CXLII LES BIOGRAPHIES
Le cinquième, Arnout, s'est fait connaître comme peintre paysagiste. Il naquit, nous l'avons dit, à Douai vers 1577. En février 1607, ^^ épousa Marie Symons van Swieten, fille du secrétaire de la chambre des orphelins à Leyde. Sa femme étant décédée en mars 1626, Arnout contracta quelques mois plus tard un second mariage avec Christine Everaerts, fille d'un ministre réformé de La Haye (octobre 1626). On ignore en quelle année il mourut^'^ Un de ses fils, Louis (né à Leyde en 161 7, mort à Delft, en novembre 1675), a été peintre, comme son père^*^
Reste Adrien, le septième fils de Louis Elzevier et de Mayke Duverdyn. Tout ce qu'on savait jusqu'ici sur son compte, se réduisait aux deux points suivants : i^ il était né à Leyde vers 1585, puisque les registres de l'Université, où il se fit inscrire le 10 février 1599, font mention de lui en ces termes : A drianus Elsevier^ LeidensiSy annos natus 14; 2° d'un testament de son père, en date du 16 nov. 1612, il résulte qu'il ne vivait plus à cette époque. Un hasard heureux nous a mis en mesure de compléter ces renseignements.
Sur la fin de l'année 1607, une escadre équipée aux frais de la Compagnie des Indes Orientales, appareillait au Texel, pour aller combattre la flotte portugaise dans les parages du Mozambique. Le journal de cette expédition, rédigé par le vice-amiral Fr. de Wittert, a été mis au jour récemment par les soins d'un descendant de la famille ^^^ Après une longue navigation, entrecoupée d'une foule d'incidents, l'escadre arriva, en avril 1609, ^^x îles Banda, dans les Moluques. Les directeurs de la Compagnie avaient ordonné de construire un
U) On trouvera une notice plus détaillée sur Arnout Elzevier et son fils Louis dansChr. Kramm, De Icvens en wcrken der hollandsche en vlaamsche kunstschildcrs,enz. Amsterdam, 1858, t. II, pp. 422 et ss.
(3) Notre ami M. Henry Havard, en compulsant les registres de Tétat civil de Delft pour son livre sur les faïenciers hollandais, a retrouvé l'acte de mariage de ce petit-fils de Louis Elzevier. II est conçu de la sorte :
« Den xiiij january 1645 Louys Elsevier jongman, woonende tôt Leyden, met Heleena Waelpoth jonge dochter, aent Marctvelt. Getrout den la feb. 1645. »
Cette Helena Waelpoth était la fille d'un libraire de Delft.
(3) Journal de Vamital Wittert, 1607-1610 (publ. par M. le baron Adrien Wittert). Liège, Gothier, 1875, in-12. Tiré à petit nombre.
LOUIS BLZEVIER. CXUII
fort dans Tune des îles, Banda Neira. On convint d'une entrevue avec les insulaires. L'amiral s'y rendit avec une forte escorte, mais ne trouva personne. « Après y avoir été assez longtems ils envoièrent dans la petite ville Adrien Elsevier, qui, ayant fait un long séjour à Johor, savoit la langue malaise. » Les habitants prièrent l'amiral de congédier ses troupes; mais à peine y eut-il consenti qu'ils tombèrent sur lui à l'improviste et le massacrèrent ainsi que sa suite. Les soldats étant accourus au bruit « trouvèrent leur amiral sans tête et percé de vingt coups. J. van Groenewegen et oit dans le même état, aussi bien que J. de Bruin et A. Elsevier, y en aiant jusqu'à trente de massacrez. »
Cet Adrien Elsevier est -il bien celui dont nous nous occupons? En présence d'une si parfaite conformité de noms, prénoms et dates, il n'y a pas moyen de conserver le moindre doute. On peut donc admettre comme établi qu'Adrien, ses études terminées, entra au service de la Compagnie des Indes, qui venait précisément de se fonder par octroi des Etats- Généraux du 20 mars 1602. Envoyé dans un des comptoirs de la Compagnie (à Johor, suivant le Journal)^ il dut à son instruction et à ses aptitudes spéciales d'être chargé de l'emploi d'interprète. Ce fut en s'acquittant de ces fonctions qu'il trouva la mort, le 22 mai 1609.
Son frère Gilles et plusieurs autres membres de la famille entrèrent après lui au service de la Compagnie des Indes. Tout porte à croire qu'ils y obtinrent un avancement rapide : c'était bien le moins en effet qu'on leur tînt compte de la fin tragique de leur parent. En ce sens l'on peut dire que la mort prématurée du dernier fils de Louis Elzevier n'a pas été perdue pour les siens.