‹ Les ElzevierChapitre 54 sur 256 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

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à la fois la vérité et les bonnes mœurs. Plus que tout autre, Daniel Elzevier, chef et gardien de la dignité de sa profession, a pu se croire autorisé à flétrir le déplorable abus qu’on faisait de la publicité.

Néanmoins il est à regretter pour lui que cette pièce ait été découverte en pays étranger, et parmi des papiers de police qui lui donnent un faux air de délation. Il est rare qu’un homme qui a recours à cette voie n’ait pas quelque dessein caché et peu avouable. Ce n’était point le cas ici, nous le voulons bien, mais c’était trop déjà que de donner prise au soupçon. Aussi ne peut-on s’empêcher de sourire en constatant que Daniel lui-même avait été dénoncé secrètement, quelque sept ans auparavant, comme le soi-disant imprimeur des Mémoires de La Rochefoucauld(ï\ et qu’au moment même où il rédigeait son mémoire, son propre parent, Pierre Elzevier d’Utrecht, était signalé au lieutenant de police La Reynie, comme « l’un de ceux qui imprimaient la plupart des manifestes scandaleux(2). »

Qui sait d’ailleurs si Daniel, en se mêlant à cette affaire, ne cédait pas à un sentiment patriotique, s’il n’avait pas conscience des périls auxquels l’impudence des pamphlétaires menaçait d’exposer son pays? Les historiettes satiriques et dénigrantes que les presses néerlandaises mettaient en circulation avaient en effet le privilège d’irriter profondément le roi Louis XIV. Ce fut un des prétextes dont il se servit en 1672 pour déclarer la guerre à la Hollande. Nous n’avons pas à entrer ici dans le détail de cette guerre, qui dura jusqu’en 1678. Au début des hostilités les Pays-Bas furent livrés pendant plus d’un an à toutes les horreurs de l’invasion. Durant cette période néfaste les manifestations de la vie intellectuelle et artistique furent complètement suspendues, les transactions commerciales cessèrent, et l’activité nationale se concentra toute entière dans la défense du pays.

Les affaires de Daniel subirent le contre-coup des événements. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil

(d Voir la note du n° 1997.

(2) Archives de la Bastille, tome VII, p. 210 et 221.

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