CCXXVI LES BIOGRAPHIES
les événements politiques le découragèrent et le mirent dans l'obligation de liquider. Toujours est-il qu'il resta attaché jusqu'à la fin à la maison, et qu'il justifia pleinement la confiance de son patron. Adry prétend que « Carpzovîus fait de lui le plus grand éloge dans une lettre à Heinsius, où il en parle, non seulement comme d'un savant ^ mais comme d'un excellent homme, de l'amitié duquel il paraît s'honorer. » Carpzovius n'a rien écrit de semblable. Une première fois il le qualifie de serviteur ou d'agent de Daniel^'^ (il s'agit d'un paquet à remettre Elzevirio vel hujus ministro Zettero). Une autre fois il écrit de Leipzig à Heinsius, et en datant sa lettre de la foire même, e nundinis vernalibus : « Menagii Amœnitates jurisjam typis hîc descriptœ sunt, sed Us optimum virum Zetterunij Elzevirianum institorem, onerare non licuitj quod majorem sarcinam ferre secum non posset^^\ » Cela prouve qu'il tenait en effet Zetterus pour un excellent homme, mais le terme dHnstitor, dont il se sert, peut signifier gérant ou commis, mais n'a jamais désigné, que nous sachions, un savant ni même un correcteur. Faut-il ajouter qu'un savant n'est pas précisément l'homme qu'on choisit pour débiter des marchandises dans les foires ?
Un peu plus tard, vers 1669, Daniel fit une autre acquisition, bien plus précieuse, en attachant à son service le jeune Wetstein, celui-là même qui devait tenir une place si considérable dans l'histoire de la typographie néerlandaise. Ce point, imparfaitement éclairci jusqu'à présent, mérite de fixer un instant notre attention.
Henri Wetstein était né à Bâle, le 15 mars 1649, d'une ancienne famille patricienne. Son père, qui occupait la chaire de grec dans l'université de cette ville, n'avait rien négligé pour lui donner une instruction solide et complète. Mais une
avec la devise : Duces este,) Amste!., apud Jacobum de Zetter, in vico, vulgo op den Dam^ in den Wackeren Hondt, 39 1665, gr. in-4, de 4 ff. lim., 854 pp. et 14 fF. d'index.
Volume très bien exécuté en petits caractères. Bien qu'il soit étranger aux presses elzeviriennes, il est porté avec l'astérisque dans le catal. de 1681, preuve que Daniel en avait acquis la propriété.
(0 Carpzovius N. Heinsio, 10 sept. 1679. Burmanni Syllog,, tom. V, p. 320.
(2) Carpzovius eidem, Kal. Maii 1680. Ibid,, p. 331; cf. aussi p. 33S.
DANIEL ELZEVIER. CCXXVII
vocation irrésistible poussait le jeune homme vers la typographie. Tandis que son frère aîné s'engageait dans la carrière des lettres et devenait un helléniste consommé, lui-même, ses études terminées, partit pour la Hollande, le pays d'Europe où il pouvait s'initier le mieux à son art de prédilection, et à l'âge de vingt ans il entrait en apprentissage chez Daniel. On sait par son propre témoignage qu'il y demeura durant sept années. En effet, dans une lettre qu'il écrivait à Thoynard, le lo juillet 1681, pour demander d'être chargé de l'impression de VHarmonia Evangeliorum j il s'exprime de la sorte : « J'ai sçu depuis, que feu M*" Elsevier (que j'ai servi par ci-devant pendant sept ans) le devoit avoir imprimé s'il eût été en vie... Je serois bien aise de remplir sa place et de faire cet ouvrage, vous assurant qu'il seroit fait pour le moins avec autant de soin, d'exactitude et de beauté que s'il avoit passé par les mains de feu mon dit maître ^'^ » Or Wetstein avait contracté mariage en 1676^*^ et la même année il s'était établi libraire ^3^; d'où il résulte que son entrée dans la maison elzevirienne date, comme nous le disions, de 1669.
Durant ces sept années Daniel trouva en Wetstein un collaborateur zélé et habile, un de ces employés modèles, tout entiers à leur tâche, sachant au besoin descendre aux moindres détails et mettre eux-mêmes la main à la besogne. C'est ainsi du moins que nous nous expliquons le terme de Elzevirii serons dont Graevius se sert en parlant de lui^*^ Certes, avec son éducation et sa naissance, Wetstein ne devait pas occuper
(z) Renseignement communiqué par Brunet à M. Pieters. — Confirmé par une lettre de Moilerus : c Is vero, uti a Wetstenio,^«r septcm olim annos ipsius domcstico, edoceor... • J. A, Fabricii Bibliotheca latina, Hamburgi, 1721, t. II, dans les liminaires.
(2) Sa femme se nommait Agatha Brnsthuis; elle était fille d'un négociant d'Amsterdam, Gerrit Brnsthuis.
(3) Son inscription dans les registres de la corporation des libraires date du HZ juin 1676.
(4) lac. Gronovius ad Ant. Magliabechium , Cal. Jun. 1676 : t Ei [Patino] signifiées, Vestinum, Elxevirii scrvutn, mihi negare exemplar Moriœ Erasmianse, prsetexentem ad se nulla eius libri exempla venisse. » Clarorum Belgarum ad Magliabcckium Epistolat t. II, p. 81.