‹ Les emblèmes et les drapeaux de la FranceChapitre 45 sur 62 · DÉCRÈTE · texte numérisé non relu

DÉCRÈTE

Article 1er. — Le pavillon de beaupré sera composé de trois bandes égales et posées verticalement; celle de ces bandes, le plus près du bâton de pavillon, sera rouge, celle du milieu blanche, la troisième bleue.

Art. 2. — Le pavillon de poupe portera dans son quartier supérieur le pavillon de beaupré ci-dessus décrit, celle partie du pavillon sera exactement le quart de la totalité, et environnée d'une bande étroite, dont une moitié delà longueur sera rouge, et l'autre

bleue; le reste du pavillon sera de couleur blanche : ce pavillon sera également celui des vaisseaux de guerre el des bâtiments de commerce 0)

Aitr. 5. — Les pavillons e1 la flamme aux couleurs de la nation seront arborés le plus toi possible sur les vaisseaux de guerre, d'après les ordres donnés par le Roi.

Aht. Ci. — Le Roi sera, supplié de sanctionner le présenl décretj comme aussi de faire prendre soit dans les ports de France, soit auprès dos puissances étrangères, les mesures nécessaires pour sa prompte e1 sûre exécution, el d'indiquer l'époque où les bâtimi de commerce pourront sans inconvénient arborer le nouveau pavillon.

Quatre ans plus tard, en pleine Terreur, la ConventioB fui amenée à s'occuper encore du pavillon de la marine qui étail toujours blanc avec une sorte de yacht tricolore. Elle avait chargé le citoyen Jean Bon Saint André d'établir un rapport sur cette question. Ce rapport fut lu et adopté dans la séance du 27 pluviôse, an II (15 février 1794).

Nous trouvons ce discours dans le Monitnir miircrsel du 2.9 pluviôse, an II (17 février 1794).

« M. Jean Bon-Saint-André : Un pavillon qui n'est pas celui de la République Hotte encore sur nos vaisseaux: les marins indignent, ils appellent à grands cris une réforme que vos principes, que l'honneur de la liberté réclament avec eux. J'ai été le dépositaire de leur vœu à cet égard : je l'ai fait connaître au Comité de Salut public, et le Comité vous le transmet par mon organe.

Les couleurs nationales sont désormais les seules qui puissent plaire à des François ; il faut qu'on les voie partout, et si je l'osais dire, plus encore dans le pavillon de nos vaisseaux que sur les drapeaux de nos intrépides bataillons. Le pavillon est pour le marin, non-seulement le signal du ralliement, le guide matériel qui le conduit à la victoire : il est encore sa grammaire, son langage, le moyen par lequel il communique et reçoit, à de grandes distances, des idées très compliquées. Sera-ce avec un vocabulaire monarchique que les généraux des armées navales donneront des ordres républicains? Non. vous ne souffrirez plus longtemps ce scandale politique. Tout change autour de

(!) Voir planche en couleur, page 306, fig. 1~>.

nous, nos lois, nos mœurs, nos usages ; que les signes changent aussi. Répondez, législateurs, à l'indignation des équipages de la flotte ; répondez à l'impatience qu'ils éprouvent d'en voir disparaître l'objet. L'Assemblée constituante apporta quelque changement ou plutôt une légère modification au pavillon ci-devant royal. Le peuple, fatigué de la tyrannie, demandait que tout ce qui en retraçait le souvenir fût absorbé par les couleurs chéries de la liberté; des disputes sérieuses s'élevèrent dans le sein de cette Assemblée sur la forme du pavillon national. On sentit bien qu'il fallait se soumettre à l'opinion publique trop fortement prononcée pour oser la contrarier ouvertement, mais on tâcha de l'éluder, même en paraissant la respecter. On conserva pour le fond la livrée du tyran, et les trois couleurs républicaines, reléguées clans un coin du pavillon, n'attestèrent, par la mesquinerie ridicule avec laquelle on les y avait placées, que le regret de ceux à qui la puissance du peuple avait arraché ce faible sacrifice. C'est ainsi que dans cette fédération toute monarchique, on vit les départemens recevoir, au nom de la liberté, les bannières de la servitude. Ce pavillon déplut presque également aux partisans du despotisme et aux amis de la liberté. Les uns ne virent dans cet alliage bizarre qu'une tache à ce pavillon, flétri par les Conflans et les Grasse; les autres, avec plus de raison, n'y virent qu'une dérision, une caricature outrageante pour le peuple, que l'on comptait presque pour rien au moment où l'on proclamait sa souveraineté.

L'imitation servile de la forme anglaise acheva d'indisposer les esprits, et ce fut avec beaucoup de peine qu'on parvint à le faire adopter.

Il est temps de réparer cette erreur, cette méprise sans doute volontaire.

Quand vous allez combattre les esclaves de Georges, les stipendiaires de Pitt, il faut commander la victoire au nom de la patrie ; un mélange de royalisme formerait un contraste trop révoltant avec la cause sublime que vous défendez. Qu'il disparaisse et qu'il disparaisse à jamais.

Votre Comité vous propose un pavillon formé tout entier des trois couleurs nationales, simple comme il convient aux mœurs, aux idées, aux principes républicains, qu'on ne puisse confondre avec celui d'aucune autre nation, et qui, dans quelque sens qu'il soil placé, présente toujours ces couleurs dans le même rapport entre elles.

Braves marins, vous le défendrez, cloué à la poupe de vos vaisseaux, vous ne souffrirez jamais qu'il soit renversé, et vous punirez de mort le lâche qui oserait en concevoir le dessein. Vous le recevrez des mains de la patrie, vous serez responsables envers

elle «lu dépôl sacré qu'elle vous confie. Allez sur cel élémenl terrible que vous êtes accoutumés à braver; allez y braver aussi la foudre des tyrans. Les esclaves que vous ave/ à combattre pourront-ils soutenir les efforts des hommes libres ? Allez, ce signe vous assure la victoire, il est le présage de votre gloire el du triomphe de la République.

, Voici le projel du décret que je suis chargé de vous présenter:

La Coiivciitiiui nationale, après avoir entendu le rapport «le son Comité de Saint public, décrète:

'( Art. Ier. — Le pavillon décrété par l'Assemblée nationale constituante esl supprimé.

« II. — Le pavillon national sera formé des trois couleurs nationales, disposées en trois bandes posées verticalement, de manière que le bleu soit attaché à la gaule < 1 1 » pavillon, le blanc au milieu et le rouge llotlani dans les airs O).

« III. — Les pavillons de beaupré et le pavillon ordinaire de poupe seront disposés de la même manière en observanl les proportions de grandeur établies par l'usage.

« IV. — La flamme sera pareillement formée de trois couleurs, dont un cinquième bleu, un cinquième blanc et les trois cinquièmes rouges.

« V. — Le pavillon national sera arboré sur tous les vaisseaux de la République le 1er jour de prairial. Le ministre de la marine donnera les ordres nécessaires ».

Ce décret est adopté.

Cravates tricolores. — Les drapeaux de l'armée de terre ne furent pas oubliés par l'Assemblée Nationale niais ils n'oblin rent encore qu'une modification peu importante : c'étail cependant un acheminement vers l'uniformité des drapeaux et des pavillons.

Voici les paroles prononcées à ce propos par M. Praslin :

Vous avez décrété hier que le pavillon aux trois couleurs serait arboré sur les vaisseaux; je demande que vous décrétiez aussi qu'il sera donné ordre aux colonels de tous les régiments d'attacher à leurs drapeaux des cravates aux couleurs nationale-. Je propose de renvoyer au comité militaire les moyens d'exécution du décret.

Ces deux dispositions sont décrétées (22 octobre 1790).

Les drapeaux de l'armée eurent dès lors des cravates bleu, 1) Voir planche en couleur, page 30G, fig. 10.

blanc, rouge, tantôt faites d'un seul ruban tissé des trois couleurs, tantôt de trois rubans avant chacun une couleur.

Drapeaux tricolores pour l'Armée. — Dans sa séance du 30 juin 1791, l'Assemblée Nationale écouta le rapport suivant, présenté au nom du comité militaire et relatif aux drapeaux de l'armée :

M. de Menou : Dans toutes les parties de l'empire français, les couleurs nationales sont devenues un signe de ralliement poulies patriotes, pour les défenseurs de la Constitution. Partout les ennemis de la liberté ont cherché à les détruire : et c'est peut-être un des motifs pour les multiplier. Le panache blanc d'un de nos rois menait jadis les Français à la victoire; les couleurs nationales feront plus, elles rappelleront aux militaires qu'ils ont une patrie et qu'ils portent les armes pour la destruction du despotisme et la défense de la liberté. Ainsi que les aigles romaines, elles deviendront la terreur de ceux qui nous attaqueront, mais ne les déployant jamais pour envahir le domaine des nations étrangères, elles attesteront en même temps qu'elles prouveront votre courage et votre énergie, elles attesteront votre justice et votre générosité. Que l'étendard national confié entre les mains des soldats soit un gage de leur soumission aux lois ! Que nos braves militaires se convainquent que, plus une nation est libre, plus ses soldats sont soumis aux lois et à la discipline! Et vous, officiers français, si quelques préjugés vous retiennent, songez que les distinctions honorifiques se sont dissipées comme une vaine fumée, que la véritable noblesse est le souvenir des bonnes actions et que le souvenir est indépendant de toutes les lois.

Voulez-vous partager la gloire de vos ancêtres ? Ave/, leurs vertus ; faites pour votre patrie ce qu'ils ont fait pour elle ; mais n'allez pas chercher dans des antiques parchemins une suprématie qui n'est due qu'à la vertu. Jetez les yeux sur votre patrie; elle vous tend encore les bras. Voyez ce concert d'opinions et de volontés, pouvez-vous croire encore que la Constitution ne soit pas le résultat de la volonté générale, qu'elle ne doive pas faire le bonheur du peuple français? Réunissez-vous aux défenseurs de la liberté et vous acquerrez des droits imprescriptibles à la reconnaissance de la patrie Votre Comité militaire pense que les

drapeaux aux trois couleurs nationales doivent devenir dans tous les régiments le signe de ralliement des bons Français.

Le décret demandé par M. de Menou au nom du comité militaire fut volé par l'Assemblée Nationale. Le voici :

Article 1er. — Le premier drapeau de chaque régiment d'infan-

tcrie française, 'allemande, irlandoise et liégeoise, de chaque régiment d'artillerie, ainsi que le drapeau de chaque bataillon d'infanterie légère; le premier étendard de chaque régiment de cavalerie française, de hussards, de chasseurs à cheval et de carabiniers; les autres guidons de chaque régiment de dragons porteront désormais les trois couleurs nationales, suivant les dispositions el formes qui seront présentées à l'Assemblée par son ( omité militaire.

Aht. 2. — Les autres drapeaux des régimens d'infanterie française, allemande, irlandoise et liégeoise et des régimens d'artillerie ; les autres étendards de cavalerie française, de hussards, de chasseurs à cheval et de carabiniers : les autres guidons de chaque régiment de dragons porteront désormais les couleurs affectées à l'uniforme de chaque régiment, suivant les dispositions et formes qui seront présentées à l'Assemblée par sou Comité militaire.

Art. 3. — Tous les drapeaux, étendards el guidons porteronl d'un côté l'inscription suivante: Discipline et Obéissance; de l'autre côté, le numéro du régiment.

Art. 4. — Les cravates de tous les drapeaux, étendards e1 guidons seront aux couleurs nationales.

Art. 5. — Ceux des régimens qui portoient dan- leurs drapeaux, étendards et guidons, des preuves honorables de quelque action éclatante à la guerre, conserveront ces marques de leur bonne conduite et de leur valeur ; mais toutes armoiries ou autres distinctions qui pourroient avoir rapport à la féodalité, seront entierenienl supprimées sur les drapeaux, étendards el guidons.

Ainsi qu'il est indiqué à la fin des articles 1 et 2. le comité militaire s'occupa de la forme des drapeaux et le rapport déposé en son nom par M. Alexandre de Beauharnais fut adopté ; il porte en substance :

« Que le drapeau de chaque régimenl sera blanc, entouré d'une

bande tricolore; au haut sera un petit encadrement de bandes tricolores, au milieu le numéro du régimenl avec cette devise: Discipline et Obéissance a la Loi!1'. Les drapeaux de- autres bataillons seront variés selon le rang du bataillon: les cravates seront aux couleurs nationales. »

« La loi du 22 août 1792, dit M. de Bouilli', ordonna que les anciens drapeaux et étendards de l'armée seraient brûlés pour être remplacés par des insignes aux trois couleurs. Les corps d'infanterie continuèrent néanmoins à se distinguer entre eux par les

(1) Voir planche en couleur page 287,

dispositions très variées et souvent fort compliquées que ces trois couleurs affectaient sur leurs drapeaux (l). La pluparl des vieilles enseignes furent brûlées à Paris le 13 août 1793. .. »

Drapeaux des dem.irbrigades. — Les dispositions des drapeaux furent changées le 15 février 1794. Ils portèrent au centre le monogramme R. F. entouré de deux branches de laurier en or. Dans les angles, alternativement bleus et rouges, fut placé le numéro du régiment ou de la demi brigade.

Le remaniement de tous les bataillons et la formation de nouvelles demi-brigades en 1796 furent l'occasion d'une modification importante dans les drapeaux. Dans chaque demibrigade le bataillon du centre eut le drapeau aux trois couleurs verticalement placées : bleu, blanc, rouge; les drapeaux des autres bataillons portèrent les mêmes couleurs disposées différemment pour chaque demi-brigade. Au centre de tous étaient deux branches de laurier vertes encadrant soit le numéro de la demi brigade soit un faisceau des licteurs surmonté d'un bonnet phrygien.

Notre planche en couleur, page 287, donne la reproduction de deux de ces drapeaux; les lïg. o et 6 représentent les drapeaux des 5e et 12e demi-brigades portés par Bonaparte et Augereau au combat d'Arcole en 1796.

Enfin mentionnons encore qu'un nouveau modèle de drapeau pour l'infanterie fut adopté par le ministre de la guerre, le 17 mars 1803, d'après des dessins exécutés par Challiot qui donna, du reste, les modèles de tous les drapeaux de la République et de l'Empire.

Si ces nouveaux drapeaux ne portent pas tous des légendes, les attributs qui y figurent sont caractéristiques de l'arme, comme ceux des enseignes, dont les modèles furent adoptés à cette époque.

La face du drapeau était uniforme pour toutes les armes. Elle portait au milieu le chiffre R. F. accompagné d'un faisceau des licteurs et de branches de laurier.

Au revers était, pour l'infanterie de ligne, un bouclier en or et en argent, octogone et allongé; au centre un soleil d'or

(1) Voir planche en couleur page 287.

sortant de derrière le bouclier; à chaque bout, une tête de coq à bec foudroyant; un faisceau d'or lié d'un ruban tricolore et surmonté d'un casque, également en or. à plumes blanches, se dressait derrière le bouclier, où se croisaient quatre fusils H deux sabres. Un ruban blanc avec l'inscription : républiqi e française, était placé au-dessus du bouclier, et ;m-dessous un autre ruban portant la désignation du bataillon. Le numéro de la demi brigade était inscrit aux coins, en chiffres d'or ' .

Premier Empire. — Une note de Berthier du 21 juillet 1804 dit : « 11 ne sera fait aux drapeaux, étendards e1 guidons, dont les modèles ont été précédemment adoptés, que les change ments ci-après : On laissera d'un côté les trophées d'armes analogues à chaque corps, en substituant aux mots République Française ceux d'EMPiRE Français ; sur l'autre côté on substituera à ce qui existe un disque d'azur au centre d'une gloire, ou rayons d'or, entouré aux trois quarts par deux branches de laurier. Le disque portera Napoléon, Empereur des Français a... ; au-dessus sera l'aigle impériale en or, appuyée sur un foudre et surmontée de la légende Empire Français, au-dessus de laquelle sera la couronne impériale ; au-dessous du disque

et des branches de laurier, la légende valeur et discipline

Les couleurs et la coupe des drapeaux resteront telles qu'elles ont été réglées pour chaque arme ».

Quelques mois plus tard, à la distribution des aigles de Décembre, tous les drapeaux et étendards avaient au centre un losange blanc. On en trouvera la reproduction ci-contre, fïg. 1 1 .

Le pavillon qui flottait sur les palais impériaux était blanc avec, au centre, une aigle d'or couronnée tenant un foudre dans ses serres. Ce pavillon avait une bordure tricolore '-).

La cocarde et le drapeau blancs. 1844. - Après la chute de l'empire, un arrêté du Gouvernement provisoire, en date du 13 avril 1814, rétablit en ces termes la cocarde blanche :

Le Gouvernement provisoire, ouï le rapport du Commissaire au département de la guerre, arrête ce qui suit :

Art. 1er. — La cocarde blanche est la cocarde française : elle sera prise par toute l'armée.

(I) Ney. Les Drapeaux français, leurs gardes et leurs légendes. (»') Voir planche en couleur ci-contre, fig. 9.

QUELQUES-UNES DES NOMBREUSES DISPOSITIONS DES COULEURS NATIONALES DE 1789 k 18tô

Art. 2. — Le Commissaire du Gouvernement provisoire au département de la guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Le même jour un second arrêté portait :

Art. Ier. — Le pavillon blanc et la cocarde blanche seront arborés sur les bâtiments de guerre et sur les navires de commerce.

Le premier document formel relatif au drapeau blanc de l'armée est daté du 1.2 mai 1814; c'est une ordonnance du Roi sur l'organisation de l'Infanterie française. L'article 8 en est ainsi conçu :

« Il y aura par régiment un drapeau dont le fond sera blanc portant l'écusson de France et la désignation du régiment, le modèle nous en sera présenté par le Ministre de la Guerre et les drapeaux seront donnés aux régiments à l'époque que nous fixerons. Outre le drapeau de chaque régiment chaque bataillon aura un fanion dont la couleur et les dimensions seront déterminées par un règlement du Ministre ».

La première distribution solennelle de drapeaux à la Garde nationale de Paris eut lieu le 7 septembre 1814. Les troupes de lignes reçurent leurs nouveaux drapeaux le 19 septembre.

Rétablissement des couleurs nationale* pendant les Cent-Jours. — A son retour de l'Ile d'Elbe (1) Napoléon lança la proclamation suivante :

« Arrachez ces couleurs que la Nation a proscrites... Arborez notre cocarde tricolore ; vous la portiez dans nos grandes journées !... Soldats, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef. . . L'aigle avec les couleurs nationales volera de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame ».

Cette proclamation fut suivie du décret ci-dessous, daté de Grenoble, le 9 mars 1815 :

o Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions de l'Empire, empereur des Français, etc..

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

Art. 1er. — La cocarde blanche et la décoration du lys sont supprimées.

(1; Voir au chapitre des emblèmes la description du pavillon et de la cocarde arborés à celte date par Napoléon.

308 LES EMBLÈMES DE LA 11: i.NCE

Ail. 2. — La cocarde nationale aux trois couleurs sera sur-lechamp arborée par les troupes de terre et de mer, les gardes nationales et les citoyens de toutes les classes.

Art. 3. — Le pavillon tricolore sera arboré à la maison commune des villes et sur les clochers des campagnes.

Art. 4. - - Le ' rrand-Maréchah faisanl fonction de Major-< îénéral de la Grande- Armée, es1 chargé de l'exécution du présenl décret.

Signé : Napoléon.

Par l'Empereur :

Le Grand-Maréchal, faisanl fonction

de Major-Général de la Grande-Armée,

Signe' : Comte Bertrand ».

Reprise de la couleur blam-hc pour la cocarde et les drapeaux. 48i5. — Après Waterloo Louis XVIII revinl à Paris et aussitôt reparurent la cocarde et le drapeau blancs. Voici une procla mation adressée le 17 juillet 181.') par le maréchal Davoust, commandant en chef les armées au delà de la Loire :

« C'est à vous, soldats, à compléter cette soumission par votre obéissance, arborez la cocarde et le drapeau blancs. Je y<>udemande, je le sais, un grand sacrifice; l'intérêt de notic patrie le commande. Yn soldat sert toujours son pays, quel que soit le gouvernement qu'on ait. L'armée ne peul être délibérante

On peut voir au musée d'artillerie un grand nombre de drapeaux de la Restauration. Ces drapeaux, dit M. de Houille, portent d'un côté les armes de France entourées des colliers de Saint-Michel et du Saint-Esprit, ci accompagnées du sceptre et de la main de Justice, de l'autre coté, l'inscription : « Le

Roi, a la Légion (de tel départe nli ». entourée de deux

branches de lauriers vertes sous lesquelles pendent, attachées à des cordons rouges, les décorations de Saint-Louis cl de la Légion d'Honneur, (les drapeaux sont des deux côtés mi parti» en diagonale, les uns blanc et vert, les autres blanc cl rouge. Ainsi la légion du Gard avait la couleur verte, celle de la Haute Marne, la couleur rouge.

L'ordonnance royale du 11 novembre L816 institua de- dra peaux de bataillon ou de couleur, mi partis en diagonale blanc et rouge pour les ±- bataillons, blanc et jonquille pour les 3es bataillons. Ces drapeaux turent maintenus par la décision

du 24 avril 1818, ils marchaient pour rendre les honneurs aux princes, le drapeau hlanc ne rendant plus les honneurs qu'au roi, ainsi que cela avait lieu pour le colonel général seul avant 1661 et pour le roi depuis cette date.

Les drapeaux de la garde royale étaient blancs semés de fleurs de lis d'or; au centre l'inscription : Le roi (à tel) régiment (d'infanterie, etc.) de la gaude kovale, était entourée aux trois quarts par deux palmes ou branches de lauriers sous lesquelles pendaient les ordres de Saint-Louis et de la Légion d'honneur attachés à leurs rubans rouges. Ceux des régiments du corps royal de l'artillerie étaient semblables à ceux de la garde. Les drapeaux de la ligne étaient blancs, entourés d'une bordure de fleurs de lis, le centre était occupé par une inscription et des ornements pareils à ceux que nous venons de décrire.

Nous possédons dans notre collection un de ces drapeaux blancs, de grande dimension. Nous en donnons ici un dessin

au trait en faisant remarquer qu'il présente aux angles une fleur de lis tandis que les drapeaux du musée d'artillerie ont souvent à cette place un numéro.

Un détail nous avait fort intrigué : ce drapeau est sur soie mince simple, c'est-à-dire sans revers. Ce l'ail nous a été

expliqué par le passage suivanl d'une notice intercalée dans le catalogue dos collections du Musée d'artillerie D :

« Il n'existe au Musée, depuis 1831, que (.i drapeaux ou étendards de la Restauration el 82 laces ou revers de drapeaux dédoublés, soit en tout 91. Il est vraisemblable qu'avanl de procéder à la destruction des drapeaux du Musée, on en a dédoublé 91. L'on Ire aurait donc reçu son exécution complète en apparent i

Reprise des trois couleurs. 1830. — La révolution de Juillet IS30 se lit sous l'égide du drapeau tricolore. A la date du 1er août 1830, les journaux publièrent l'ordonnance suivante:

« Art. 1er. — La nation française reprend ses couleurs. Il ne sera plus porté d'autre cocarde que la cocarde tricolore.

Art. 2. — Les commissaires chargés provisoirement des divers départements du Ministère veilleront, chacun en ce qui le concerne, à l'exécution de la présente ordonnance.

Signé : Louis-Philippe d'Orléans.

Le Commissaire chargé provisoirement du Ministère de la Guerre,

Signé : Comte GÉRARD ».

Ce décret fut ratifié le G août suivant par un vole de la chambre des Députés répondant à la proposition suivante que fit à la tribune M. Dupin :

« M. Dupix : Déjà nous avons tous un ruban tricolore à notre boutonnière; déjà la garde nationale et toute la France ont pris ces couleurs; déjà une ordonnance du prince lieutenant-général du royaume a déclaré qu'il n'en serait point porté d'autres, mais il est nécessaire de faire cesser en point de droil les dispositions de loi qui fixaient un autre mode de ralliement. Je propose donc l'article additionnel suivant :

La France reprend ses couleurs. A l'avenir, il ne sera plus porté d'autre cocarde que la cocarde tricolore ».

Celte proposition est adoptée par acclamation.

(1) Catalogue îles collections composant le Musée cCartillerie, par !.. Robert, Paris, 1889.

Sous le règne de Louis-Philippe le drapeau national ne subit d'autre changement que celui de sa hampe qui fut surmontée du coq gaulois (Voir pages ilT, 218 et 306). Cependant certains étendards de cavalerie tirent exception à cette règle.

Le drapeau de février iS4S. — Le drapeau rouge avait flotté sur plusieurs barricades pendant les journées de février, et Blanqui voulait qu'il fût conservé par le nouveau Gouvernement provisoire ; celui-ci rejeta la proposition. Ce fut surtout Lamartine qui, par un discours admirable, dissuada la foule de persister dans ce projet malheureux. Voici, d'après les journaux du temps, la fin de sa courageuse allocution :

« Avant, citoyens, vous pouvez faire violence au Gouvernement, vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la Nation et le nom de la France. Si vous êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre erreur pour lui imposer une république de parti et un pavillon de terreur, le Gouvernement, je le sais, est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant ; quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret ! Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi ! car le drapeau rouge que vous nous rapportez n'a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, trainé dans le sang du peuple en 91 et 93. et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie !

» Je vous ai parlé tout à l'heure en citoyen ; eh bien ! maintenant écoutez en moi votre ministre des affaires étrangères. Si vous m'enlevez le drapeau tricolore, sachez-le bien, vous m'enlevez la moitié de la force extérieure de la France ! car l'Europe ne connaît que le drapeau de ses défaites et de nos victoires — le drapeau de la République et de l'Empire. En voyant le drapeau rouge elle ne croira voir que le drapeau d'un parti ! C'est le drapeau de la France, c'est le drapeau de nos années victorieuses, c'est le drapeau de nos triomphes qu'il faut relever devant l'Europe; la France et le drapeau tricolore c'est une même pensée, un même prestige, une même terreur au besoin pour nos ennemis ».

Nous avons déjà publié (voir page 229) l'affiche qui confirme

ce qui précède :

CITOYENS DE PARIS, Le Coq Gaulois e1 les Trois Couleurs étaient nos signes vénérés quand nous fondâmes la République en France; ils l'urenl adoptés

par les glorieuses journées de Juillet. Ne songez pas, Citoyei les supprimer ou à les modifier; vous répudieriez les plus belles pages de votre Histoire, votre gloire immortelle, votre courage, qui s'est fait connaître sur tous les points du Globe. Conservez donc le Coq Gaulois, les Trois Couleurs; le Gouvernement provisoire le demande à votre patriotisme.

Les Membres du Gouvernement provisoire :

Garnier-Pagès, Muni- de Paris,

Ad. < îrémieux,

Louis Blanc, Secrétaire.

D'autre part les journaux publièrent les déclarations suivantes :

« Le Gouvernement provisoire de la I république déclare adopter les trois couleurs, disposées comme elles l'étaient pendanl la

République.

Le drapeau portera : RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. LIBERTÉ, ÉGALITÉ, Fraternité.

Disposition des couleurs du drapeau : Bleu, Rouge, Blanc

Cette dernière ligne renferme un lapsus qui excuse la hâte avec laquelle sont bâclés d'ordinaire les décrets et proclama li ondes gouvernements provisoires.

L'erreur fut réparée le 5 mars :

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