LXXIV LES OFFICINES ELZEVIRIENNES
envoyaient leurs livres en consignation à des agents qui se chargeaient de les débiter. D'après un rapport du lieutenant de police La Reynie à Colbert, daté de 1670, Daniel « tenait un facteur en France, depuis neuf ou dix mois, pour y recevoir les livres de Hollande qu'il lui envoyait par La Rochelle et Bordeaux, et pour les distribuer ensuite dans les provinces voisines^'^ » L'année suivante on saisit chez un correspondant, qui n'est désigné que sous les initiales E. M., une balle « dans laquelle il se trouva grand nombre d'un livre qui avoit pour titre V Aimable mère de Jésus ^ laquelle balle fut confisquée au profit de la communauté, et vendue le 7 octobre en la chambre syndicale. » (N° 1453.)
Daniel fut de tous les Elzevier celui qui entretint avec la France les rapports les plus suivis. Nous avons la preuve qu'il se rendit plusieurs fois à Paris. En 1679, l'année avant sa mort, il y séjourna durant six semaines.
Tel est en substance l'exposé des relations des Elzevier avec les principales contrées de l'Europe. Si imparfait que soit ce résumé, il suffit à donner une idée de l'activité qui régnait dans leur officine. Pas une maison de l'époque, sans en excepter celle des Jansson, spécialement organisée pour ce genre d'opérations, n'avait des débouchés aussi considérables et n'était montée sur un pareil pied. L'habileté typographique des Elzevier a fait tort à leur renomnjée commerciale. Les témoignages que nous avons recueillis prouvent que s'ils ne s'étaient point fait connaître comme les premiers imprimeurs, ils seraient réputés à bon droit les plus habiles marchands, les libraires les plus entreprenants de leur siècle.
Mais nous ne sommes pas au bout de ce chapitre. Il nous reste à mettre en lumière un des épisodes les plus curieux et les moins connus de leur histoire. Nous voulons parler du négoce qu'ils on4: entretenu avec le Danemark et de l'officine qu'ils ont fondée à Copenhague.
Quoique placé aux confins du monde civilisé, ce petit pays
'!> Archives de la Bastille^ f>uhL par Fr. Ravaisson, Paris, 1875, in-8, t. VII, p. 220.