L'ÉTRANGER. LXIX
cette espèce de stage, qui avait pour premier effet de développer chez eux Tesprit d'initiative et le sentiment de la responsabilité.
Déjà du vivant de Louis Elzevier les choses se passaient à peu près de la sorte. Quoique lui-même passât une bonne partie de sa vie sur les routes de France et d'Allemagne, il se fit suppléer en mainte circonstance par Bonaventure, le plus jeune de ses fils. A vingt-trois ans celui-ci avait déjà parcouru l'Italie. Après la mort de son père, et durant les premiers temps de son association avec Matthieu puis avec Abraham, Bonaventure continua à voyager pour la communauté. Mais la multiplicité des affaires l'obligea à se décharger de ce soin sur son neveu Louis Elzevier. Celui-ci fut à proprement parler le premier voyageur en titre de la maison de Leyde. Il resta en fonctions de 1630 à 1637. L'année suivante il alla s'établir à Amsterdam, et ses patrons lui donnèrent pour successeur un personnage qui n'est désigné que par son prénom de Nicolas. C'était positivement un des t}-pographes de la maison, car Vlitius l'appelle quelque part typotheta Nicolaus^'K Y a-t-il moyen de spécifier davantage? Peut-être. En parcourant les registres académiques nous avons rencontré un Nicolas, fils de Simon Schouten, de Delft, inscrit en 1652 et 1654 comme prote ou chef d'atelier chez les Elzevier^'^ D'après Tâge indiqué, il devait avoir en 1639 vingt-cinq ans environ (comme Louis Elzevier, lorsqu'il commença à voyager). Une telle coïncidence ne peut être l'effet du hasard; à notre avis elle équivaut à une démonstration^^ Nicolas Schouten ne fit que remplir une sorte d'intérim, jusqu'au jour où Jean, le fils aîné d'Abraham, fut en âge
'*^ J. Vlitius Nie. Heinsio, iv Id. Sext. 1653, Burmanni Syll., t. III, p. 749.
•^' Inscr. du 5 août 1652 : « Nicolaus Schouten Delfensis, Elseviriorum in type-' graphia famulus primarius, n. a. 34. » — 7 janv. 1654 : « Nicolaus Simonis Schouten, typographise famulus, n. a. 40. »
'3) Le ûls de Nie. Schouten, qui s'appelait Simon, comme son grand-père, était encore en 1670 au service de la veuve de Jean, en qualité de contre-maître. Inscr. du 24 févr. 1670 : « Simon Claessen Schouten, socius operis vice magistri fungens in lypographia Elsevirii, n. a. 26. » Peu de temps après il s'établit libraire à Leyde; c'est pour lui que Daniel Elzevier a imprimé le Béralde de 1672 (no 1465).
LXX LES OFFICINES ELZEVIRIENNES. î
de le remplacer. Jean s'acquitta de Temploi, de 1640 environ à 1647, époque de son mariage; puis il le transmit à son 1 cousin Daniel, fils de Bonaventure.
La mort de Bonaventure et d'Abraham détermina une crise, que leurs successeurs Jean et Daniel réussirent à conjurer, durant les deux ans et demi que dura leur association, mais qui éclata définitivement quand cette association fut dissoute.
Tandis que la maison de Leyde marchait rapidement vers son déclin, celle d'Amsterdam, sous l'habile direction de Louis Elzevier, s'élevait à l'apogée de sa prospérité. Les mêmes nécessités y donnèrent naissance à une organisation analogue. En 1653 Louis prit à son service un certain François Heger, probablement l'ancien libraire de ce nom^'\ avec mission de voyager pour la maison moyennant 4 florins par journée d'absence. En 1655 Daniel s'associa avec Louis : étant le plus jeune il prit dans ses attributions les excursions à l'étranger. Devenu, en 1665, chef unique par la retraite de son collègue, son premier soin fut de s'assurer le concours d'un voyageur de commerce. Son choix tomba sur Jacob Zetterus, également un ex-libraire, qui resta jusqu'à la fin le fondé de pouvoir de la maison.
Il y a donc eu de tout temps chez les Elzevier un département spécial pour les affaires étrangères, et l'on va voir que ce département n'était rien moins qu'une sinécure. Malheureusement ce côté si intéressant de leur histoire est demeuré le plus obscur. Nous n'avons ici pour nous guider que des indices, tirés le plus souvent des recueils épistolaires du temps.
Pour certains pays ces indices se réduisent à fort peu de chose. Il est positif par exemple que les Elzevier importaient quantité de livres en Italie. Bonaventure, comme nous venons de le dire, avait visité ce pays dès avant 1606, et son neveu Louis y retourna en 1636. On peut conclure de l'acte de cession de la librairie de Matthieu à son fils Abraham en 1622
<») Voir sa notice, p. 424.