‹ Les ElzevierChapitre 48 sur 256 · FILS DE JEAN · texte numérisé non relu

FILS DE JEAN

Abraham n’est pas le dernier Elzevier dont nous ayons à parler, mais dans l’ordre chronologique il est le dernier de tous qui ait exercé la profession d’imprimeur.

Second fils de Jean, et d’Eva van Alphen, il naquit à Leyde, le 5 avril 1653, fit ses études à l’Université de sa ville natale, et fut promu docteur en droit le 12 janvier 1679.

Dans le courant de 1681, il prit à son compte l’imprimerie, que sa mère avait continué à gérer depuis la mort de Jean. Par résolution du 17 mai de la même année les curateurs le nommèrent typographe de l’Académie; toutefois ils stipulèrent que sa mère continuerait à jouir sa vie durant des 300 florins d’émoluments attachés à cette fonction. La première thèse qui porte le nom d’Abraham est du 3 juillet suivant10; mais ce ne fut que le 13 août qu’il se fit inscrire comme maître imprimeur dans les registres de la corporation.

M. Pieters a donné place dans ses Annales à une traduction néerlandaise de Minutius Félix, œuvre d’un « A. Elzevier, jurisconsulte, » laquelle parut en 1696 sous ce titre :

D’Octavius van Minutius Félix, handelende van d’ydelheid der afgoden. Ofte het christendom tegen ’t heidendom verdedigt. Uyt het latyn vertaelt door Mr A. Elzevier, regtsgeleerde. 't Amsterdam, by Joli, en GU. Janssonius van Waesberge, 1696, pet. in-8, de 6 ff. limin. et 126 pp.

Cet Elzevier est-il bien celui dont nous nous occupons? La chose nous a paru douteuse, et ne concorde guère avec la

(0 Disputatio medico-chirurgica inauguralis de spina ventosa, quam... ex authoritate Maguif. D. Rectoris D. Johannis Voet, J. U. D... publico examini subjicit Adrianus van Waard, Delpho-Batav. Ad diem 3 julii... Lugduni Batavorum, apud Abraliamum Elzevier , Acad, typogr., 1681, in-4, de 16 pp.

ABRAHAM ELZEVIER

réputation d’ignorance dont on l’a gratifié. Le fait que le volume a paru à Amsterdam, chez les Waesberge, alors qu’il eût été si simple à Abraham de l’éditer lui-même, nous semble également infirmer cette hypothèse. C’est pourquoi nous nous sommes abstenu de reprendre cet article dans notre catalogue.

Le 22 juin 1695, Abraham épousa Marie Vermeulen d’Amsterdam. Le 6 août 1710, il prêta serment en qualité d’échevin de la ville de Leyde(I).

Rien ne peut donner une idée de sa négligence et de son inaptitude. Entre ses mains l’imprimerie de Leyde tomba dans une complète décadence. Nous avons cité ailleurs le témoignage accablant d’un voyageur contemporain sur les abus qui se pratiquaient dans l’établissement^. Ce fut sans doute par considération pour le nom qu’il portait, peut-être aussi pour les fonctions échevinales dont il était revêtu, qu’on ne donna pas suite de son vivant aux plaintes formelles qui s’élevèrent à ce sujet.

Il mourut à Leyde, le 30 juillet 1712, laissant une fille unique, qui épousa Pierre du Mee et mourut sans enfants. La vente de son imprimerie, y compris les matrices, poinçons et caractères d’Erpenius, eut lieu le 20 février 1713. (Voir le n° 11.) Vu l’état de vétusté et de délabrement du matériel, le tout ne produisit, paraît-il, que 2000 florins.

Huit jours s’étaient à peine écoulés depuis la mort d’Abraham, que le conseil des curateurs était saisi d’un rapport du sénat académique, dénonçant « le préjudice causé à l’Université depuis nombre d’années par la mauvaise administration de l’imprimerie académique. » On ne s’y servait que de caractères vieux et usés, et de mauvais papier, donnant lieu à de « grandes exactions; » il n’y avait pas le moindre correcteur pour revoir les épreuves; on procédait avec une telle lenteur que plus d’une fois les thèses inaugurales avaient dû être réimprimées ailleurs. En un mot les

(O Mémorandum , 6 août 1710 : « Hebbe ik Mr Abraham Elzevier den eed afgelegt als regerend schepen der stad Leyden. »

(2) Ci-dessus, p. xliv.

LES BIOGRAPHIES

choses en étaient arrivées à ce point que bon nombre d’étudiants préféraient aller prendre leurs grades à Utrecht.

« Quel contraste, dit M. Pieters, que ce long blâme académique avec la médaille que soixante ans auparavant cette même académie avait consacrée à la mémoire de son grandpère Abraham! » Quel contraste, dirons-nous à notre tour, entre ce dénoûment obscur et l’impression causée quelque trente ans auparavant par la chute de la maison elzevirienne d’Amsterdam ! Quoique fondée depuis quarante ans à peine, cette maison, nous le verrons, s’était élevée si haut, grâce à l’activité et à l’intelligence de ses chefs, que la mort de Daniel mit en émoi toute l’Europe savante, et prit, suivant le mot de Locke, le caractère d’une calamité publique. Au contraire, la mort d’Abraham, du dernier descendant de trois générations d’éditeurs et d’imprimeurs illustres, passa inaperçue. Ceux même qui lui avaient confié ses fonctions officielles apprirent cette nouvelle avec indifférence, si tant est qu’elle n’ait provoqué chez eux un sentiment de soulagement.

LOUIS ELZE VIER,

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