CXXXIV LES BIOGRAPHIES
curateurs et bourgmestres le nommèrent appariteur (pedellus) de r Université, aux appointements de 72 florins; le 8 décembre suivant, il prêta serment en cette qualité entre les mains de Janus Douza^'^
Environ cinq mois plus tard, Louis Elzevier sollicita auprès du conseil une nouvelle faveur, à laquelle il attachait d'autant plus de prix que du succès de sa requête allait dépendre son avenir et celui des siens. Nous avons parlé du contrat qu'il avait passé en 1583 avec Chr. Plantin. Il paraît qu'il ne se trouva pas en état d'y satisfaire. Car le 30 avril 1586 il comparaissait de nouveau devant les magistrats, et « déclarait avoir vendu à l'honorable et célèbre sieur Christophe Plantin, imprimeur de l'Université, les deux maisons avec leurs dépendances sises sur le Rapenburg et dans la Clockstege, à la condition que Plantin fît remise au comparant d'une dette de 836 florins, restant de l'obligation* de 1270 florins précédemment contractée <*^ » Comme en vertu de l'acte primitif cette obligation ne devait être acquittée intégralement que vers la fi'n de 1587, il avait été convenu par transaction que L. Elzevier continuerait à occuper sa demeure jusqu'au mois de mai 1587. C'est dans ces circonstances que, le 24 avril 1587, il adressa aux curateurs de l'Université la supplique suivante :
« Expose en toute humilité votre obéissant serviteur Louys Elsevier, libraire et appariteur de T Université de cette ville, que durant six années consécutives il a fait tout ce qu'il a pu pour demeurer à proximité de l'Université, afin de vendre et de relier des livres pour la commodité des étudiants. Et comme il est forcé de déloger au mois de mai prochain de sa boutique située sur le Rapenburg, en face de l'Université, oi!l il a demeuré depuis plusieurs années, pour se transporter, au grand détriment de son commerce et de sa prospérité, dans un quartier étranger et éloigné, en sorte qu'il ne pourra ériger une boutique dans des conditions favorables, ce qui est pour lui d'une grande importance.
« Pour ces raisons il s'adresse humblement à vous, afin qu'il vous plaise par faveur spéciale lui octroyer une place auprès de l'Université à proximité de la rue, pour y construire une boutique, comme vous l'avez accordé à Christophe Plantin il y a quatre ans(3>, et de telle dimension que vous le jugerez convenableU). •
(<) Rammelman Elsevier, Uitkomsten^ p. 3 et 4 des Bijlagcn, (a) Le Bibliophile belge, t. IV, p. 115.
(3) Plantin avait obtenu en effet semblable faveur le 25 mai 1583.
(4) Le texte original, en néerlandais, de cette requête, a été publié par M. Rammelman Elsevier, Uitkomsten, p. 5 des Bijlagen,
Le conseil acquiesça à* cette demande; L. Elzevier obtint le droit d'élever une boutique sur le terrain de l'Académie, à condition de la raser à la première réquisition. Une résolution postérieure prouve qu'il l'occupa gratuitement jusqu'au I' novembre 1595, et ce n'est qu'à partir de cette date qu'un loyer annuel de 75 florins lui fut imposé^*^ Ainsi érigée sous les auspices et pour ainsi dire à l'ombre de l'Université, cette humble échoppe fut le fondement de la fortune des Elzevier et le berceau de leur gloire.
Toutefois il s'écoulera bien des années avant que les obstacles soient surmontés et que la maison ait pris son assiette. Chargé d'une famille nombreuse, et ayant sans doute à faire face à des obligations contractées lors de son premier établissement, Louis Elzevier se débattra longtemps encore dans un état voisin de la gêne. Une pièce retrouvée récemment montre à quels expédients il était forcé de recourir. Il avait à payer deux lettres de change, à l'échéance du 15 août 1594; l'une, de 76 florins 10 sous, souscrite par Jean Moretus, l'imprimeur d'Anvers, gendre de Plantin ; l'autre, de 60 florins carolus, souscrite par Gilles Beys, beau-frère de Moretus. A la date fixée, le porteur des effets, un fondeur de caractères, nommé Thomas de Vechter, se présenta à son domicile au Rapenburg, accompagné d'un notaire et de deux témoins. Ici nous laissons la parole au document : « Après bien des propos décousus, Louis Elzevier finit par s'écrier : « Quand « bien même j'aurais l'argent là, devant moi, sur la table, je « ne paierais point; je reconnais avoir accepté et j'accepte « encore, mais attendez huit ou dix jours, que mon fils Gilles « soit revenu de Frise, d'où je l'attends d'un moment à « l'autre. » En présence de cette défaite, le créancier, décidé à renvoyer les deux lettres à sa charge, protesta qu'il le rendait responsable de tous les frais, dommages et intérêts. En foi de quoi fut dressé un acte notarié qui existe encore dans les archives de la Maison Plantin^^^
Le sens de cette pièce est fort clair et nous dévoile une
<>) Rammelman Elsevier, Uitkotnsten, p. 6 des Bijlagen, (2^ Nous le reproduisons à la suite de cette biographie.