‹ Les emblèmes et les drapeaux de la FranceChapitre 38 sur 62 · TROISIÈME RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME RÉPUBLIQUE

1870. — Lorsque fut proclamée la troisième République, le coq, disparu depuis dix huit années et classé en dernier lieu comme orléaniste, était oublié ; aussi ne le voit-on pas apparaître sur les menus objets commémoratifs : médailles, insignes, images qui se fabriquent à Paris en nombre considérable, à l'occasion de chaque événement marquant. La guerre, d'ailleurs, absorbait toute l'attention et il ne fut pas question de remplacer par un autre blason les armoiries impériales que l'on détruisait ou que l'on masquait partout.

Le faisceau des licteurs, le bonnet phrygien et la devise : Liberté, Egalité, Fraternité, suffirent d'abord. On reprit le sceau de l'Etat de 1848, représentant une déesse assise. Là

seulement on retrouve un petit coq sur le gouvernail ; encore fut-il supprimé souvent. Plus tard, lorsqu'il devint absolument nécessaire d'avoir un écusson représentant le pays, on se contenta des initiales R F d'or sur fond d'azur.

Le premier monument sur lequel réapparut le coq, est celui de Gambetta, place <lu Carrousel à Paris; l'architecte a réuni là tous les symboles en usage sous la première Repu

blique; malheureusement le coq ne se voit pas, étanl sculpté à la partie postérieure du piédestal qui touche presque à la grille du square.

Gambetta aimail d'ailleurs cel emblème qu'il a tait figurer

sur sou ex-libris, gravé par Alphonse Legros.

En 1880, lorsqu'il fut question d'émettre en France de la

monnaie de nickel, l'une des pièces gravées à titre d'essai avait. sur le casque de l'effigie, un petit coq.

LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE

A l'Exposition Universelle de 1889, nous n'avions relevé qu'un seul coq placé à l'avant d'un groupe important de sculpture qui faisait partie de la décoration des fontaines lumineuses.

Enfin, en 1892, à l'occasion des fêtes du centenaire de la République, après avoir constaté que dans le nombre considérable de drapeaux et d'emblèmes qui furent réédités, d'après ceux qui étaient populaires cent ans plus tôt, on ne voyait pas un seul coq, nous entreprîmes une campagne pour la réhabilitation de l'oiseau national. Nous en avons indiqué les péripéties au commencement de ce travail.

Nous ajouterons que nous limes paraître, lors de la visite du Tsar à Paris, en 1890, une carte postale illustrée où figuraient, accolées, les armoiries russes et françaises. Ces

dernières étaient représentées, bien entendu, par le coq. Cette propagande eut un vif succès et plus de cent mille cartes franco-russes furent débitées en huit jours.

Le monument élevé rue de Lutèce à la mémoire de Th. Henaudot, a, sur le piédestal, un grand coq de face, les ailes éployées.

Sur le monument de Menton la France est personnifiée par une femme ayant à ses côtés le coq gaulois.

Mais ce n'est guère qu'après sept années d'action que

notre campagne porta réellement s?s fruits.

L'apparition en IN!)!) de la pièce de vingt francs gravée par

Chaplain, sonna la déroute de nos contradicteurs.

L'Exposition Universelle de 1900 fut un triomphe pour notre cause, puisque nous pûmes compter dans son enceinte plus de trois cents coqs disséminés un peu partout. Voici les principaux que nous citons d'après un article publié par nous à cette époque :

« D'abord sur la façade delà porte monumentale de la place de la Concorde, au-dessous de la fameuse Parisienne, un grand coq doré étend ses ailes.

Sur le pont Alexandre les vingt-huit lampadaires ont chacun à leur base quatre écussons de bronze où alternent les armes de la Russie, de la Ville de Paris, le monogramme H. F., puis le coq.

Sur l'un des grands pylônes du pont Alexandre les emblèmes de la République française sont figurés par le faisceau des licteurs, le bonnet phrygien et le coq gaulois.

En débouchant du pont Alexandre, on voit aux frontons des Palais de l'esplanade des Invalides quatre coqs dorés, posés sur des sphères d'azur et ayant entre eux un écusson orné du faisceau des licteurs et des lettres R. F. ; les armoiries de tous les pays sont à la suite.

La passerelle latérale au pont des Invalides a été décorée, sur ses trois piles, de coqs gigantesques qui ne me>uren1 pas moins de trois mètres de hauteur, i I s sont accompagnés des lettres R. F.

Au Trocadéro, pavillon du Ministère des Colonies, quatre coqs se dressent près du dôme qui surmonte la porte d'entrée.

Salon Pasteur : le monogramme du grand savanl esl surmon té du coq gaulois.

LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE

Nous n'avons pas compté moins de neuf coqs ornant la passerelle de l'avenue Rapp.

Sous la voûte d'entrée du Palais des Armées de terre et de mer l'architecte a placé six écussons ornés chacun d'un coi] superbe, imitation de fer forgé. A l'intérieur du même palais (salle du groupe XVIII) on remarque six bas-reliefs immenses, composés d'attributs militaires et marins, surmontés chacun d'un coq posé sur une couronne de chêne.

Dans les galeries des expositions particulières françaises on compte au moins deux cents coqs, les uns peints, les autres moulés, forgés ou sculptés. »

Dès lors, les dessinateurs, les sculpteurs, les décorateurs, certains de n'être pas accusés d'orléanisme, font revivre le coq, si utile, chaque fois qu'ils ont besoin de personnifier la France.

Willette fut, croyons-nous, le premier à tirer parti de cel

LE cou GAULOIS

emblème parlant ; il composa un type de France qui est devenu, peut-on dire, classique. Les principaux caricaturistes Steinlen, Léandre, Caran d'Ache, Radiguet... suivirenl son exemple.

Le médaillon ci-dessous, dessiné par Willette, est extrait du magnifique album de M. Armand Dayot sur « La Révolution Française ».

L'éperon haut, portant sa crête, Comme un bonnet de liberté, Chanteclair va dressant la tête, Marquant le pas, ferme plante. .

Gustave Mathieu.

LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE

Nous donnons ici la reproduction du superbe coq qui domine la nouvelle grille du palais de la présidence de la

République, côté des Champs-Elysées. Le sens emblématique qu'on a voulu donner au coq n'échappera à personne, puisque l'oiseau national est accompagné des autres attributs de la République Française.

Nous allons continuer à énumérer, autant que possible par ordre chronologique, et jusqu'à ce jour, les documents qui

parure ni avec le coq gaulois.

J.Ml

LE COQ &AULOIS

Il n'y a pas, comme on le croit généralement, que les pièces de K) el 20 francs qui portent le coq ; les monnaies de billon de 5 el 10 centimes, gravées par M. Daniel Dupuisen 1898, J'onl également, nuis en petit, el sur le casque de la déesse qui

tient le drapeau. Quoique l'emblème soit visible à l'œil du. nous en donnons ici un agrandissement.

M. Margotin, le sculpteur qui contribua à la décoration Me la mairie du X'' arrondissement de Paris adonné la description suivante de son œuvre :

« En m'inspirànt de celle idée que le coq devail symboliser la nation française je L'ai placé tout en haul du monument, au-dessus de l'horloge, avec crête, bec, ergol el chantanl clair. J'ai l'ait également sur la façade e1 dans le même esprit un chapiteau allégorique symbolisant la République, composé de coqs qui supportent la partie supérieure e1 au milieu le bonnet phrygien el 1rs initiales R . F. »

Le jour où Roty a composé cette admirable médaille du Souvenir français, c'est un coq qu'il a montré, battant fièrement

des ailes en face du soleil levant.

En souvenir de la visite que le président Kruger lil à L'Hôtel de Ville, la municipalité parisienne lui ofiril une médaille d'or gravée par Prudhomme et présentanl le coq gaulois.

Un autre médaillon, gravé par Bottée, en L899, pour être offerl au commandant Marchand par une Société patriotique de

Marseille porte également le coq.

LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE

Le monument élevé à la mémoire de Charlet est surmonté du coq.

La pyramide érigée à Lyon, non loin de la place où fut assassiné le président Carnot, présente sa statue dans la partie inférieure; à la même hauteur, sur chacun des côtés, on remarque un blason au coq. Cette œuvre est de MM. H. Gauquié et Ch. Naudin.

Le programme distribué au banquet des Maires, en 1900, était orné d'un faisceau des licteurs et du monogramme de la République française accompagnés du coq gaulois. Cette composition avait

été arrêtée par M. le Ministre de l'Instruction publique et des

Beaux Arts.

252 LE cdu GAULOIS

Le monument élevé Le 24 juin 1900, à Bar le Duc, à la mémoire des enfants de la Meuse morts pour la patrie, esl décrit ainsi par le journal Armée et Marine :

« Le statuaire a représenté la France ou la mère relevanl un jeune soldat sur le champ de bataille. . . L'arme esl tombée des mains du martyr el elle gîl parmi des palmes, cependant que l'âme du soldat s'envole, figurée par le vieux coq gaulois qui, blessé mais claironnant, se cramponne quand même el s'agrippe au sommet de la strie. Lançant vers la frontière un cri d'espérance et de revanche. Cel ensemble donl le symbo lisme se dégage à première vue, produit un grand effet. »

Le sujet du dernier concours Rougevin, à L'Ecole des Beaux Arts, était : Un Monument commémoratif de l'union de deux peuples. Les deux nations devaient être symbolisées par des figures, par des armoiries, etc.

Les deux lauréats du concours. .MM. Villeminol et Quoniam, ont employé chacun le coq dans un écusson pour personnifier la France.

Lorsque des souverains étrangers vinrent visiter Pari-, le coq, sans que nous soyons encore parvenu à le taire figurer sur les écussons faisant pendant aux blasons des autres nations, fut employé pour la décoration des objets d'arl offerts, des menus, des programmes, etc. Nous citerons le très joli groupe en argent que les parisiens offrirent en 1896 au Tsar et qui est l'œuvre du sculpteur Fournier. On y voit, entre autres ornements, un coq.

A l'occasion de la seconde visite du Tsar en France, M. Dausset remit à l'empereur, au nom de la Ville de Paris, un objet d'art exécuté par les orfèvres Falize. Cette œuvre représente la Paix tenant les deux drapeaux des nations alliées. Sur les faces latérales les artistes onl placé deux bas reliefs d'argent ciselé : l'aigle russe et le coq gaulois devant un soleil levant.

LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE

Le menu du déjeuner ofïert au Tsar par le Président de la République à l'issue de la revue de Bétheny est orné d'un coq.

Sur une aquarelle offerte à l'Empereur Nicolas II et intitulée La Charge de Bétheny, on voit une déesse tenant un écusson sur lequel se détache le coq gaulois.

Lorsque le Président de la République se rendit en Russie le coq fut également employé pour illustrer les menus et les

programmes. Voici une esquisse que nous détachons du menu d'un dîner ofïert par le Président sur le Montcalm.

A l'issue (les grandes manœuvres de 1903 un grand dîner fut offert par le Présidenl de la République aux attachés militaires étrangers. Un trophée polychrome surmonté d'un

grand coq ornait les menus. Nous publions ici l'esquisse de cette composition qui est due, comme la précédente, à M. Devambez, le graveur bien connu.

Plus récemment encore, lors du voyage en France du i"i d'Italie le coq a été employé avec le monogramme I! F pour faire pendant à l'écusson de la [Maison de Savoie (programme

ollieiel de la soirée du 14 octobre 1903).

LE COQ A TRAVERS L HISTOIRE 255-

Ou le retrouve sur une composition faite pour le Commissariat général de la République Française à l'Exposition de Saint-Louis.

W\s£[Çw\/

Enfin un grand coq superbe en bronze doré, œuvre du sculpteur animalier Guardet, vient d'être posé à l'angle des nouvelles constructions de la Bibliothèque Nationale, côté de la rue Yivienne. 11 est accompagné d'un groupe sculpté par Barrias et d'une table de marbre sur laquelle une inscription rappellera la munilicence des pouvoirs publics. . .

Page 1