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CCXXXII LES BIOGRAPHIES

conseil, un guide et presqu'un oracle. A ce titre il mérite que nous parlions de lui avec quelque détail.

Élevé sous la forte discipline paternelle dans le culte et la pratique des lettres anciennes, Heinsius ne connut jusqu'au terme de sa vie d'autre passion que pour ces nobles études. Il n'y a pas d'exemple d'une vocation plus directe et plus impérieuse. Les circonstances n'y furent pour rien, ou plutôt elles ne firent que la contrarier. A première vue il semble que les universités de son pays dussent seules lui offrir un milieu approprié à ses goûts, en lui donnant le loisir et le recueillement nécessaires à ses travaux. Non seulement il resta étranger à l'enseignement, mais la plus belle partie de sa vie se passa, loin de ses collections et de ses livres, en missions diplomatiques. Néanmoins, parmi le tracas des affaires, l'étude demeura toujçurs pour lui l'affaire capitale. Aucune distraction ne peut lui faire oublier un seul jour ses chers classiques; il les porte partout avec lui; il les a sans cesse sous la main et à la bouche ; il emploie à les éclaircir toutes les ressources de l'érudition la plus consommée et la plus ingénieuse. Les éditions qu'il a données des principaux poètes latins sont des chefs-d'œuvre de tact et de pénétration. Certes la critique des textes a fait des progrès depuis lors, mais personne, que nous sachions, n'a fait preuve d'un sentiment plus exquis et plus pur de la poésie latine.

L'homme n'est pas moins recommandable que le savant^'^

(I) Nous faisons nos réserves sur un seul point. Affable avec tout le monde, Heinsius était dédaigneux et injuste envers son propre pays. Jeune encore, lorsqu'il visita pour la première fois l'Italie (1646), il lui échappa d'écrire, mettant en parallèle le radieux épanouissement de cette nature méridionale avec le ciel inclément de sa patrie :

Di facerent, tractu nasci licuisset in illo! Patria, da Tcniam, ruatica terra tua eat.

En Hollande on fut choqué de cette boutade, et on le lui fît sentir (Burmanni SylLj t. III, p. 725). Mais Heinsius demeura incorrigible. Il ne comprit jamais, par exemple, qu'un savant prît goût à la langue et aux antiquités nationales. C'était le cas de Viitius, son ami et son émule en matière d'érudition classique. Aussi lui prodigue-t-il les épigrammes. Bien mieux, il lui fait une affaire d'un simple bout de lettre écrit en néerlandais (Ibid.j p. 761), langue propre tout au plus, suivant lui, à rédiger les dépèches diplomatiques qu'il envoyait aux États. Une autre fois il

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