‹ Les Elzevier; histoire et annales typographiquesChapitre 92 sur 368 · CXL LES BIOGRAPHIES · texte numérisé non relu

CXL LES BIOGRAPHIES

concitoyens, distinction qui, si modeste qu'elle fût, prouve Testime dont il jouissait. La ville de Leyde, comme les autres cités néerlandaises, était divisée en quartiers ou voisinages {gebuurten) , qui avaient chacun son chef {heer) , ses conseillers, ses coutumes, sa caisse spéciale et ses assemblées régulières. Louis Elsevier fut élu chef de son quartier. En cette qualité il a composé un règlement burlesque, pièce peu importante par elle-même, mais curieuse en ce qu'elle dénote une veine de gaieté qu'on ne soupçonne guère chez un homme qui avait traversé de si rudes épreuves^'^ On a coutume de se représenter les protestants du seizième siècle sous des dehors moroses et presque farouches. Il n'y a qu'à parcourir ce règlement, écrit en style de Rabelais, pour se convaincre que ces viriles natures se déridaient à leurs heures, et savaient le secret de concilier l'austérité des mœurs et des doctrines avec une bonhomie enjouée et parfois même assez libre.

Louis Elzevier était âgé d'environ soixante-quinze ans, lorsqu'en 1616 son petit-fils Isaac fit l'acquisition d'une imprimerie. Ainsi la famille se trouvait en possession, du vivant même de son chef, de tous les éléments de sa gloire future. Sans doute rien encore ne faisait présager cette illustration. L'activité de la maison s'était développée jusque-là dans un sens purement pratique. Les éditions qu'elle faisait exécuter à ses frais dans les diverses officines de Leyde, n'avaient rien qui les distinguât des autres, et ne brillaient pas au point de vue typographique : il est utile d'en faire la remarque, parce que, grâce au nom dont elles sont signées, on est porté parfois à exagérer leur importance. Mais le terrain est préparé. Vienne un artiste habile, et moins de vingt années suffiront à faire éclore les chefs-d'œuvre.

Arrivé au terme de sa carrière, L. Elzevier pouvait contempler avec un légitime orgueil le chemin parcouru. L'artisan obscur, le proscrit du duc d'Albe, avait réussi à force d'énergie et de persévérance à s'élever à une condition que devaient lui envier la plupart de ses compagnons d'infortune. Ses affaires

(0 Ce règlement burlesque est réimprimé à la fin de cette notice.

avaient pris une extension considérable; son nom était avantageusement connu sur les principaux marchés de TEurope. Tous ses enfants étaient établis ; quatre d'entre eux suivaient la profession de leur père, et étaient en état de se rendre de mutuels services. Un de ses petits-fils, en acquérant une imprimerie, venait d'agrandir sa sphère d'activité et de Taffranchir de toute sujétion. Enfin, chose qui devait aller au cœur de Thomme qui avait tout sacrifié pour sa foi, la Hollande, sa patrie d'adoption, était définitivement délivrée du joug de l'Espagne; en proclamant les Pays-Bas libres et indépendants, la trêve signée en 1609 avait inauguré une ère de prospérité et de grandeur sans égales. Certes, l'ancien banni devait s'applaudir de son sort et trouver que ses vœux s'étaient réalisés au delà de toute espérance.

Cependant il eut à subir une dernière tribulation, qui, sans l'atteindre dans ses intérêts, a dû lui être fort pénible. On n'a pas oublié que L. Elzevier était chargé des fonctions d'appariteur; en 1607 son fils Matthieu lui avait été adjoint comme collègue. Or, le 11 novembre 1616, le feu prit à l'Université et réduisit en cendres une partie du bâtiment. L'enquête démontra que l'incendie était uniquement dû à l'incurie des appariteurs^*^ En conséquence, la destitution de Louis et de Matthieu ayant été proposée, les curateurs prononcèrent, le 23 novembre, la démission du dernier; celle de Louis resta en suspens. Il se peut qu'à l'âge où il était parvenu, l'émotion causée par cet accident lui ait été funeste et ait contribué à hâter sa fin. Toujours est-il qu'il mourut moins de trois mois après cet événement. Les registres de l'église St-Pierre à Leyde témoignent qu'il y fut inhumé le 4 février 1617, à côté de sa femme, Mayke Duverdyn, qui l'avait précédé de trois ans dans la tombe^*^

Louis Elzevier a eu neuf enfants, dont sept fils : Matthieu, Louis, Gilles, Josse, Arnout, Bonaventure et Adrien. Les quatre premiers et Bonaventure auront chacun leur notice.

(') Le procès verbal d*enquète a été publié par M. Rammelman Elsevier, UitkomsUnt p. 7-10 des Bijlagen, (^) Elle avait été inhumée dans le même temple le 3 décembre 1613.

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