LE COQ ET L'AIGLE
Aigle orgueilleux, tu me bannis.
A toi palais, pompe guerrière, A toi les étendards bénis ; A moi l'atelier, la chaumière.
Je vois sans peine et sans chagrin Tout l'éclat dont on te redore.
J'en ai vu d'autres, mon voisin ; J'en verrai bien d'autres encore !
Quand Rome ici t'eut apporté, Regrettant nos vieilles franchises, Tranquillement je suis monté Sur le clocher de nos églises.
Mille ans et plus sous un ciel noir, J'attendais la nouvelle aurore Deux fois déjà j'ai cru la voir :
Le vieux coq peut attendre encore !
(1 ) Lu vignette ci-des=us est empruntée à une composition de P.
Es-tu l'Aigle noir de Berlin ?
L'Aigle blanc égorgeant son frère ?
L'Aigle à deux têtes du Kremlin ?
L'Aigle que l'Autriche révère?
Pour ne point être confondu, Prends un signe qui te décore Mon signe, à moi, n'est pas perdu : Ma crête rouge brille encore !
Tu n'es qu'un Romain déguisé '.
Moi, des ergots jusqu'à la tête Je suis Français : fier, brave, osé, Galant, jaloux dans la conquête.
Un peu crâne, un peu babillard ; Mais ces défauts, on les adore.
Pauvre Aigle ! tu t'y prends trop tard Sur les cœurs, le Coq règne encore !
Usurpateur sois donc moins fier !
Sans vouloir rabaisser ta gloire, Tes succès ne sont que d'hier; Sur toi, j'ai le pas dans l'histoire Avec mes fils. Hoche, Marceau, Toujours le drapeau tricolore Fut vainqueur, et son Waterloo, Le coq gaulois l'attend encore !
Tu me reproches mon fumier :
Mais le fumier nourrit la terre.
Mon domaine est hospitalier :
Ton aire est froide et solitaire.
Les hauts monts ont plus d'un ècueil : L'un des tiens, que le monde non Sur un rocher eut son cercueil.
Sur mon fumier je chante encore !
LE COQ A TRAVERS L'HISTOIRE "241
Pour toi, le temps ne marche pas :
Ton cri, fanfare de batailles, Ne sait mener les peuples las Qu'à de stériles funérailles.
Moi je vois d'autres temps venir :
Mon chant, prophétique et sonore Dira l'hymne de l'avenir. Ecoute bien, je chante encore !
Le coq déjà exécré par les royalistes devint séditieux pour le gouvernement impérial. Il y eut alors une entente tacite pour annihiler l'emblème populaire ; des savants complaisants et des numismatistes. feignirent donc, dès ce moment, de croire que le coq n'avait jamais été que l'emblème de Louis- Philippe ; c'était faire sa cour que d'affirmer cette erreur voulue.
Voici un mot de l'époque, qui a été souvent réédité et qui fut encadré dans une Revue représentée sur l'un des petits théâtres des châteaux impériaux.
— Pourquoi, demandait l'un des personnages, ne voit-on plus le coq gaulois?
— Parce que l'Empereur l'a décrété (décrété). C'est cela que l'on appelait de l'esprit?
Donc, pendant les dix-huit années du règne de Napoléon III, l'emblème du coq disparait et il semble qu'il serait tombé dans l'oubli complet si les caricaturistes ne l'en eussent sorti à la fin, lorsque l'opposition put battre en brèche le second
2i2 LE COQ (.ai I.nis
Empire affaibli qui devail finir lamentablement, comme le
premier, par la défaite et l'invasion.
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LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE