‹ Les ElzevierChapitre 37 sur 256 · DEUXIÈME FILS DE MATTHIEU · texte numérisé non relu

DEUXIÈME FILS DE MATTHIEU

Dans l’ordre généalogique la biographie d’Isaac Elzevier devrait venir à la suite de celles de Bonaventure et d’Abraham. Mais comme, après le décès du fondateur de la maison, Isaac se trouve être le plus en vue des Elzevier, et que son oncle et son frère aîné n’entrent en scène qu’au moment où lui-même se retire, nous avons préféré intervertir la série, et présenter les faits dans leur succession normale et régulière.

Isaac Elzevier, deuxième fils de Matthieu, est né à Leyde, le il mars 1596. Nous ne savons rien de ce qui le concerne avant l’époque de son mariage. Le 14 février 1616, il épouse la belle-sœur de son oncle Arnout, Jacquemine Symons van Swieten, une orpheline, dont le père avait été ingénieur à Woerden, puis secrétaire de la chambre des orphelins à Leyde. Dans l’acte de mariage il prend la qualification d’imprimeur, ce qui ne prouve nullement qu’il exerçât cette profession pour son compte personnel. En effet, ce ne fut qu’après son mariage, et sans doute au moyen de la dot, — car nous savons que son père était peu favorisé du côté de la fortune, — qu’il fit l’acquisition d’une imprimerie, la première que les Elzevier aient possédée. Ses premières productions datent de 1617; elles ont été exécutées aux frais de son grandpère Louis Elzevier et portent l’adresse de ce dernier.

Louis mourut en cette même année, et les affaires de la maison passèrent aux mains de Matthieu et de Bonaventure, puis entre celles de Bonaventure et d’Abraham. Comme on le présume, Isaac continua à travailler pour ses parents, qui l’employèrent de préférence à tout autre imprimeur. Mais ils ne furent pas les seuls ; car nos catalogues témoignent que deux

LES BIOGRAPHIES

autres libraires, Henri Laurentius de Leyde et Henri Hondius d’Amsterdam, se servaient habituellement de ses presses.

Ici se présente un petit problème. Parmi les volumes qu’il a exécutés, il en est un assez bon nombre dont le titre porte cette simple mention : Lugduni Batavorum , apud Isaacum Elzevirium , ou bien typis Is . Elzevirii. C’est le cas pour la plupart des pièces de circonstance, poésies nuptiales, discours académiques, etc., où toute autre indication eût été superflue; mais c’est aussi le cas pour certains ouvrages d’intérêt général et qui n’étaient nullement inspirés par les conjonctures du moment. Suivant nous, les livres portant cette unique adresse sont ceux dont l’auteur s’était réservé la publication, soit qu’il y eût avantage pour lui à se passer de l’intermédiaire du libraire (ainsi des livres qui se débitaient directement aux étudiants), soit qu’on n’eût pas trouvé d’éditeur disposé à faire les frais de l’impression. Ce serait pour cette raison que les moins importantes publications du fécond Meursius auraient paru sous le nom d’Isaac, sauf à être pourvues de nouveaux titres dès qu’il se présentait un éditeur(I). En tous cas nous ne croyons pas qu’on puisse induire de là qu’Isaac joignît la profession de libraire à celle d’imprimeur^. Aucun document ne vient à l’appui de cette hypothèse. Selon toute apparence, comme il était seul à diriger sa typographie, il ne devait avoir ni le loisir ni le goût de susciter à son père ou à son frère aîné une concurrence fâcheuse pour eux et peu profitable pour lui-même.

Le 9 février 1620, Isaac fut nommé imprimeur juré de l’Université de Leyde, en remplacement de Jean Paedts. Nous avons fait connaître dans un précédent chapitre(3) les clauses et conditions qui lui furent imposées, et les avantages qui résultèrent pour lui de sa nomination. Il suffira de rappeler ici que dès l’année suivante il obtint, moyennant une

(O Voir les nos 151, 168, 175, 189 et 203.

(2) Une autre preuve se tire de la pièce par laquelle Isaac offre au conseil académique sa démission (ci-après p. clx). Il y fait valoir cette considération que ses successeurs, étant en même temps libraires , pourront plus facilement que lui maintenir l’imprimerie.

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