ANCIEN LIBRAIRE, A PARIS
Cher Monsieur,
M'excuserez -vous d'oser , sans votre aveu , vous dédier ce livre , dont vous avez accueilli le projet avec intérêt et auquel vous avez prêté votre précieux concours ? Je ne voulais pas qu'un scrupule de modestie vous fît décliner cet hommage et m'empêchât d'acquitter ce que je considéré comme une dette .
En effet, vous nous avez rendu , à nous tous qui faisons du livre l'objet de notre culte ou de nos études, d'inappréciables services . Vous avez été le guide et l'initiateur de toute une génération, le libraire par excellence, le libraire majorum gentium, comme disait un savant, parlant de Daniel Elzevier. C'est par vos conseils et
d'apres vos indications qu'ont été formées les plus belles collections qui existent actuellement ; les ventes que vous avez dirigées sont les plus importantes de l'époque et laisseront un souvenir durable grâce à vos catalogues , modèles d'exactitude et de précision , dont la place est marquée à côté des répertoires spéciaux. J .-Ch. Brunet vous a donné à cet égard la plus haute consécration , en vous chargeant par son testament de présider à la vente de sa bibliothèque.
L'autorité que chacun vous reconnaît, vous l'avez fait tourner au profit de la science, estimant avec raison que l'amour des livres n'est qu'une vaine et stérile manie, quand il n'est pas la plus noble et la plus intelligente des passions. Votre appui désintéressé et votre coopération ont été acquis à toutes les entreprises ayaitt pour but de remettre d'anciens textes en lumière ou de restituer aux chefs-d'œuvre leur primitif éclat . Quoique vous ayez tâché partout de vous effacer, votre trace demeure visible et votre nom est lié désormais à l'histoire de la bibliographie .
Sainte-Beuve parle dans une de ses causeries « du petit cabinet où se réunissent chez M. Potier quelques amateurs de vieux livres, et où l'on cause d'un Elzevier ou d'un Vérard, d'un classique ou d'un conteur. » Hélas! il est fermé depuis longtemps ce petit salon , tout meublé de livres , du quai Malaquais, où se rassemblait cette élite d'amateurs et d'érudits, où, novice alors, j'ai recueilli de votre bouche tant de détails curieux et de piquantes anecdotes, où j'ai appris combien la bibliographie , qui passe pour une science aride, devient vivante lorsqu'elle est relevée par l'étude et le goût des choses littéraires.
La sympathie et le respect vous ont suivi dans votre retraite. Par un privilège bien rare, vous pouvez vous flatter de n'avoir point fait d'ingrats. Tous vos anciens clients, — et Dieu sait s'il en est d'illustres par le savoir, la naissance et la fortune, — vous
sont restés fidèles et tiennent à honneur de vous compter au nombre de leurs amis.
Qu'il me soit permis d'invoquer également ici l'amitié que vous voulez bien me témoigner. Mais si j'inscris votre nom à la première page de ce volume , c'est surtout parce que j'ai à cœur de rendre publiquement hommage au digne continuateur des De Bure} au dernier représentant des grandes traditions de la librairie française , au juge sagace , à l'expert habile et obligeant, et aussi, pourquoi ne le dirais-je pas? à l'homme intègre, qui dans une profession épineuse et jonchée d'embûches a su forcer l'estime de tous, au point que son nom est devenu synonyme de délicatesse et de probité.
Alphonse WILLEMS.
Bruxelles, 31 mars 1880.
INTRODUCTION
Avant d’entreprendre l’histoire des Elzevier et de leurs éditions, il nous a paru essentiel de passer en revue les principales sources de cette histoire et d’indiquer le parti que nous en avons tiré. Ce sera l’objet de cette introduction.
Notre travail se composant de deux parties distinctes, l’une historique, l’autre bibliographique, nous diviserons également nos sources en deux classes, la première relative à la biographie des Elzevier, la seconde aux éditions qu’ils ont publiées.
Nous commencerons par nous débarrasser de la tâche la plus aride, mais non la moins indispensable . l’analyse des documents qui ont trait à la bibliographie eîzevirienne. Ces documents sont en assez grand nombre. Il en est de première main, notamment les catalogues officinaux des deux maisons de Leyde et d’Amsterdam; comme ils émanent des Elzevier eux-mêmes, on leur doit naturellement une attention spéciale. Les autres documents que nous aurons à examiner comprennent toute la série des travaux auxquels les éditions des Elzevier ont donné lieu depuis le commencement de ce siècle.
La liste des catalogues elzeviriens, telle que nous la donnons en tête de nos Annales , se compose de vingt et un articles. Neuf comprennent des livres d’assortiment ou des spécimens
INTRODUCTION
de caractères, et n’ont qu’une importance secondaire au point de vue de la bibliographie elzevirienne. Les douze autres sont des catalogues officinaux, c’est-à-dire qu’ils donnent la liste des livres de fonds et en nombre « qui eorum typis et impensis prodierunt aut quorum alias magna ipsis copia suppetit. »
Avant de nous occuper de ces catalogues, nous devons dire un mot d’un recueil du même genre, et dont l’intérêt n’est pas moindre, surtout pour les premiers temps de l’établissement des Elzevier. Nous voulons parler des catalogues des célèbres foires de Francfort. Ces foires se tenaient deux fois l’an, au printemps et à l’automne; chaque fois on publiait la liste des ouvrages nouvellement parus, avec le nom du libraire qui les débitait(I). Ainsi que nous l’expliquons ailleurs, le fqndateur de la mai-son de Leyde, Louis Elzevier, tenait boutique à Francfort, de sorte que presque tous les livres qu’il a édités figurent à leur date dans ces catalogues. Mais comme il ne se bornait pas à vendre ses propres publications, on y trouve cités sous son nom, apud Ludovicum Elzevirium , bon nombre d’ouvrages appartenant à d’autres libraires. Le P. Adry, qui ignorait cette particularité, a copié la plupart de ces titres, sans plus d’examen, et les a admis dans ses Annales parmi les éditions données par L. Elzevier. Voici une liste plus exacte de ces prétendus elzeviers, jusque 1620, avec l’adresse des véritables éditeurs :
(L’astérisque indique ceux de ces articles que M. Pieters a admis à tort dans ses Annales).
1603. — D. Basilii Magni opéra omnia. Parisiis, apud Elzeuierium, in-fol. — Parisiis , apud Mich. Sonnium , 1603.
De feudi iuris scripti Hollandici Vestfrisiciq. successione. A pud eundcm , in-4.
Édition originale du traité de Neostadius (no 172).
Renati Choppini de ciuilibus Parisiorum moribus et institutis libri III. Apud Elzeuierium , in-fol. — Parisiis, apud Mich. Sonnium, 1603.
Alberti Leonini commentatio in Apocalypsin. Apud Elzeuirium.
Annoncé comme devant paraître à la prochaine foire d’automne, futuris nundinis proditurus.
1607. — V. C. Maximi Tyrii philosophi Plat, dissertationes. Lugd. Bat., apud L. Elzeuieri, in-8. — Lugd. Bat., apud Joannem Patium, 1607.
Aristotelis Ethicorum ad Nicomachum. Lugd. Bat., apud Lud. Chevierii (sic), in-4. — Lugd. Bat., ex offic. Joli. Patii, 1607.
d) Nous avons trouvé à la Bibliothèque de Leyde une précieuse collection de ces catalogues depuis 1603 jusque 1668.
INTRODUCTION
*Synonyma M. T. Ciceronis coll. studio Stephani Ubelii. Apud eundem, in-8. — Leovardiœ, apud Ægidiam Radœum , 1607.
1608. — *Munsterus hypobolimæus. L. Bat ., prost. apud L. Elzeuirium, in-8. —
Lugd. Bat., ex offre. J. Patii, 1609 (cf. n° 123).
1609. — *Disputationes anniversariæ ad 4 libros Instit. propos, a Timæo Fabro.
Franccarœ (sic), apud Lud. Elzevierum , in-4. — Franequerœ, 1609.
1610. — *J. Ern. Burggravii Balneum Dianæ. Lugd. Bat., apud L. Elzeuirum.
*Eiusdem de Electro philosophorum. Ibid.
Ces deux articles sont annoncés comme devant paraître à la foire suivante. Adry cite le premier sous la date de 1600.
1611. — *Sermo forensis de hæredis institutione. L. B., apud L. Elzev., in-8 (par
Lyclama a Nyeholt). — Franekerœ, 1611, suiv. Foppens.
*Scotanus (Schotanus?) redivivus. Ibid., in-8. — Franequerœ, apud Ægid. Radœum, 1610, suiv. Paquot.
*D. Baudii V. C. oratio ad studiosos Leidenses. Ibid., in-8. — Lugd. Bat., excud. H. ab Haestens, 1609.
1612. — Delitiæ musicæ, op. et stud. Ioach. Van den Hoven Antuerp. Lugd. Bat.,
apud L. Elzev. et Io. Ioan., in-fol. — Ultrajecti, apud Salom. de Roy et Joh. de Rhenen, 1612, suiv. Becker.
*Biolychnium seu lucerna Io. E. Burggravii. Franekerœ, ap. Lud. Elzev. '■:Historia veterum episcop. Traject. L. Bat., ap. Lud. Elzev., in-4. — * Franekerœ, excud. Romb. Doyerna, 1612 (cf. n° 63).
^Description et représ, de toutes les victoires. A Leyden, chez L. Elzevir, in-fol. — A Leyden, par Iean I. Orlers et Henry de Haestens , 1612.
1613. — *P. Busii de Republica iibri très. Apud Lud. Elzev., in-4. — Franekerœ,
apud Romb. Doyerna, 1613.
1614. — Illustris Academia Lugd. Batava. L. Bat., ap. Lud. Elzev., in-4. — Lugd.
Bat., apud And. Cloucquiumy 1613 (cf. n° 237).
*Ordinum Holl. ac Westfrisiæ pietas. Lugd. Bat., apud eundem, in-4. — Lugd. Bat., apud J. Patium, 1613.
*Er. Puteani Democritus. Apud eundem, in-4. — Lovanii, J. Ch. Flavius, 1614, suiv. Paquot.
Iacobi Corn, a Marca opéra omnia. Lovanii, prost. apud Elzev., in-8. — Lovanii, typis Phil. Dormalii, 1613.
*La Piété des Estats de Hollande défendue par H. de Groot. A Leyden, apud Lud. Elzev., in-4. — Leyden, Patins, 1613.
N. Vernulæi orationes duæ. Lovanii, prost. apud Lud. Elzev., in-4. — Lovanii, 1614, suiv. Paquot.
Rhetorum collegii Porcensis orationes. Prostat apud Lud. Elzev., in-8. — Lovanii , 1614, suiv. Paquot (art. Vcrnulœus).
*Neostadii de pactis antenuptialibus observ. Lugd. Bat., apud L. Elzev., in-4. — Lugd. Bat., ex off. J. Patii, 1614. Sumpt. Am. Meuris. Breviarium juris feudalis. Ibid., in-4.
*Corn. Liens consertatio epistolica. Lugd. Bat., prostat apud Lud. Elzev., in-8. — Zirizeœ, apud J. van Hellen, 1614.
*Decretum illust. ac potent. Ord. pro pace ecclesiarum. L.Bat.,ap. L. Elzev.
et Arnhemiœ ap. Iansonium, in-4. — Lugd. Bat., apud J. Patium, 1614. Adriani Scrieckii Origines celticæ. Ibid., in-fol. — - Y pris, apud Fr. Belletum, 1614 (cf. n° 105).
INTRODUCTION
"Tnstitutiones physicæ, auth. G. Iachæo. L. Bat., apud Elzcv., in-8. ï::Maximi Tyrii Dissert, philos. Ibid., in-8. — Lugd. Bat., apud J. Patium , 1614. *Themistii Euphradæ Orationes. Ibid., in-8. — Lugd. Bat., excud. I. Patins, 1614.
1615. — La généalogie des ill. comtes de Nassau. A Leyden, chez I. Orlers et