COPENHAGUE. LXXV
était de ceux où le goût de Tétude était le plus généralement répandu. Le commerce des livres y avait pris de bonne heure une grande extension. Jusque vers l'an 1620, les libraires nationaux avaient coutume de se pourvoir à Francfort. Mais lorsque, par suite de la guerre de trente ans, les relations avec les contrées germaniques furent devenues difficiles et irrégulières, les Hollandais, avec le génie propre de leur nation, jugèrent l'occasion propice pour essayer d'introduire directement leurs productions dans le royaume. L'un des premiers, Jean Jansson, l'éditeur d'Amsterdam, prit le parti d'envoyer régulièrement en Danemark son commis David Zunner, celui-là même qui devint plus tard libraire à Francfort^'^ La tentative eut un plein succès. La preuve en est qu'en 1624 les libraires du pays, lésés dans leurs intérêts, portèrent plainte contre les marchands forains, qui prolongeaient outre mesure leur séjour à Copenhague ^*^
Cependant ceux-ci n'avaient pas encore pris pied dans le pays, et se bornaient à y faire des apparitions temporaires. Le principal obstacle venait de la manière dont la librairie était organisée. Le commerce des livres se faisait presqu'exclusivement à l'intérieur des temples. Ch.Ogier, qui visita Copenhague en 1635 comme secrétaire du comte d'Avaux, nous fait part de l'étonnement qu'il éprouva en voyant les édifices du culte servir à un tel usage ^^^ Cette bizarre coutume fut officiellement abrogée en 1638, mais elle était tellement entrée dans les mœurs qu'elle se maintint dans les autres villes jusqu'à la fin du dix-septième siècle^*^
Une circonstance spéciale contribua, bien plus que les
'•' A. Kirchhoff, Beitruge zur GeschichU des deutschen Buchhamicls. Leipzig, 1851, tome II, p. 148.
**' Bidrag til dm Danske Boghandcls HistorU af Camillus Nyrop, Kobenhavn, 1870, ^vol. in-8, t. I, p. 145.
'^' « Bîbliopolas qui in aede D. Marise libres promercales habent, nam huiusmodi ' mercimoniis attributa sunt ecclesiarum sacella, perlustravi. Tarn sunt fcstivi ac ' ridiculi librorum tituii, quà latine, quà germanicè, ut qui iUorum catalogum 'faceret, non iniucundara satyram componeret. » Caroli Ogetii EphemcrideSy sivc ^^ir danicum, suecicum, polonicum. Lutetis Paris., 1656, in-8, p. 50.
'*' G. Nyrop, Bidrag, p. 237.