MATTHIEU ELZEVIER
Matthieu Elzevier est qualifié libraire, ce qui prouve que dès lors il assistait son père dans la gestion de ses affaires.
Le 5 août 1594, trois jours avant Louis Elzevier, Matthieu obtint le droit de bourgeoisie à Leyde, sur le témoignage de Honesto Lopes son beau-père, qui se constitua caution.
Les fonctions d’appariteur de l’Université étant devenues vacantes, vers la fin de 1607, par le décès du titulaire, Augustin Waersegger, Matthieu se mit sur les rangs. Il eut l’honneur d’être chaudement patronné par l’illustre Scaliger. Voici en quels termes celui-ci recommanda son protégé à Gorn. vander Myle, curateur de l’Université :
« Beaucoup de gens sollicitent la place d’Augustin, l’appariteur, qui vient de décéder, et assurément l’affaire presse. C’est à vous qu’il appartient non seulement de décerner cet emploi, mais encore de voir à qui il convient de le décerner. Ceux qui se présentent ou sont présentés par d’autres n’ont rien de ce qu’il faut pour le remplir dignement. Car il importe d’avon quelque usage des langues, à cause des étrangers qui fréquentent l’Université, et de réunir plusieurs autres conditions que vous connaissez mieux que moi. Pour ma part, je doute qu’il y ait quelqu’un qui soit plus propre à ces fonctions ni plus digne de les obtenir que Matthieu Elzevier. Il s’en acquittait déjà avec son père du vivant même d’Augustin, de sorte qu’il peut pour ainsi dire alléguer la possession; en outre il sait plusieurs langues, et il est désigné par le vœu de tous. Ce qui est plus essentiel, il mérite par sa probité qu’on vienne en aide à sa position précaire, qu’on le mette à même de pourvoir au sort de sa famille et de se rendre honorablement utile à l’Université. Je le recommande à votre bienveillance, espérant que nous n’aurons pas à regretter, lui de s’être-adressé en vain à moi, et moi-même d’avoir eu tort de compter sur vous. Leide, le 8 septembre 1607 U). »
Matthieu Elzevier fut nommé le 13 novembre et prêta serment le lendemain(2). Révoqué en 1616, pour avoir causé par son imprudence l’incendie qui réduisit en cendres une partie de l’Université, il fut réintégré dans ses fonctions l’année suivante, après la mort de son père. Il les conserva tant qu’il vécut; en 1636 il obtint, en considération de son grand âge, de se faire assister par son gendre, Pierre Caron.
Après la mort de Louis Elzevier, Matthieu s’associa avec le cadet de ses frères pour exploiter la librairie de Leyde. Les noms de Matthieu et Bonaventure Elzevier ne figurent
Josephi Scaligeri Epistolœ, Lugd. Bat., Elzev., 1627, in-8, p. 715. (*) Rammelman Elsevier, Uitkomsten , p. 10, note 4.
LES BIOGRAPHIES
cependant que sur deux ouvrages, parus en 1618, la Castramétation de Simon Stevin et la Nouvelle maniéré de fortification par escluses du même. Toutes leurs autres publications sont signées : Ex officina Elzeviriana.
Par acte passé le 3 septembre 1622, Matthieu céda sa part dans l’association à son fils aîné Abraham. Cette transaction fut conclue pour la somme de 11,217 florins, dont 4217 florins payables comptant, et 7000 florins par termes annuels de 1200 florins(I).
Matthieu, ayant perdu sa femme en 1624, se remaria encore deux fois : le 10 novembre 1624, avec Marie Ludolph van Ceulen, à Delft, laquelle mourut en mars 1626; et le 7 juillet 1626, avec Élisabeth Jans, qui décéda en juillet 1639.
Lui-même mourut à Leyde, le 6 décembre 1640, et fut inhumé le 10 décembre en l’église Saint-Pierre. Si l’on admet qu’il contracta son premier mariage à vingt-cinq ans, il serait né en 1565 et aurait atteint l’âge de soixante-quinze ans.
De son union avec Barbara Lopes naquirent cinq enfants, dont trois fils, Abraham, Isaac et Jacob, sur lesquels nous aurons à revenir.
O) Renseignement communiqué par M. Rammelman Elsevier à M. Pieters.