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CCLIV LES BIOGRAPHIES

Du texte même de ces arrêtés il résulte que Pierre Elzevier fut simplement libraire, et non pas imprimeur, comme l'ont prétendu plusieurs bibliographes. Il suffit d'ailleurs de jeter un coup d'œil sur les volumes publiés par lui de 1668 à 1675 pour se convaincre qu'ils sortent de différentes imprimeries.

Ces volumes sont en fort petit nombre. Jusqu'ici on n'en connaît qu'une dizaine. Il en est encore un qu'on lui attribue communément, mais auquel, comme nous allons le voir, il n'a eu aucune part. Nicolas Heinsius avait trouvé dans la bibliothèque du roi à Stockholm, en 1662, un travail inédit de Meursius sur les antiquités des trois grandes îles grecques^'^ Il avait annoncé sa découverte à Graevius, professeur à Utrecht, en le priant de se mettre en quête d'un éditeur. Après bien des démarches infructueuses, Graevius avait fini, en mars 1669, par s'entendre avec P. Elzevier^*^ Mais celui-ci, qui d'abord avait témoigné beaucoup d'empressement, se ravisa sur le conseil de son oncle Louis ^^\ Un libraire d'Amsterdam, Waesberghe, se montra plus résolu, et mît l'ouvrage sous presse en avril 1671^*^ Le 16 juin 1672, Graevius écrit qu'il est sans nouvelles du livre de Meursius, dont il a reçu onze feuilles trois mois auparavant ; les lettres qu'il a adressées à Waesberghe sont restées sans réponse*^^ Le 22 du même mois, Heinsius mande à son ami qu'il a rencontré l'imprimeur à Amsterdam, mais que rien ne peut avancer dans les conjonctures présentes ^^^

En effet, Louis XIV, qui était en guerre avec la République, s'était emparé d'une partie des Pays-Bas. Le 23 juin 1672, les Français entrèrent à Utrecht sans coup férir. La guerre dura plusieurs années, de sorte que l'ouvrage de Meursius ne fut achevé d'imprimer que dans le courant de juillet 1675. En transmettant cette nouvelle à son correspondant, Heinsius ajoute qu'il ne manque plus que la préface,

(0 Burmanni Syllog»^ t. IV, p. 38.

(«) Ibid., p. 79.

(3) Ihid,^ p. 90.

(4) Ibid,^ p. 94.

<5) Ibid,^ p. 113.

(6) Ibid,^ p. 115.

PIERRE ELZEVIER. CCLV

dont Graevius s'est chargé ^'^ Dans Tintervalle, Waesberghe (et non pas Elzevier, comme on l'a dit à tort) avait pris des arrangements avec un autre libraire; le volume parut, non sous son nom, mais sous celui d'Abraham Wolfgang^*^

Il en fut de même d'un autre ouvrage, le Panegyricus de Pline, mis sous presse dès le commencement de 1671^^^ et qui parut sous le nom des Hackius, imprimeurs à Leyde (n° 1608). Les rares exemplaires qui portent l'adresse de P. Elzevier sont probablement ceux qu'il s'était réservé de distribuer à ses amis, en qualité non seulement d'éditeur, mais d'auteur et de signataire de l'épitre dédicatoire. Nous savons, par un passage de la correspondance de Graevius, que le volume fut mis en vente vers le mois de juin i^7S^^\ et dès le mois de mars Pierre Elzevier avait quitté les affaires.

Sont-ce les événements politiques qui lui inspirèrent cette résolution? C'est probable. Mais rien ne prouve que, suivant l'hypothèse d'Adry, l'occupation d'Utrecht par les Français lui ait causé des pertes considérables, et que sa fortune en ait été gravement compromise^^^ Les charges qu'il remplit plus tard dans l'administration de la ville ne sont pas de celles que l'on confie à des gens ruinés. Il est naturel d'ailleurs que Pierre Elzevier se soit laissé aller au découragement- La guerre durait depuis près de trois ans, et paraissait devoir se prolonger indéfiniment. Dans cette incertitude continuelle, au milieu de commotions sans cesse renaissantes, in hac fatalium

(') Burmanni Syllog., t. IV, p. 353.

(2) JoANNis Meursii Crcta, Cyprus, Rhodus, sive de nobilissimarum harum insularum rébus et antiquitatibus commentarii postumi, nunc primum editi (le Quarendo), AmsUl., apud Abrah. Wolfgangum, 1675, in-4, de 264 pp. et i f. pour la Creta; 175 pp., non compr. un titre spécial, pour le Cyprus; 124 pp., titre n. compr., et 34 ff. d'index pour le Rhodus.

Il est à constater que dans tous les exemplaires on a substitué de nouveaux titres aux trois parties de Touvrage, sans doute parce que les titres primitifs portaient l'adresse de Waesberghe. *

(3) Burmanni Syllog.y t. IV, p. 93.

U) Ibid., p. 354.

<3) Le P. Adry, qui aime décidément à s'apitoyer, nous montre « l'infortuné Pierre obligé de vendre tous ses livres et toutes ses tablettes. » Cette vente fut tout à fait volontaire. Rappelons ici qoe l'infortuné Pierre venait précisément d'hériter d'une partie des biens de son oncle Louis. Voir p. ccxv.

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