CCXLII LES BIOGRAPHIES
septembre 1677^'^ en juillet 1679^**, — il en avait eu des accès violents et prolongés. Son unique ressource en pareil cas était d'aller chercher un air plus pur à 's Graveland, dans la campagne qui avait appartenu autrefois à Louis Elzevier, son ancien associé^^^
Durant l'automne de Tannée 1680, ces fièvres acquirent un surcroît d'intensité. Daniel eut une rechute. Le 12 octobre Grsevius écrit d'Utrecht à N. Heinsius : « Daniel Elzevier est malade de la fièvre avec cinq personnes de sa maison^*^ » Cette fois le dénoûment fut fatal. Daniel succomba le 13 octobre, âgé d'un peu plus de cinquante-quatre ans. Le lendemain Graevius faisait part à Heinsius de ce triste événement : « Nous venons de recevoir une bien pénible nouvelle : notre ancien ami commun Daniel Elzevier est décédé hier à midi ; » et il ajoutait : « Les lettres font une grande perte; mais sa famille qui, dit-on, est en majeure partie alitée, en fait une bien plus grande ^5*. »
« La mort de Mr. Elsevier est une perte publique, » écrit de son côté le philosophe Locke *^^ Telle dut être en effet l'impression des contemporains, à la nouvelle de cette mort qui ruinait tant de projets profitables à la science, qui privait les lettres du plus intelligent des éditeurs, et enlevait à Tart typographique son chef illustre et respecté.
Il paraît que la succession se trouva assez embrouillée. Un nouvel incident vint encore compliquer les difficultés de la liquidation. Marie Hellerùs, sœur de Louis Elzevier et tante par alliance de Daniel, mourut quelques jours après lui (18 octobre). Ses biens devaient échoir en partie aux enfants de Daniel, bien qu'un autre neveu, Pierre Elzevier d'Utrecht, eût jugé à propos de se mettre d'abord en possession de la fortune, comme s'il eût été seul à hériter ^^*. La campagne de
(1) Correspondance inédite de Daniel. (Bibliotiièque d'Utrecht.)
i*i Burmanni Syllog., t. IV, p. 608.
(3) Voir pag. ccxiv et ccxvi.
U) Burmanni Syllog.f t. IV, p. 683.
(5) Ibid.y p. 683.
(6) Lettre à N.Thoynard, du 13 déc. 1680. CataL des autographes de Brunety 1868, p. 29. <7) Burmanni Syllog,^ t. IV, p. 684.
DANIEL BLZEVIER. CCXLIII
'sGraveland, dont Marie Hellerus était usufruitière et qui devait faire retour aux héritiers de Louis, fut mise en vente en janvier 1681. Elle avait coûté plus de 25,000 florins; par ce temps de crise elle fut adjugée un peu plus du quart. Graevius, qui nous transmet ce détail, ajoute : « Tous les biens de campagne des Elzevier sont mis en vente. Les affaires des héritiers paraissent très embarrassées **\ »
Le mois suivant, il mande à Heinsius qu'on a été forcé, pour se procurer des fonds, de faire sous main une vente publique à Leyde d'une partie des livres du magasin ^'^ « Je crains, dit-il, que Daniel n'emporte avec lui la gloire des Elzevier, cette gloire acquise par quantité de splendides éditions, et qu'on a vu fleurir pendant tant d'années. »
La veuve de Daniel entreprit néanmoins de continuer les affaires. Mais se sentant incapable, d'après sa propre déclaration, de pourvoir à une administration si complexe, elle résolut de la simplifier^^^ D'abord elle prit le parti de se défaire de la fonderie de caractères, avec les poinçons et matrices de Christophe van Dyck. La vente en fut fixée au 5 mars (voir le n** 19), et le catalogue-spécimen mis en distribution dès le mois de janvier. Quant à l'imprimerie, elle décida de la maintenir en activité jusqu'au jour où son fils serait en âge d'en prendre la direction. Quatre ou cinq volumes, commencés il est vrai du vivant de Daniel, parurent en 1681 sous le nom de sa veuve.
Un nouveau malheur vint rendre ces combinaisons illusoires. Anna Beeminck mourut en mars 1681, et fut inhumée le 15 dans l'église Saint-Pierre à Leyde, où l'on avait transféré moins de cinq mois auparavant (26 octobre 1680) la dépouille mortelle de son époux.
Un moment le bruit courut que la situation était désespérée : « Les affaires d'Elzevier, écrit Graevius sous la date du 14 avril,
<») Burmanni Syllog., t. IV, p. 701.
<>) € Catalogus, quem nuperius tibi misi, librorum, qui vendentur Lugduni, partem complectitur librorum Elzeviriorum , quod statim subodoratus sum, cum compactos maximse formae percurrerem ; sed post fama confirmavit. • Burmanni Syllog., t. IV, p. 709.
(3) Voir sa lettre à la veuve de Balth. Moretus, en date du 3 janvier 1681,
cl-defl8U8 p. LXZXI.