane au vent du soir comme une tendre fleur.
Et pourtant, la beauté de ce corps solitaire, O mon enfant plus précieux qu'un fils de roi, Dans son printemps ne peut retourner à la terre. Tu dois vivre de mon espoir qui vit en toi !
Puissè-je, par ce chant gonflé de mes tristesses O mon enfant, avec la vie et ses vertus. Lier à ton berceau le rire, les caresses, Et les jeux qui devant les larmes se sont tus!
POKTIQUES 29
Sur l'Hiveb
Hiver, roi des loyers hantes de têtes blanclies, Qui se courbent parmi des cheveux blonds d'enfants Tandis que, sous le feu, la sève sort des branches Et que rayonne l'or des contes triomphants;
Hiver, saison de l'ombre, hélas! et du silence, En passant près du saule et regardant dans l'eau J'ai vu tes mains et leur mortelle transparence Qui recouvraient déjà la tige du roseau.
Chemins de fleurs, gazons, douce gaieté des sources, Et vous, bois, recevez nos pleurs et nos adieux. Asiles verts, toujours complaisants à nos courses, On va fermer sur vous la tristesse des cieux.
Dans notre amour. Hiver, et dans notre jeunesse
Epargne-nous, ses yeux ont à peine quinze ans,
Et sa gorge palpite encor de la caresse
Échangée aux moissons, sous la splendeur des champs,
Que la chambre mystérieuse nous accueille Avec ses flammes et la chaleur de son lit; Le vent jette aux fenêtres closes une feuille, Et notre lampe, au fond du miroir, resplendit.
Quand, délivrée, Hiver, de ton œuvre fatale Et souriante sous ta neige qui se fond Nous verrons la campagne et sa verdure pâle, Magnifiques, jaillir, hors de ton sein profond.
Nous te rendrons alors nos cœurs et nos louanges. Et nous célébrerons tes jours comme tes nuits. Toi qui retiens, dans tes brouillards et dans tes fanges, La promesse des fleurs, des épis et des fruits.
POÉTIQUES , 3l
Regrets a la Provence
O toi, ma passion et ma joyeuse étude, Provence de la mer, éloigné de tes cieux. Et le cœur tourmenté d'amère solitude, Ta seule vision adoucirait mes veux.
J'ai gardé sous mon front tes courbes, ô patrie, Celles que Tazur tend à l'horizon des eaux, Et si je souffre, c'est qu'une race flétrie M'entoure, sourde à jamais au chant des oiseaux.
Le souvenir délicieux dont tu m'enchaînes Laisse traîner partout l'attrait de ses liens : Le bois qui me reçoit ici, parmi ses chênes, N'a plus cette lueur qui tremblait dans les tiens;
Et cette ville, avec son peuple et ses" toits sombres, M'invite à regretter la reine du Midi, Qui façonna, sous ses platanes chargés d'ombres, Mon àme, l'urne où sa beauté se répandit.
Mais j'appelle surtout la maison nuptiale Dressée au jour, sous le balancement des pins, Refuge de Tamour et du beau sommeil pâle Qu'attiraient le mystère et la voix des bassins.
Soirs d'extase devant la nuit, sur la colline, Quand Tenfant souriant à la lune d'été ■ Et l'épouse pressant sa mamelle divine, Ayant franchi le seuil, marchaient dans la clarté.
J'irai vers toi, Provence, et tes mers lumineuses. Ton génie assemblant tous ces reflets épars : Chemins foulés, baisers ravis. Ombres heureuses. Ranimera bientôt la fleur de mes regards.
(Paris.)
Regrets a i.a Rien-aimke
Beaux amants enlacés dans l'ombre des allées, Douces colombes qui paissez sur le gazon , Cvgnes dont Tailc laisse aux bassins un frisson Arbres, vases, et vous Naïades dévoilées,
Le printemps qui passait du doigt vous a touchés. De son sourtie de fleurs niaintenant il vous presse, Faites que ma douleur en couronne se tresse Pour ma mémoire où d'autres printemps sont couchés.
Jours sonores, jours plein d'ardentes rêveries, Quand le cœur comme un fruit se gonfle sous la main Et que l'amante épanouit, sur le chemin Des heures, ses baisers et ses pudeurs fleuries,
Vous êtes enfermés au cercle de ses pas Et, ni la voix du soir qui parle dans les arbres. Ni les gestes mystérieux que font les marbres N'obscurciront son jeune rire et vos éclats.
Car c'est toi que je cherche encore, Bien aimée, Dans ce parc qui s'efface et s'abandonne au soir, Et qui meurt , pour mon cœur , surtout , de ne pas voir Ta robe errer parmi sa douceur embaumée.
La chaleur de tes seins absente de mes nuits A dépeuplé les champs silencieux du rêve, Et voici qu'au pays où mon exil s'achève Comme une ombre mortelle au réel tu me suis.
Toi dont le souvenir est si pesant aux choses,
J'enflammerai bientôt un trophée à tes yeux
Où j'aurai mis tout le printemps délicieux :
La brise et les oiseaux, l'ombre chaude et les roses.