FILS DE BON AVENTURE
Daniel, Taîné des fils de Bonaventure Elzevier et de Sarah van Ceulen, naquit à Leyde, et fut baptisé le 14 août 1626 en l'église Saint-Pierre. Il eut pour parrain, non pas Daniel Heinsius, comme on Ta prétendu, mais Daniel Colonius, son grand-père maternel.
Nous ne savons rien de son enfance ni de sa jeunesse, jusqu'au jour où son père l'envoya à Paris pour achever son éducation. Il y arriva en juillet 1645^'^, ^* ^l^^. s'installer chez le libraire Pierre le Petit, dans la rue Jacob, à l'enseigne de la Toison d'or^»\
Après un séjour d'environ deux ans et demi dans la capitale de la France, il revint à Leyde en janvier 1648 ^^^ Le 2 mars suivant il se fit inscrire comme étudiant en lettres à l'Université ^*\ Tout en poursuivant ses études, il put mettre à profit l'expérience qu'il avait acquise en France et commencer à prendre part à la gestion des affaires. Car son cousin Jean s'étant précisément marié sur ces entrefaites , ce fut au tour de Daniel de représenter la maison à l'étranger. Nicolas
(<) Il avait pris une attestation ecclésiastique le 25 juin.
(» Nie. Heinsius J. Fr. Gronovio : c Si post discessum meum hue venient [literae tus] mittet eas ad me Elzevirii filius, qui apud Petitum librarium hîc vivit. ■ Lettre datée de Paris, prid. Kal. Jan. 1646 (Burmanni SylL, t. III, p. 165). Ailleurs il lui recommande d'envoyer ses lettres « ad sdes Pétri le Petit librarii in via Jacobaea, sub insigni Velleris aurei. • {Ibid,, p. 162.)
(3) Sarravius Cl. Salmasio : « Quod [latinum scriptum] a te expetitum, cum hisce meis literis ecce tibi reddet junior Elzevirius, qui istuc proficiscitur. » Lettre datée de Paris le 18 janvier 1648. Sarravii Epistola, p. 182.
(4) L'inscription est conçue de la sorte : « Daniel Elsevier Leidensis, natus an nos 2z. Litt. •
DANIEL ELZEVIER. CCXXIII
Heinsius parle dans une de ses lettres d'un Elzevier qui l'accompagna à Stockholm, en 1650^'^: ce ne peut que celui dont nous nous occupons.
On a vu que Bonaventure et Abraham moururent tous deux en 1652, à un mois d'intervalle. Abraham avait légué à son fils Jean la moitié de l'imprimerie et de tout ce qu'il possédait en commun avec son collègue. Semblable disposition ayant été prise par celui-ci en faveur de son fils Daniel, les deux cousins s'associèrent après le décès de leurs pères, et le bel établissement de Leyde ne perdit rien de sa splendeur. Toutefois cette association ne dura que deux ans et demi, et prit fin en 1655.
Nous avons insisté dans un précédent chapitre sur les motifs qui décidèrent Daniel à se retirer^'^ La circonstance déterminante fut évidemment le mariage qu'il contracta, le 4 février 1655, avec sa cousine Anna Beerninck, petite-fille de son oncle Josse, nièce et pupille de Louis Elzevier. Cette union le mit en relations étroites avec ce dernier, qui, comme on sait, était depuis plusieurs années à la tête d'une grande maison de librairie à Amsterdam.
Louis venait d'atteindre la cinquantaine; il commençait à trouver sa tâche bien lourde, et cette préoccupation le dominait d'autant plus qu'il voyait s'accroître de jour en jour le chiffre de ses affaires. Rien ne pouvait mieux entrer dans ses vues que de s'adjoindre un parent plus jeune, dont il avait pu apprécier le zèle et l'intelligence. Il est donc probable qu'il fit les premières ouvertures. De son côté Daniel n'avait qu'à se féliciter d'entrer à titre d'associé dans une maison en pleine prospérité, et qui jouissait dans le monde savant d'une considération égale, sinon supérieure à celle de la maison de Leyde; en outre il ne pouvait manquer d'être frappé des avantages qui pouvaient éventuellement résulter pour lui et les siens d'une association avec un proche parent célibataire
(1) c Ait enim Elzevirius, qui hîc nobis adest, non obstituram editionem •
N. Heinsius Gronovio, lettre datée de Stockholm, Non. Octobr. 1650. Burmanni SylL^ t. III, p. 245.
ia) Voir ci-dessus, p. cxciv.
CCXXIV LES BIOGRAPHIES.
et qui avait près du double de son âge. Il se rendit à ces considérations, et passa contrat le i" mai 1655, trois mois environ après son mariage. Le 10 juin suivant, il fut reçu officiellement dans la corporation des imprimeurs. L'inscription qui le concerne fait foi qu'il demeurait alors sur VEau (op 't Water), c'est-à-dire au domicile de son associé.
Étant le plus jeune, il prit nécessairement le rôle actif. Ce fut lui qui se chargea de voyager pour la maison. Nous savons, par exemple, qu'il fit en 1658 une excursion en Allemagne, au retour de laquelle il eut pour compagnon de route le docteur G. de Saint-Amour; qu'en mars et avril 1662 il fit un assez long séjour à Paris^*^ N. Heinsius, qui naguère se plaignait de l'incurie de Louis^*\ se plaît à rendre justice au bon ordre et à la ponctualité qui régnent dans la maison : « Explorata mihi multis argumentisy dit-il, Elzeviriorum fides ac sedulitas^^\ » Tandis que l'officine de Leyde ne fait plus que décliner entre les mains malhabiles de Jean, celle d'Amsterdam au contraire devient de plus en plus florissante : pendant les dix années que dure l'association de Louis et Daniel, elle atteint le maximum de sa production. N'omettons pas un détail caractéristique : le correcteur français Simon Moynet, qui d'abord avait préféré demeurer à Leyde, se décida vers 1659 à rejoindre à Amsterdam son ancien patron, et vint habiter chez lui en qualité de correcteur et de directeur de la typographie.
En mai 1664 Louis se retira définitivement, et Daniel se vit seul à la tête de l'entreprise.
La tâche était des plus rudes et réclamait une énergie peu
(») N. Heinsius J. Vlitio, lo april. 1662 : • Elzeviriorum alter, cui Danieli nomen, in Gallias profectus est, unde tamen propedienn redux a suis exspectatur. Burmanni Syllog.t tom. III, p. 770. Gui Patin se trompe, comme on voit, lorsqu'il écrit, le 14 mars 1662, parlant de Simon Moynet, le correcteur des Elzevier : « .... qui singulis septimanis scribit in hanc urbem ad Lud. illum Elsevirium, qui hîc degit ab aliquot septimanis. • {Epist, celeb. virorum ex scriniis J. Brantii, p. 213.) C'est bien Daniel, et non Louis, qui se trouvait à Paris en ce moment. Heinsius était, mieux que Patin, en position de le savoir.
(a) Voir ci-dessus, p. ccxii.
(3) N. Heinsius J. van der Walle, Antverpiam, 27 jan. 1662. Burmanni Syllog.,
tom. II, p. 784-
DANIEL ELZEVIER. CCXXV
commune. A la fois éditeur, libraire, typographe et fondeur de caractères, le chef de la maison était tenu de déployer dans cette quadruple sphère une égale et incessante activité; en outre il avait à pourvoir à tous les détails d'un commerce réglé avec les principaux marchés de l'Europe, sans parler d'une correspondance suivie avec les savants du pays et de l'étranger. Aucun des Elzevier, à l'exception de Louis, ne s'était trouvé dans le cas de présider seul à une administration aussi compliquée ; encore Louis avait-il fini par y renoncer. Cependant Daniel ne se rebuta point.
Les commencements furent peu favorables. A peine était-il établi, que la guerre éclatait entre les Provinces-Unies et l'Angleterre, et se prolongeait durant deux ans avec des fortunes diverses, au grand détriment de la prospérité publique et des affaires (1665-67). Mais Daniel ne fit que redoubler de zèle. Ce fut à cette époque, croyons-nous, qu'il prit à son service ce Jacques de Zetter, — en latin Zetterus, — que certains bibliographes, à l'exemple d'Adry, ont transformé, nous ne savons pourquoi, en correcteur d'imprimerie^'^ Zetterus avait tenu lui-même une librairie sur la place du Dam, à l'enseigne du Chien Vigilant (in den Wackeren Hondt). Il s'était établi en 1665^*^, et les quelques publications parues sous son nom datent toutes de cette année ^3^; sans doute que
(') Un Jacob de Zetter, probablement le père du nôtre, a été libraire à Francfort de 1620 à 1624. Nous avons eu entre les mains divers volumes portant son nom : Nebulo nebulonum, carminé iambico adorn. a. J. PlitnerOf Francofurti, apud Jacobum de Zetter, 1620, pet. in-8; Us Catéchismes de Genève et du Palatinat, à Franckfourt, chez laques de Zetter, 162 1, in-12; Pkilosophia practica^ varias inclinationes animorum etc. artificiosis figuris exprimensy Francofurti, apud Jacobum de Zetter, 1624, in-8 obi.
(3) Il a été reçu membre de la corporation des libraires le 16 mars 1665. — Suivant M. Ledeboer, Boekdrukkers, enx., p. 106, J. de Zetter fut élu en 1666 overman de la corporation.
(3) Amitiez, amours et amourettes, par le "Pdîy s, Amsterdam, J'de Zetter, 1665. — Portrait de l'autheur des Amitiez, etc. Ibid,, id,, 1665, p. in-12. (Voir le n® 1742.)
L'Esprit de cour, ou les conversations galantes, divisées en cent dialogues, par René Bary, conseiller et historiographe de S. M. Suivant la copie de Paris, à Amsterdam, Jacob de Zetter, 1665, P* in-12, de 52 if. limin., y compr. le front, gravé, et 444 pp.
MATTHiEi Wbsenbbcii, J. G. Commcntafii in pandectas juris civilis et codicem Justinianeum olim dicti paratitla, aucta subinde ab Arnoldo Vinnio, J. G. Cum notis et observationibus Reinhardi Bachovii Echtii, J. G... (Marque : un navire,