‹ Les ElzevierChapitre 15 sur 256 · LES ÉDITIONS ELZEVI RIEN NES · texte numérisé non relu

LES ÉDITIONS ELZEVI RIEN NES

désormais acquis à l’histoire de la typographie, et viendra s’ajouter à la glorieuse phalange des artistes en tout genre dont s’honorent les Pays-Bas. Si la France cite avec orgueil Cl. Garamond et les Sanlecque, la Hollande peut être hère à bon droit de posséder un maître à peine inférieur au premier et qui surpasse de beaucoup les deux autres.

On nous objectera peut-être qu’il n’est question dans la lettre que de l’imprimerie elzevirienne d’Amsterdam, et non point de l’établissement rival de Leyde. Mais la réponse est facile. Les caractères elzeviriens, qu’ils soient de Leyde ou d’Amsterdam, proviennent évidemment de la même source. Si les bibliographes ont insisté avec raison sur certaines différences dans l’ornementation des livres provenant de ces deux officines, nul ne s’est avisé d’établir une distinction entre les caractères, ni même de ramener les fleurons, culsde-lampe et lettres grises, à des manières, à des styles différents. D’ailleurs, si les poinçons de Leyde avaient été gravés partout autre que Van Dyck, celui-ci n’eût été qu’un plagiaire, et la veuve de Daniel Elzevier se fût bien gardée de le désigner comme un maître sans rival. Enfin, les termes dont elle se sert semblent indiquer qu’il florissait déjà dans la première moitié du siècle, avant la fondation de la maison d’Amsterdam, à l’époque où les Elzevier de Leyde inauguraient la série de leurs chefs-d’œuvre.

En quelles mains passèrent les poinçons et matrices de Van Dyck, lors de la vente qui en fut faite le 5 mars 1681? L’annonce suivante, insérée dans la Gazette de Harlem, sous la date du 17 juin 1683, contient la réponse à cette question :

On porte à la connaissance du public que l’excellente et célèbre fonderie de caractères de feu Christophe van Dyck, vendue par les héritiers de feu D. Elzevier, avec d’autres matrices excellentes, tant grecques que romaines, réunies du vivant dudit Elzevier, est reconstituée à Amsterdam.

S’adresser à Jean Bos, au domicile du sr Joseph Athias, où il est en service toute la journée. Le prix des caractères est le même que du temps de Van Dyck et d’Elzeviert1).

(») « Werdt bekent gemaeckt dat d’uytstekende en seer beroemde Letter Gietery « van Zalr. Christoffel van Dyck, die verkocht is by d’Erfgenamen van wylen

CHRIST. VAN DYCK

Joseph Athias était un juif d’origine espagnole, qui, après avoir enseigné à Hambourg, était venu fonder à Amsterdam un grand établissement typographique (I). De son officine sont sorties quantité de Bibles en diverses langues, entre autres en allemand, espagnol, anglais et écossais (d’après son propre témoignage, le nombre de celles qu’il a imprimées dans ces deux derniers idiomes se monte à près d’un million (2)). Mais il est surtout connu pour avoir mis au jour en 1661 et 1667 une Bible hébraïque, pour laquelle il avait fait graver par Christophe van Dyck des caractères nouveaux, les plus beaux, de l’aveu de tous les hébraïsants, qu’on eût jamais vus(3). En récompense de ce travail, les Etats de Hollande et de West-Frise lui décernèrent une médaille et une chaîne d’or du poids de dix-huit onces, distinction qu’avant lui aucun de ses coreligionnaires n’avait obtenue. On conçoit qu’Athias, qui avait été en relation avec Van Dyck et lui devait une partie de ses succès, ait profité de l’occasion qui s’offrait à lui d’acquérir l’œuvre complet du maître. Une pièce in-folio, retrouvée dans les papiers de la maison Enschedé à Harlem, nous donne l’adresse exacte d’Athias. Elle est intitulée : Spécimen des caractères gravés par Christophe van Dyck} qu'on peut se procurer à Amsterdam , au local de V imprimerie située sur le Nieuwe Heere Gracht , en face du PlantagieKA\

L’établissement d’Athias fut cédé, dit-on, à l’imprimeur J. J. Schipper, puis à un fondeur d’Amsterdam nommé Jean Roman. Il existe un spécimen absolument pareil à celui que nous venons de citer, et contenant les mêmes fautes

« Daniel Elsevier, met noch verscheyde andere uytstekende Matrysen, t’ zy Griex « als Romeyn, in ’t leven van gem. Elsevier bijeenvergadert weder is opgerecht « t’Amsterdam.

« Die sig adresseren aen Jan Bos, ten huyse van Sr. Joseph Athias alwaer hy « den geheelen dag in dienst is; de prys van de letters is, als van Dyck en Elzevier « genomen hebben. »

(0 Basnage, Histoire des Juifs, t. XV, p. 1026.

(2) Is. le Long, Boekzaal der nederduytsche Bybcls, Amst., 1732, in-4, p. 858.

(3) J. Enschedé, Proef van letteren, 1768.

(4) Proeven van letteren die gesneden zyn door wylen Christoffel van Dyck wclckc te bekomen zyn op de Nieuwe Heere Gracht over de Plantagie in de boekdruckery tut A msterdam.

Page 1