‹ Les Elzevier; histoire et annales typographiquesChapitre 81 sur 368 · CXXIV LES ÉDITIONS ELZEVIRIENNES · texte numérisé non relu

CXXIV LES ÉDITIONS ELZEVIRIENNES

A répoque où Ménage épanchait ainsi sa verve, Tin-douze elzevirien avait à peu près triomphé de toutes les résistances^'^ Plusieurs libraires de Paris l'avaient adopté, et les principaux éditeurs hollandais et belges en faisaient couramment usage. C'était même un honneur très envié et comme une sorte de consécration pour un livre, d'être reproduit en petit par les presses néerlandaises. Ménage le savait bien, lui qui avait payé de ses deniers cette distinction, dont il se montrait si fier.

Bientôt l'engouement s'en mêla. Le siècle n'était pas encore révolu, que l'on citait déjà tel amateur uniquement dominé par la passion de ces petits volumes. En i6gg, l'abbé de Villiers, dans ses Entretiens sur les contes de fées j faisait dire à l'un de ses interlocuteurs : « Vous savez combien, depuis quelque temps, les impressions des Elzevier sont recherchées; cela est venu jusqu'en province, et j'y connois un homme qui se refuse les choses les plus nécessaires pour amasser, dans une bibliothèque assez dénuée d'autres livres, tout autant de petits elzevirs qu'il en peut trouver; il se console de mourir de faim pour avoir le plaisir de dire : j'ai dix exemplaires de chacun, et je les ai tous avec des lettres rouges, et ils sont du bon temps^'^ »

Faut-il ajouter que depuis lors la passion des bibliophiles pour les elzeviers ne s'est plus refroidie ? Sans doute elle a varié plus d'une fois dans ses préférences. Des séries entières

<0 Parmi ceux qui font exception et qui continuent à maugréer, on est assez surpris de rencontrer Nicolas Heinsius, Tami de Daniel Elzevier. Voir sa lettre à M. Thévenot (19 août 1679), à propos du Virgile de 1676 : « ... Mon édition perd de son prix aux yeux de bien des gens, qui n'admettent pas que le Prince des poëtes soit renfermé en un cadre si exigu. J'ai dû subira contre-cœur les exigences du typographe. Vous reconnaîtrez là, avec votre équité habituelle, la maladie invétérée de nos libraires, qui ne courent qu'à l'argent et n'ont aucun souci de la dignité des lettres. Ma faute d'ailleurs, si tant est que je sois en faute, n'est pas irrémissible; les juges éclairés n'ignorent point que l'antiquité n'a pas improuvé l'artiste qui avait entrepris de renfermer l'Iliade entière dans une coquille de noix. • (Burmanni SylL, t. V, p. 728.) L'ingrat 1 c'est surtout à ce VirgiU, dont il parle avec un si superbe dédain, qu'il doit d'être cité et tenu en honneur ^n dehors du cercle restreint des érudits.

(3) Entretiens sur les contes de fées et sur quelques autres ouvrages du temps, Paris, Collomfaat, 1699, in-i2, p. 263.

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