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P. XLVII

LES BIOGRAPHIES

somme de neuf mille florins, payables en espèces ou en obligations. Le lendemain il leur vend pour deux mille florins le local où cette imprimerie se trouve établie.

Sa démission d’imprimeur officiel devait s’ensuivre : il l’adressa, le 8 février 1626, au collège des curateurs et bourgmestres dans les termes suivants :

« Expose avec respect Isaac Elsevier, imprimeur juré de l’Université, qu’il se sent profondément votre obligé, à cause qu’il vous a plu lui accorder faveur, honneur et bienfait, en l’admettant comme imprimeur ordinaire et juré de l’Université, emploi dont il s’est toujours efforcé de s’acquitter en toute conscience, et qu’il aurait désiré continuer le plus longtemps possible, n’était qu’en raison des guerres et troubles en Allemagne et autres pays, la profession d’imprimeur est tombée si bas qu’il se voit contraint d’y renoncer, et qu’il a dû transférer son imprimerie à des amis, qui étant en même temps libraires pourront la tenir debout plus facilement; lui-même compte embrasser une autre profession, ce qu’il vous supplie de prendre en bonne part. Il ne vous en remercie pas moins vivement pour les grands bienfaits, pour l’honneur et la faveur dont vous l’avez comblé durant ces dernières années; il s’estime tenu en tout temps de vous témoigner sa reconnaissance, et de s’acquitter envers vous par tous les services qu’il pourra vous rendre dans la mesure de ses faibles moyens U'. »

C’est donc avec la fin de l’année 1625 que se termine la carrière typographique d’Isaac. Dans les derniers jours de mars 1626, il quitta Leyde pour aller s’établir à Rotterdam. On sait aujourd’hui qu’il prit service dans la marine, et qu’en 1632 il obtint le rang de capitaine, titre qu’il conserva jusqu’à sa mort. Vers 1644 il se fixa à Wassenaar, village situé à michemin de Leyde et de La Haye; enfin, en 1648, nous le retrouvons à Delft, associé dans une brasserie avec ses deux plus jeunes fils. Il mourut à Cologne, le 8 octobre 1651, pendant un voyage qu’il avait entrepris pour remettre des fonds à son frère Jacob, à Gensingen, dans le Palatinat. Sa femme décéda à Rotterdam, le 10 octobre 1670.

Du mariage d’Isaac et de Jacquemine van Swieten sont issus cinq enfants, dont trois fils : Louis, Simon et Isaac. Les deux derniers sont entrés, l’un dans le commerce, l’autre dans l’administration. L’aîné, Louis, qu’on a longtemps confondu avec l’imprimeur d’Amsterdam, fuj: capitaine de

(1) Le texte original de cette missive a été publié par M. Rammelman Elsevier, Uitkomsten , p. 17 des Bijlagen.

marine; il épousa en 163g Adriana Bosman, fille d’un bourgmestre de Rotterdam, et eut deux enfants de ce mariage. C’est de l’un de ceux-ci que descend directement M. Rammelman Elsevier. Louis mourut à Rotterdam, en décembre 1640. Le musée de Tours conserve son portrait et celui de sa femme(I).

(I) C’est à M. Anatole de Montaiglon que nous sommes redevables de ce renseignement. L’éminent critique d’art nous avait signalé, lors d’un voyage qu’il fit en Belgique en 1875, l’existence au Musée de Tours de deux portraits de famille des Elzevier. A notre prière M. de Montaiglon voulut bien se charger d’examiner ces deux peintures, et voici en quels termes il nous fit part du résultat de son enquête :

« Les deux portraits donnés comme ceux de Louis Elzevier et d’Adriana « Bosman, sa femme, peints sur panneau (h. 0.72; 1. 0.60), font partie des tableaux « récemment donnés au Musée de Tours par M. Emile de Tarade. On les attribue « à Vander Helst dont ils ne sont pas, tout en étant bien hollandais, l’homme « meilleur que la femme , bien conservés, et d’une peinture claire et blaireautée. « L’homme est vêtu d’un justaucorps de buffle, sur lequel on voit un double cein- « turon de cuir étroit et une écharpe rouge orangé. Comme armoiries : une croix « de gueules à double pente, cantonnée aux 1 et 4 d’azur au lion d’or rampant, aux « 2 et 3 d’azur à trois fleurs de lys d’argent.

« La femme, aussi en buste, et qui est bien le pendant, a pour armes sur le « fond : d’argent à un chevron de gueules, accompagné en chef de deux fleurs de « lys d’azur et en pointe d’un oiseau d’azur.

« Du reste aucun nom. Celui d’Elzevier vient évidemment de l’attribution de « l’armoirie; sur ce point, c’est à vous de nous dire ce qu’il en faut penser; mais il « peut vous être intéressant de savoir qu’il y a au Musée de Tours ces portraits « avec ces deux armoiries. »

L’attribution du catalogue de Tours est exacte. Les armoiries décrites en premier lieu sont bien celles des Elzevier; et pour ce qui est de l’autre portrait, M. Scheffer, l’archiviste de Rotterdam, à qui nous nous sommes adressé pour avoir les armes de Iman Hendriksz Bosman, père d’Adrienne, nous a envoyé un croquis en tout conforme à la description qu’on vient de lire.

Puisque nous sommes sur ce chapitre des armoiries, nous devons au lecteur quelques mots d’explication. La figure placée en tête de ce volume diffère de celle qu’on trouve dans Bérard et M. Pieters. Suivant cette dernière, les Elzevier porteraient : écartelé , au 1 et 4 de gueules au lion d'or, au 2 et 3 d'azur à trois lys d'argent. Nous ignorons où Bérard a pris ce modèle, qui ne concorde pas d’ailleurs avec la description qu’il donne dans son texte. Les véritables armoiries des Elzevier sont celles que nous reproduisons, d’après une série de documents d’une authenticité indiscutable, savoir : i° le portrait du Musée de Tours; 2° une tapisserie brodée en 1711 par Jacquemine Taelman, épouse d’Isaac Elzevier; 30 un tableau armorié des échevins de Leyd'j 0 l’ex-libris, daté 1740, d’Isaac Elzevier, échevin a Rotterdam; 50 un autre ex-Jinris, daté 1780, de Jean Jacob Elzevier, bourgmestre de Rotterdam.

JACOB ELZEVIER

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