PREMIER FILS DE LOUIS
Matthieu (Mathias ou Mathys) Elzevier est Taîné des neuf enfants de Louis Elzevier et de Mayke Duverdyn. L'acte de son second mariage constate qu'il est né à Anvers. En 1580, il vint avec ses parents habiter Leyde; en 1591, il y contracta mariage avec Barbara Lopes.
Les Lopes étaient, comme les Elzevier, originaires de Louvain. Les troubles religieux les avaient forcés de s'expatrier. Le chef de la famille, Honesto Lopes, était venu s'établir à Leyde en 1579 avec sa femme et ses trois enfants; il y exerçait la profession à^hosebreider^ fabricant de chausses ou bonnetier; après le mariage de sa fille, il se fit recevoir bourgeois ou poortety et prêta serment en cette qualité le 19 décembre 1591*'^
Dans l'acte de mariage, enregistré le g janvier 1591,
(0 Une branche de la famille des Lopes s^était Rxée à Anvers. Cela résulte des deux passages suivants des lettres adressées à Meursius par le P. André Schott : c Quia vecturam possum solvere, si nautis committes inscripta fasci mercede lationis, vel manu Lopesii adfinis Elzeviriorum in nostra vicinia. i Lettre datée d'Anvers, 24 août 1620. — « Tuas litteras mitte Lopesio cognato Elzeviriorum^ sic mihi reddentur secure. » (Cf. Mcursii opéra, t. XI, c. 361 et 366.)
Au nombre des libraires de Leyde contemporains des Elzevier figurent un David Lopez de Haro et son fils Félix Lopez de Haro. Sont-ce des parents d'Honesto Lopes, le beau-père de Matthieu Elzevier? C'est probable, mais non tout à fait sûr. De ce côté du moins le lien qui rattachait, dit-on, David Lopez aux Elzevier est à peine perceptible. Il est vrai que, s'il faut ajouter foi à la table généalogique des Waesberghe dont il a été question plus haut (page cv, note i), le libraire David Lopez de Haro, en épousant Elisabeth van Waesberghe, serait devenu le beau-frère d'Abraham et l'oncle par alliance de Jean Elzevier.
Quoi qu'il en soit, les bibliographes n'en sont pas moins dans leur tort lorsqu'ils se fondent sur cette parenté pour attribuer aux Elzevier les plus médiocres publications des Lopez.
MATTHIEU ELZEVIER. CXUX
Matthieu Elzevier est qualifié libraire, ce qui prouve que dès lors il assistait son père dans la gestion de ses affaires.
Le 5 août 1594, trois jours avant Louis Elzevier, Matthieu obtint le droit de bourgeoisie à Leyde, sur le témoignage de Honesto Lopes son beau -père, qui se constitua caution.
Les fonctions d'appariteur de l'Université étant devenues vacantes, vers la fin de 1607, par le décès du titulaire, Augustin Waersegger, Matthieu se mit sur les rangs. Il eut rhonneur d'être chaudement patronné par l'illustre Scaliger. Voici en quels termes celui-ci recommanda son protégé à Corn, vander Myle, curateur de l'Université :
« Beaucoup de gens sollicitent la place d^Augustin, Tappariteur, qui vient de décéder, et assurément l'affaire presse. C'est à vous qu'il appartient non seulement de décerner cet emploi, mais encore de voir à qui il convient de le décerner. Ceux qui se présentent ou sont présentés par d'autres n'ont rien de ce qu'il faut pour le remplir dignement. Car il importe d'avoir quelque usage des langues, à cause des étrangers qui fréquentent l'Université, et de réunir plusieurs autres conditions que vous connaissez mieux que moi. Pour ma part, je doute qu'il y ait quelqu'un qui soit plus propre à ces fonctions ni plus digne de les obtenir que Matthieu Elzevier. Il s'en acquittait déjà avec son père du vivant même d'Augustin, de sorte qu'il peut pour ainsi dire alléguer la possession; en outre il sait plusieurs langues, et il est désigné par le vœu de tous. Ce qui est plus essentiel, il mérite par sa probité qu'on vienne en aide à sa position précaire, qu'on le mette à même de pourvoir au sort de sa famille et de se rendre honorablement utile à l'Université. Je le recommande à votre bienveillance, espérant que nous n'aurons pas à regretter, lui de s'être adressé en vain à moi, et moi-même d'avoir eu tort de compter sur vous. Leîde, le 8 septembre 1607(1). »
Matthieu Elzevier fut nommé le 13 novembre et prêta serment le lendemain^*^ Révoqué en 1616, pour avoir causé par son imprudence l'incendie qui réduisit en cendres une partie de l'Université, il fut réintégré dans ses fonctions l'année suivante, après la mort de son père. Il les conserva tant qu'il vécut; en 1636 il obtint, en considération de son grand âge, de se faire assister par son gendre, Pierre Caron.
Après la mort de Louis Elzevier, Matthieu s'associa avec le cadet de ses frères pour exploiter la librairie de Leyde. Les noms de Matthieu et Bonaventure Elzevier ne figurent
i^f Jfosephi Scaligeri Epislola, Lugd. Bat., BIzev., i627,.in-8, p. 715. (2) Kammelman Elsevier, UiikomsUn, p. lo, note 4.