‹ Les Elzevier; histoire et annales typographiquesChapitre 160 sur 368 · CCL LES BIOGRAPHIES · texte numérisé non relu

CCL LES BIOGRAPHIES

lettre à Praslard, comme aussi une de ma part à M* Temple, et un mémoire de ce qu'il devait demander, et de quelle façon il devait s'y prendre ; et n'ai manqué de lui écrire de jour en jour les incidents qui sont arrivés dans cette affaire, dont je ne doute pas qu'il n'ait rendu compte à la cour.

La résolution fut donc prise dans les États qu'on défendrait tous ces méchants livres, et ordonnèrent à ceux de la cour de Hollande et du conseil d'en haut de concevoir un projet d'arrêt, sur quoi il serait résolu par ladite assemblée qui se devait tenir le 12 février suivant. En attendant, pour ne point perdre de temps, M. Praslard obtint de MM. les conseillers-députés, qui sont ceux en qui réside tout le pouvoir quand les Etats ne sont pas assemblés, des lettres pour les bourguemestres des villes, par lesquelles on leur ordonnait de faire venir les imprimeurs et libraires devant eux, de leur commander de porter les livres spécifiés dans les lettres, en tel lieu qui leur serait indiqué, afin de leur être payés selon leur valeur, de leur bien faire comprendre de ne plus vendre, ni imprimer aucuns livres semblables sans de grandes peines, et de tenir la main que ci-après de semblables livres ne soient plus imprimés ou vendus. M. Praslard étant venu avec lesdites lettres à Amsterdam, par où nous devions commencer, nous allâmes voir ensemble le président des bourguemestres, et lui rendîmes la lettre qu'il lut, et m'ordonna de venir en la maison de ville, où je fus et parlai avec quatre bourguemestres qui firent venir leur secrétaire, et lui ordonnèrent de coucher la chose en la manière que je lui dirais ; ce qu'il fît, et coucha un acte par écrit, lequel, par trois huissiers de leur chambre fut signifié à tous les libraires et imprimeurs de la ville, pour porter les livres à la chambre de la communauté, pour être prisés par les syndics et leur être payés là; ce qui se fit fort promptement, et la même chose s'est faite à Utrecht et à Leyde, où j'avais adressé M. Praslard à mes amis et parents, qui ont fait exécuter la chose avec beaucoup de promptitude, l'acte d'Amsterdam servant de modèle à tout, duquel on trouvera ci-joint une translation ; depuis mon départ, M. Praslard a fait faire la même chose dans les autres villes de la Hollande, et a agi en tout avec beaucoup d'industrie, de zèle et de diligence. Depuis mon départ^*^ l'arrêt a été donné par les États de Hollande, dont j'ai joint à ce mémoire une copie; et, depuis peu déjà, Praslard a encore obtenu un arrêt de MM. les généraux, dont je n'ai pas encore eu copie, de sorte que l'affaire est terminée à souhait ; il n'y manque plus rien que de la

<0 Ceci prouve que ce mémoire a été rédigé à Paris, où Daniel se trouvait en effet en mars i66g. (Voir la note 4 de la p. ccxxxix.)

DANIEL ELZEVIER. CCLI

faire bien exécuter et empêcher que semblables choses ne s'impriment plus : pour ce faire, il est nécessaire que quelque libraire ait le soin de découvrir les choses, et qu'il ait ordre de communiquer avec M. l'ambassadeur ou quelques autres des gens du Roi, dans les provinces, afin que le libraire n'y paraisse pas ; et que, néanmoins, les empêchements nécessaires y soient mis ; et que, si l'arrêt obtenu n'est pas assez fort, on en puisse toujours obtenir un autre : ce que je ne doute pas d'obtenir, pourvu que j'aie quelqu'un qui m'assiste; et en faisant quelque petite gratification par ci, par là, pour découvrir s'il s'imprime quelque chose de semblable.

Comme ce n'est pas seulement dans les Provinces-Unies qu'on imprime ou vend cette sorte de livres, il sera nécessaire que S. M. donne ordre à ses résidents, agents ou commissaires, dans les villes de Liège, Cologne, Hambourg, Francfort, dans et hors la foire, Nuremberg, Strasbourg, Genève et Leipsick, où on imprime et vend de semblables écrits, d'en parler aux princes et bourguemestres pour faire faire la même chose que ceux de Hollande ont fait, dont je suis assuré qu'ils ne feraient nulle difficulté, étant ennemis de semblables écrits; je ne parle pas du Brabant et Flandre où on a, plus qu'en aucun autre lieu, imprimé de semblables livres, sachant que M. Praslard est parti pour y faire la même chose qu'en Hollande; car je ne vois pas à quoi il servira qu'en Hollande seule on ne vende pas ces livres, si on les trouve partout ailleurs ; mais je m'imagine que si on s'y prend de cette sorte, on nettoiera bientôt le monde de cette nature de libelles; et que, les auteurs ne trouvant plus d'imprimeurs et libraires pour débiter leurs folies, les esprits s'adonneront à des choses plus sérieuses; mais si, au contraire, on se montre négligent en cette affaire et qu'on n'y tienne pas continuellement la main, il est à craindre que, pendant que les esprits sont encore remplis de cette liberté de médire de tout le monde, ils ne fassent pis que par ci-devant.

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