CORRECTION ET CORRECTEURS; CXI
peu renseignés sur ce point. Les Elzevier ont pratiqué leur art en deux villes différentes, et la période de leur grande activité embrasse plus d'un demi-siècle; par suite leurs correcteurs ont dû être assez nombreux^'\ Dans des centres comme Leyde et Amsterdam les latinistes n'étaient pas rares, et on n'avait que l'embarras du choix. Un Jean de Lâet, par exemple, homme de lettres voué à l'érudition par goût plus encore que par nécessité, patient, scrupuleux, très capable de travaux originaux et personnels, mais ne croyant pas déroger en se livrant à d'humbles compilations (comme ces petites Républiques, en majeure partie composées ou résumées sous sa direction), ce Jean de Laet qu'on nous montre mettant au net de sa main les manuscrits presqu'indéchiffrables de Saumaise^^^, réunissait bien les qualités de l'emploi, et tout porte à croire que les Elzevier se sont assuré sa coopération. Pour les livres en langues étrangères ils ne manquaient pas non plus de correcteurs habiles. Ainsi nous soupçonnons que Nathanaël Duez, qui s'intitulait « maistre de la langue Françoise, italienne et allemande, » et qui a publié toute une série de grammaires et de dictionnaires en ces divers idiomes, a dû faire chez eux l'office de correcteur. Mais ce ne sont là que des conjectures, et nous avons mieux. Les registres de rUniversité nous ont conservé les noms de cinq correcteurs en titre des Elzevier : Eusèbe Meisnerus, Georges Figurus,
<ïJ L'auteur de l'article Elzevier dans le Dictionnaire de la Conversation allemand a recueilli une tradition d'après laquelle • les Elzevier auraient eu pour maxime défaire corriger par des femmes une bonne partie de leurs impressions, parce que, disaient-ils, une femme ne se permettrait pas d'apporter au texte des modifications arbitraires. » Il est possible que cette tradition puérile ait cours en Allemagne, mais ce que je puis affirmer c'est qu'on n'en trouve pas la moindre trace dans les documents du temps, et qu'en Hollande personne n'en a jamais ouï parler.
^^' Niceron, Mémoires, t. 38, p. 340. — Voici à ce propos une anecdote que Niceron dit avoir tirée du Ménagiana (où nous ne l'avons pas rencontrée), et que nous reproduisons d'autant plus volontiers qu'elle met en scène un de nos Elzevier, Louis, l'imprimeur d'Amsterdam : « Saumaise passant peu de temps après la mort de De Laet devant la boutique des Elzevier, Louis Elzevier, qui étoit sur le pas de la porte, mit la main au chapeau pour le saluer, sans que Saumaise s'en aperçut : Qu'avez-vousdonCj lui dit-il, que vous ne rendez pas le salut à vos meilleurs amis* — Ha, lui répondit Saumaise, suis-je aujourd'hui en état d^ôter le chapeau à personne? Se sçaveZ'Vous pas qu*en perdant De Laet, fat perdu ma main ? »